Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Ils traversèrent le fossé et franchirent le mur à travers une brèche, après quoi Tom se dirigea plein nord, car ils avaient peu à peu dévié vers l’ouest. Ils avançaient maintenant en terrain découvert et relativement plat, ce qui leur permit de forcer l’allure, mais le soleil avait déjà bien décliné lorsqu’ils virent enfin se profiler une rangée de hauts arbres, et surent qu’ils avaient enfin regagné la Route après une série d’aventures inattendues. Ils firent galoper leurs poneys sur les derniers furlongs et s’arrêtèrent sous les ombres longues au pied des arbres. Ils se trouvaient en haut d’un talus incliné, et la Route, désormais indistincte dans la pénombre du soir, serpentait à leurs pieds. À cet endroit, elle courait presque du sud-ouest au nord-est, et sur leur droite, elle plongeait rapidement dans une large dépression. Elle était défoncée et portait les signes des fortes pluies qui s’étaient abattues récemment : il y avait partout des mares et des nids-de-poule remplis d’eau.
Ils descendirent le talus et regardèrent de chaque côté de la voie. Rien ne se voyait. « Eh bien, nous y voilà enfin revenus ! dit Frodo. Je suppose que mon raccourci à travers la Forêt ne nous aura pas fait perdre plus de deux jours ! Mais ce retard pourrait servir à quelque chose : ils ont peut-être perdu notre trace. »
Les autres le regardèrent. L’ombre de la peur des Cavaliers Noirs revint aussitôt les hanter. Dès lors qu’ils avaient pénétré dans la Forêt, leur principale préoccupation avait été de regagner la Route ; et il avait fallu attendre qu’elle s’étale à nouveau sous leurs pieds pour qu’ils se rappellent le danger qui les poursuivait, danger qui risquait fort d’être embusqué quelque part sur la Route même. Ils se retournèrent, jetant des regards inquiets vers le couchant, mais la Route était brune et vide.
« Croyez-vous…, demanda Pippin avec hésitation, croyez-vous que nous puissions être poursuivis… ce soir ? »
« Non, pas ce soir, je l’espère, répondit Tom Bombadil, ni peut-être même demain. Mais ne vous fiez pas à mon intuition, car elle n’est pas assurée. À l’est, ma connaissance fait défaut. Tom n’est pas maître des Cavaliers du Pays Noir, loin au-delà de ses terres. »
Les hobbits auraient tout de même voulu qu’il les accompagne. Ils avaient le sentiment que, si quelqu’un était à même de s’occuper des Cavaliers Noirs, c’était bien lui. Ils étaient sur le point d’entrer dans des terres qui leur étaient totalement étrangères, inconnues des légendes du Comté hormis les plus vagues et les plus lointaines ; et dans les ténèbres grandissantes, ils se prirent à vouloir rentrer chez eux. Un profond sentiment de solitude et de perte les envahit. Ils demeurèrent silencieux, incapables de se résigner à cette ultime séparation, et mirent du temps à se rendre compte que Tom leur faisait ses adieux, les invitant à garder courage et à chevaucher jusqu’à la nuit sans s’arrêter.
« Tom vous sera de bon conseil jusqu’à la fin du jour (après quoi votre propre chance devra vous suivre et vous guider) : à quatre milles d’ici, vous rencontrerez un village, Brie sous la Colline de Brie, dont les portes donnent sur l’ouest. Là, vous trouverez une vieille auberge qui a pour nom Le Poney Fringant. Filibert Fleurdebeurre en est le digne propriétaire. Vous pourrez y loger pour la nuit et ferez bonne route au matin. Soyez braves, mais prudents ! Gardez vos cœurs joyeux, et partez à la rencontre de votre fortune ! »
Ils le supplièrent de venir à tout le moins jusqu’à l’auberge pour boire avec eux une dernière fois ; mais il rit, et dit en manière de refus :
Le pays de Tom finit ici : il ne passe pas les frontières.
Tom doit voir à sa maison, et Baie-d’or attend !
Alors il se détourna, lança son chapeau dans les airs, sauta sur le dos de Nigaud et s’en fut par-dessus le talus, chantant dans le crépuscule.
