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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Aussitôt qu’ils virent les hobbits du Comté, un chœur de bienvenue s’éleva chez les Briennais. Les étrangers, en particulier ceux qui étaient montés par le Chemin Vert, dévisagèrent les nouveaux venus avec curiosité. L’aubergiste les présenta aux Gens de Brie de manière si expéditive que, bien qu’ils aient plus ou moins saisi les noms, ils n’étaient pas du tout sûrs de les associer à la bonne personne. Les Hommes de Brie semblaient tous avoir hérité de noms à saveur botanique (d’où leur consonance plutôt étrange pour les Gens du Comté), tels Jonchère, Chèvrefeuille, Piedbruyère, Pommerel, Chardolaine et Fougeard (sans oublier Fleurdebeurre). Certains hobbits de la région avaient des noms similaires. Les Armoise, par exemple, semblaient nombreux. Mais la plupart portaient des noms normaux, tels Cotelier, Blairotte, Troulong, Sabliau et Tunneleux, nombre d’entre eux étant en usage dans le Comté. Il y avait plusieurs Souscolline vivant à Raccard, et comme ils ne pouvaient concevoir qu’une personne porte le même nom qu’eux sans nécessairement être parente, ils se prirent d’affection pour Frodo, heureux de retrouver un cousin perdu depuis longtemps.

Les hobbits de Brie se montrèrent d’ailleurs très affables, voire excessivement curieux, et Frodo ne tarda pas à se rendre compte qu’il aurait à fournir une explication de ses faits et gestes. Il leur dit s’intéresser à l’histoire et à la géographie (ce qui lui valut de nombreux hochements de tête, bien qu’aucun de ces deux mots ne fût très usité dans le dialecte de Brie). Il ajouta qu’il songeait à écrire un livre (ce qui lui valut un silence ahuri), et que lui et ses amis cherchaient à recueillir des informations sur les hobbits vivant à l’extérieur du Comté, en particulier dans les contrées à l’est.

Un chœur de voix éclata alors. Frodo, eût-il réellement eu l’intention d’écrire un livre (et eût-il été doté de quelques oreilles de plus), aurait eu suffisamment de matière en quelques minutes pour composer plusieurs chapitres. Et comme si ce n’était pas assez, on lui remit toute une liste de personnes (avec, en tête, « Notre vieux Filibert ») vers qui se tourner pour de plus amples renseignements. Mais comme Frodo ne semblait pas se décider à leur écrire un livre sur-le-champ, les hobbits finirent par revenir aux traditionnelles questions sur les nouvelles du Comté. Frodo ne se montra pas très causant, et il se retrouva bientôt assis seul dans un coin, regardant autour de lui et prêtant l’oreille aux conversations.

Les Hommes et les Nains parlaient surtout d’événements lointains et racontaient des histoires comme on commençait à en entendre trop souvent. Il y avait des troubles dans le Sud, et il semblait que les Hommes arrivés par le Chemin Vert émigraient, cherchant des terres où vivre en paix. Si les Gens de Brie se montraient plutôt compatissants, ils n’avaient visiblement pas très envie d’accueillir un grand nombre d’étrangers dans leur petit pays. L’un des voyageurs, aux yeux louches et au visage disgracié, prédisait qu’il viendrait de plus en plus de gens au nord dans un proche avenir. « Si on leur trouve pas de place, ils la prendront eux-mêmes. Ils ont bien le droit de vivre comme tout le monde », proclama-t-il d’une voix forte. Manifestement, cette perspective n’avait rien pour réjouir les habitants du coin.

