Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Qu’entendez-vous par là ? » demanda brusquement Frodo.
« Ne vous affolez pas ! J’entends simplement ceci : je vais vous dire ce que je sais et vous donner de bons conseils ; mais j’exigerai une récompense. »
« Et quelle sera-t-elle, je vous prie ? » Il crut alors être tombé sur une fripouille, et songea anxieusement qu’il n’avait apporté que très peu d’argent. Le contenu de sa bourse n’aurait pas contenté un voyou, et il ne pouvait se passer d’un seul sou.
« Rien que vous ne puissiez vous permettre, répondit l’Arpenteur, esquissant lentement un sourire, comme s’il devinait ses pensées. Seulement ceci : vous devrez m’emmener avec vous jusqu’à ce que je souhaite vous quitter. »
« Ah, bon ! répondit Frodo, surpris mais pas tellement soulagé. Même si je voulais d’un autre compagnon, jamais je n’accepterais une telle chose avant d’en savoir beaucoup plus long sur vous et sur vos affaires. »
« Excellent ! s’écria l’Arpenteur, croisant les jambes et se calant dans son fauteuil. Vous semblez avoir retrouvé vos esprits, et ce ne peut être qu’une bonne nouvelle. Vous avez été bien trop imprudent jusqu’ici. Très bien ! Je vais vous dire ce que je sais et vous laisser juge de la récompense. Vous pourriez être content de l’offrir quand vous m’aurez entendu. »
« Poursuivez, alors ! dit Frodo. Que savez-vous donc ? »
« J’en sais trop ; trop de sombres choses, dit l’Arpenteur d’un ton grave. Mais pour ce qui est de votre affaire… » Il se leva et alla à la porte, l’ouvrit d’un coup sec et regarda dans le couloir. Puis il la referma discrètement et se rassit. « J’ai l’ouïe fine, poursuivit-il, baissant la voix, et si je n’ai pas la faculté de disparaître, j’ai chassé bien des créatures sauvages et je puis facilement éviter d’être vu si je le désire. Or, je me trouvais ce soir derrière la haie, sur la Route à l’ouest de Brie, quand quatre hobbits sont arrivés des Coteaux. Nul besoin de répéter tout ce qu’ils ont dit au vieux Bombadil ou se sont dit entre eux ; mais une chose en particulier m’a intéressé. De grâce, souvenez-vous que le nom Bessac ne doit pas être mentionné. Je suis M. Souscolline, s’il faut donner un nom. Ça m’a tellement intéressé que je les ai suivis jusqu’ici. Je me suis glissé par-dessus la porte comme ils entraient dans le village. Monsieur Bessac a peut-être une raison légitime de laisser son nom derrière lui ; mais dans ce cas, je lui conseillerais d’être plus prudent, et cela vaut aussi pour ses amis. »
« Je ne vois pas en quoi mon nom intéresserait qui que ce soit à Brie, dit Frodo avec colère, et il me reste encore à apprendre en quoi il peut vous intéresser. Monsieur l’Arpenteur a peut-être une raison légitime d’espionner les conversations privées des voyageurs ; mais si tel est le cas, je lui conseillerais de s’expliquer. »
« Bien répliqué ! dit l’Arpenteur en riant. Mais l’explication est simple : je cherchais un Hobbit du nom de Frodo Bessac. Je voulais le trouver rapidement. J’avais cru comprendre qu’il quittait le Comté avec, disons, un secret d’importance pour mes amis et moi.
« Non, ne vous méprenez pas ! s’écria-t-il, tandis que Frodo se levait de son siège et que Sam sautait sur pied, l’œil mauvais. Je serai plus prudent que vous avec ce secret. Et la prudence est de mise ! » Il se pencha et les regarda avec insistance. « Surveillez chaque ombre ! dit-il à voix basse. Des hommes en noir ont traversé Brie à cheval. Lundi, l’un d’entre eux est descendu par le Chemin Vert, à ce qu’on dit ; et un autre a remonté le Chemin Vert venant du sud. »
Il y eut un silence. Puis, Frodo s’adressa à Pippin et Sam : « J’aurais dû m’en douter à la façon dont le gardien de la porte nous a accueillis, dit-il. Et l’aubergiste semble avoir eu vent de quelque chose. Pourquoi a-t-il insisté pour que nous allions rejoindre les autres ? Et pourquoi donc avons-nous agi aussi stupidement ? Nous aurions dû rester tranquillement ici. »
« C’eût été préférable, dit l’Arpenteur. Je vous aurais empêché d’aller dans la salle commune, si j’avais pu ; mais l’aubergiste n’a pas voulu me laisser entrer vous voir, ni transmettre aucun message. »
« Pensez-vous qu’il… », commença Frodo.
