Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Quand Tom revint enfin, ils se sentaient revigorés (et affamés). Ils le virent réapparaître, chapeau en premier, derrière la crête de la colline, suivi d’une file docile de six poneys : les cinq qui leur appartenaient et un de plus. Ce dernier était, à l’évidence, le vieux Gros Nigaud : il était plus massif, plus fort, plus gras (et plus vieux) que leurs poneys à eux. Merry, à qui les autres appartenaient, ne les avait en fait jamais appelés ainsi ; mais ils répondirent aux noms que Tom leur avait donnés pour le restant de leurs jours. Tom les appela un à un, et ils franchirent la crête et se placèrent en rangée. Tom s’inclina alors devant les hobbits.
« Voici donc vos poneys ! dit-il. Ils ont plus de jugeote (en un sens) que les hobbits vagabonds – plus de jugeote dans le museau. Car ils sentent de loin le danger, dans lequel vous foncez tout droit ; et s’ils courent pour se sauver, ils courent du bon côté. Pardonnez-leur à tous ; car s’ils ont le cœur fidèle, affronter les Esprits des Tertres n’est pas ce pour quoi ils sont nés. Voyez-les qui reviennent avec tous leurs fardeaux ! »
Merry, Sam et Pippin revêtirent alors des habits de rechange qu’ils trouvèrent dans leurs paquets ; et ils ne tardèrent pas à suffoquer, car ils avaient été obligés de mettre quelques-uns des vêtements plus chauds et plus épais qu’ils avaient apportés en prévision de l’hiver.
« D’où vient cet autre animal, le vieux Gros Nigaud ? » demanda Frodo.
« Il m’appartient, dit Tom. Mon compagnon à quatre pattes ; mais je le monte rarement, et il erre souvent loin en liberté, au flanc des collines. Pendant leur séjour chez moi, vos poneys ont connu mon Nigaud ; et l’ayant flairé dans la nuit, ils ont vite couru à sa rencontre. Je pensais bien qu’il les chercherait, et qu’avec ses sages paroles il les apaiserait. Mais maintenant, mon joyeux Nigaud, le vieux Tom ira sur ton dos. Hé ! il vient avec vous, pour vous remettre en route ; il lui faut donc un poney. Car on peut difficilement parler à des hobbits à cheval, quand on va sur ses propres jambes à essayer de les rattraper. »
Les hobbits furent ravis de l’entendre, et ils remercièrent Tom à plusieurs reprises ; mais il rit, et leur dit qu’ils étaient si doués pour se perdre qu’il ne serait pas tranquille avant de les avoir conduits, sains et saufs, aux frontières de son pays. « J’ai des choses à faire, dit-il : mes ouvrages et mes chansons, mes paroles et mes promenades, et ma garde du pays. Tom ne peut pas toujours être à disposition pour ouvrir des portes et des fissures de saule. Tom doit voir à sa maison, et Baie-d’or attend. »
Il était encore assez tôt au soleil, entre neuf et dix heures, et les hobbits songèrent à se sustenter. Leur dernier repas remontait au déjeuner de la veille, près de la pierre levée. Ils mangèrent alors le restant des provisions que Tom leur avait données, prévues pour le souper, en plus de ce que Tom apportait avec lui. Ce fut un repas frugal (pour des hobbits, et compte tenu des circonstances), mais ils se sentirent beaucoup mieux après, néanmoins. Pendant qu’ils mangeaient, Tom se rendit sur le monticule et examina les trésors. Il les entassa pour la plupart en un monceau qui brillait et étincelait sur l’herbe. Il leur enjoignit d’y rester et de s’offrir « librement à tous, oiseaux, bêtes, Elfes ou Hommes, de même qu’à toutes les créatures bienveillantes » ; car le sortilège du tertre serait alors rompu et dispersé, et aucun Esprit n’y reviendrait plus jamais. Parmi les trésors, il choisit pour lui-même une broche, sertie de pierres bleues aux multiples nuances, telles les fleurs de lin ou les ailes de papillons bleus. Il la regarda longuement, hochant la tête, comme si un souvenir lui remuait le cœur, et dit enfin :
« Voilà un joli jouet pour Tom et pour sa dame ! Belle était celle qui le portait à l’épaule autrefois. Maintenant Baie-d’or le portera, mais nous ne l’oublierons pas ! »
Pour chacun des hobbits, il choisit une dague, longue, en forme de feuille, tranchante et merveilleusement ouvragée, damasquinée de serpents rouge et or. Elles luisirent quand il les tira de leurs fourreaux noirs, faits d’un étrange métal, léger et résistant, et ornés de plusieurs pierres rutilantes. Que ce fût par quelque vertu de ces fourreaux ou en raison du sort jeté sur le tertre, leurs lames, tranchantes, dépourvues de rouille, éclatantes au soleil, ne semblaient avoir subi aucune injure du temps.