Les hobbits ne prêtaient guère attention à ces racontars qui, du reste, ne semblaient pas les concerner pour l’instant. Il était loin, le jour où des Grandes Gens viendraient chercher logis dans des trous de hobbits. Ils s’intéressaient davantage à Sam et à Pippin, qui se sentaient maintenant tout à fait chez eux, et parlaient avec entrain des événements du Comté. Pippin suscita bon nombre de rires avec son récit de l’effondrement du plafond du Trou de Ville à Grande-Creusée : Will Piéblanc, le maire (et le hobbit le plus gras du Quartier Ouest) avait été enseveli sous la craie et en était ressorti comme une boulette enfarinée. Mais il y eut plusieurs questions assez gênantes pour Frodo. L’un des Briennais, qui semblait être allé plusieurs fois dans le Comté, voulait savoir où habitaient les Souscolline et à quelles familles ils étaient apparentés.

Soudain, Frodo remarqua qu’un homme d’allure étrange, marqué par les intempéries, prêtait également une oreille attentive à la conversation des hobbits. Assis dans l’ombre près du mur, il avait devant lui un grand pot à bière et fumait une pipe à long tuyau, curieusement sculptée. Ses jambes étaient étendues, laissant voir de grandes bottes de cuir souple qui lui convenaient bien, mais qui avaient beaucoup d’usure et étaient à présent crottées de boue. Une lourde cape de toile vert foncé, salie par le voyage, l’enserrait de près, et malgré la chaleur de la pièce, il portait un capuchon qui assombrissait son visage ; mais on pouvait voir la lueur dans ses yeux tandis qu’il observait les hobbits.

« Qui est cet homme ? demanda Frodo, quand il eut l’occasion de murmurer à l’oreille de M. Fleurdebeurre. Je ne pense pas que vous nous l’ayez présenté ? »

« Lui ? répondit l’aubergiste en un souffle, jetant un regard de côté sans tourner la tête. Je ne sais pas très bien. C’est un de ces vagabonds : les Coureurs, qu’on les appelle. Il parle rarement, non qu’il n’ait une histoire hors de l’ordinaire à conter quand l’envie lui en prend. Il disparaît pendant un mois, ou un an, puis il resurgit tout à coup. Il est passé assez souvent ce printemps dernier, mais je ne l’ai pas vu dans le coin ces derniers temps. J’ai jamais entendu dire quel était son vrai nom ; mais par ici, on l’appelle l’Arpenteur. Il marche à grands pas sur ses longues cannes, même s’il ne dit jamais à personne pourquoi il est si pressé. Mais à l’Est et à l’Ouest, ne cherchez pas d’explication, comme on dit à Brie – en voulant dire les Coureurs et les Gens du Comté, sauf votre respect. C’est drôle que vous m’interrogiez sur lui. » Mais à ce moment, M. Fleurdebeurre dut répondre à des clients qui réclamaient encore de l’ale, et sa dernière remarque demeura inexpliquée.

Frodo s’aperçut alors que l’Arpenteur le regardait, comme s’il avait entendu ou deviné tout ce qui venait d’être dit. À présent, d’un signe de la main et d’un hochement de tête, il invitait Frodo à venir s’asseoir à ses côtés. Voyant Frodo s’approcher, il rejeta son capuchon en arrière, dévoilant une tête hirsute aux cheveux bruns, grisonnants par endroits, et, dans un visage pâle et sévère, de pénétrants yeux gris.

« On m’appelle l’Arpenteur, dit-il à voix basse. Très heureux de vous rencontrer, maître… Souscolline, si le vieux Fleurdebeurre a bien saisi votre nom. »

« Tout à fait », répondit Frodo d’un ton crispé. Il était loin de se sentir à l’aise sous le regard de ces yeux perçants.

« Eh bien, maître Souscolline, dit l’Arpenteur, si j’étais vous, j’empêcherais vos jeunes amis de trop parler. La boisson, le feu, les rencontres de hasard, tout cela est bien agréable, mais vous savez… ceci n’est pas le Comté. Il y a des gens bizarres dans les parages. Même si je suis mal venu de m’en plaindre, vous dites-vous peut-être, ajouta-t-il avec un sourire narquois, percevant le regard de Frodo. Et des voyageurs encore plus étranges ont traversé Brie, ces temps derniers », poursuivit-il, guettant l’expression de Frodo.

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