Les hobbits y grimpèrent et le suivirent du regard jusqu’à ce qu’il soit hors de vue.
« Ça me fait quelque chose de prendre congé de maître Bombadil, dit Sam. C’est un sacré numéro, ça y a pas d’erreur. J’ai idée qu’on pourrait aller loin sans rencontrer personne de mieux, ni de plus bizarre. Mais j’avoue que je serai pas fâché de voir ce Poney Fringant où il nous a dit d’aller. J’espère que ce sera comme cheu nous au Dragon Vert ! Quel genre de monde c’est, à Brie ? »
« Il y a des hobbits à Brie, dit Merry, et aussi des Grandes Gens. Je pense que ce sera assez comme chez nous. Le Poney est une bonne auberge, à ce qu’il paraît. Les gens de ma famille s’y rendent à l’occasion. »
« Même si elle a tout pour plaire, dit Frodo, l’auberge n’en est pas moins à l’extérieur du Comté. Ne faites pas trop comme chez vous ! De grâce, souvenez-vous – vous tous – que le nom de Bessac ne doit PAS être mentionné. Je suis M. Souscolline, s’il faut donner un nom. »
Ils montèrent alors leurs poneys et chevauchèrent en silence dans le soir tombant. L’obscurité vint rapidement tandis qu’ils descendaient, puis remontaient lentement les côtes, jusqu’à ce qu’enfin ils voient scintiller des lumières à quelque distance en avant.
La Colline de Brie se dressait devant eux et leur barrait la route, telle une masse sombre se détachant sur des étoiles brumeuses ; sous son versant ouest nichait un gros bourg. Ils se hâtèrent alors vers celui-ci avec la seule envie d’y trouver un feu, et de mettre une porte entre eux et la nuit.
9À l’enseigne du Poney Fringant
Brie était le principal village du Pays-de-Brie, petite région habitée, telle une île au milieu des terres vides qui l’entouraient. En plus de Brie proprement dit, il y avait le village de Raccard de l’autre côté de la colline, celui de Combe dans une profonde vallée un peu plus à l’ouest, et celui d’Archètes à l’orée du Bois de Chètes. Autour de la Colline de Brie et de ses villages s’étendait une région de terres cultivées et faiblement boisées d’à peine quelques milles de large.
Les Hommes de Brie, bruns de cheveux, larges d’épaules et plutôt courts de taille, étaient d’une nature enjouée et indépendante : ils n’appartenaient qu’à eux-mêmes, mais ils étaient généralement plus ouverts et plus accueillants envers les Hobbits, les Nains, les Elfes et les autres peuples du monde autour d’eux, que ne l’étaient (ou ne le sont) d’ordinaire les Grandes Gens. S’il faut en croire leurs propres récits, ils étaient les tout premiers habitants de la région, et descendaient des premiers Hommes à s’être jamais aventurés dans l’Ouest du monde du milieu. Peu d’entre eux avaient survécu aux troubles des Jours Anciens ; mais quand les Rois avaient retraversé la Grande Mer, ils avaient trouvé les Hommes de Brie au même endroit ; et leurs descendants s’y trouvaient encore à présent, alors que le souvenir des Rois était disparu sous les herbes.
À cette époque, aucun autre groupe d’Hommes n’avait d’habitations permanentes aussi loin à l’ouest, ou à moins de cent lieues du Comté. Mais dans les terres sauvages au-delà de Brie erraient de mystérieux vagabonds. Les Gens de Brie les nommaient Coureurs et ne savaient rien de leurs origines. Ils étaient plus grands et plus sombres que les Hommes de Brie, et on leur prêtait d’étranges pouvoirs de vision et d’ouïe, et la faculté de comprendre les langues des bêtes et des oiseaux. Ils erraient à loisir dans les régions du sud, et pouvaient même se rendre à l’est, jusqu’aux Montagnes de Brume ; mais ils étaient désormais peu nombreux et on les voyait rarement. Quand ils apparaissaient, ils rapportaient des nouvelles de loin et racontaient d’étranges histoires oubliées auxquelles on prêtait une oreille attentive ; mais les Gens de Brie ne les prenaient pas comme amis.