« Les vieux poignards sont assez longs pour servir d’épées aux hobbits, dit-il. Il sera bon de les avoir à portée de main, si les gens du Comté s’en vont marcher à l’est, au sud ou au loin, dans les ténèbres et le danger. » Il leur dit alors que ces lames, forgées de longues années auparavant, étaient l’œuvre des Hommes de l’Occidentale, qui s’étaient eux-mêmes opposés au Seigneur Sombre, mais avaient été vaincus par le roi maléfique de Carn Dûm, au pays d’Angmar.
« Rares sont ceux qui de nos jours s’en souviennent, murmura Tom, pourtant il en reste encore qui errent, fils de rois oubliés marchant dans la solitude, gardant les gens insouciants des choses maléfiques. »
Les hobbits ne comprirent pas ses paroles, mais tandis qu’il parlait, ils eurent la vision comme d’une grande étendue d’années derrière eux, telle une vaste plaine ombreuse où de hautes silhouettes avançaient à grandes enjambées, des Hommes au visage sévère et aux épées brillantes ; l’un d’entre eux, le dernier, portait une étoile à son front. Puis la vision s’évanouit, et ils retrouvèrent le monde ensoleillé. Il était temps de reprendre la route. Ils s’apprêtèrent au départ, remballant leurs paquets et chargeant leurs poneys. Ils accrochèrent leurs nouvelles armes à leur ceinture de cuir, sous leur veste, les trouvant fort gênantes et se demandant si elles allaient servir à quoi que ce soit. De toutes les aventures qu’ils pensaient rencontrer dans leur fuite, le combat ne leur était jamais apparu comme une possibilité à envisager.
Ils repartirent enfin. Ayant mené leurs poneys au bas de la colline, ils se mirent en selle et traversèrent la vallée d’un trot rapide. Regardant derrière, ils aperçurent le vieux tertre juché sur la colline. À son sommet, le soleil sur l’or jaillissait comme une flamme jaune. Puis, cette vue disparut derrière un épaulement des Coteaux.
Frodo eut beau regarder de tous côtés, il ne vit aucun signe des grandes pierres levées en forme de portail. Ils parvinrent bientôt à la brèche du nord et la traversèrent rapidement, puis les terres plongèrent devant eux. Ce fut un agréable voyage avec Tom Bombadil qui trottait gaiement à leurs côtés, ou devant eux, sur Gros Nigaud, lequel pouvait aller beaucoup plus vite que ne l’annonçait son embonpoint. Tom chantait la plupart du temps, mais bien souvent, ses chansons n’avaient aucun sens, ou peut-être étaient-elles en une langue étrange et inconnue des hobbits, une langue ancienne dont les mots étaient d’abord ceux de la joie et de l’émerveillement.
Ils allaient bon train, mais ne tardèrent pas à se rendre compte que la Route était plus éloignée qu’ils ne l’avaient imaginé. Même sans le brouillard de la veille, leur sieste de midi les eût empêchés de l’atteindre avant la tombée de la nuit. La ligne sombre qu’ils avaient aperçue n’était pas une rangée d’arbres, mais de buissons qui poussaient au bord d’un profond fossé, longé de l’autre côté par un mur aux parois abruptes. Tom leur dit que se trouvait là autrefois la frontière d’un royaume, mais cela faisait très longtemps. Ce lieu semblait lui rappeler un triste souvenir, et il ne voulut pas en dire beaucoup plus.