« Non, je ne pense rien de mal du vieux Fleurdebeurre. Seulement, il n’aime pas trop les mystérieux vagabonds de mon espèce. » Frodo lui adressa un regard perplexe. « Eh bien, j’ai plutôt l’air d’une fripouille, non ? dit l’Arpenteur, la lèvre tordue et les yeux animés d’une étrange lueur. Mais j’espère que nous aurons l’occasion de faire plus ample connaissance. À ce moment-là, j’espère que vous m’expliquerez ce qui s’est passé à la fin de votre chanson. Car cette petite farce… »
« C’était tout à fait par accident ! » intervint Frodo.
« Je me le demande, dit l’Arpenteur. Par accident, soit. Cet accident vous met en une dangereuse posture. »
« À peine plus dangereuse qu’elle ne l’était déjà, dit Frodo. Je savais que ces hommes en noir me poursuivaient ; mais là, on dirait qu’ils m’ont manqué et qu’ils sont partis. »
« Il ne faut pas compter là-dessus ! dit brusquement l’Arpenteur. Ils reviendront. Et d’autres s’en viennent. Il y en a davantage. Je connais leur nombre. Je les connais, ces Cavaliers de l’ombre. » Il marqua une pause ; ses yeux étaient froids et durs. « Et il y a des gens à Brie en qui on ne peut avoir confiance, poursuivit-il. Bill Fougeard, par exemple. Son nom a mauvaise réputation au Pays-de-Brie, et des gens bizarres lui rendent visite. Vous avez dû le remarquer parmi la compagnie : un type bistré au visage moqueur. Il frayait avec l’un des étrangers du Sud, et ils se sont esquivés ensemble juste après votre “accident”. Ces gens du Sud ne sont pas tous bien intentionnés ; quant à Fougeard, il vendrait n’importe quoi à n’importe qui, et toute méchanceté l’amuse. »
« Que va vendre ce Fougeard, et qu’est-ce que mon accident a à voir avec lui ? » dit Frodo, bien décidé à ne pas comprendre les allusions de l’Arpenteur.
« Des nouvelles de vous, bien entendu, répondit l’Arpenteur. Un compte rendu de votre petit numéro ne manquerait pas d’intéresser certaines personnes. Après cela, il ne serait guère besoin de leur donner votre vrai nom. Or, il me paraît plus que probable qu’ils en entendront parler avant la fin de la nuit. Cela vous suffit-il ? Vous pouvez faire comme il vous plaira, pour ce qui est de ma récompense : me prendre comme guide, ou ne pas me prendre. Mais je puis vous dire une chose : je connais toutes les terres entre le Comté et les Montagnes de Brume, car je les ai parcourues pendant de longues années. Je suis plus vieux que je n’en ai l’air. Je pourrais vous être utile. Vous devrez éviter la grand-route à compter de demain, car les cavaliers la surveilleront nuit et jour. Vous pourriez réussir à sortir de Brie, sans être importuné tant que le Soleil brille ; mais vous n’irez pas loin. Ils vous attaqueront dans les terres sauvages, dans un endroit sombre sans secours possible. Souhaitez-vous qu’ils vous trouvent ? Ils sont terribles ! »
Les hobbits le regardèrent et constatèrent avec surprise que son visage s’était crispé comme de douleur, ses mains agrippant les bras de son fauteuil. Un calme immobile régnait dans la pièce, et la lumière semblait avoir baissé. Ils le virent un instant assis là, le regard vague, comme s’il marchait parmi de lointains souvenirs ou prêtait l’oreille aux sons de la Nuit, dehors, au loin.
« Allons bon ! s’écria-t-il au bout d’un moment, se passant la main sur le front. J’en sais peut-être plus long que vous au sujet de ces poursuivants. Vous les craignez, mais vous ne les craignez pas assez, pas encore. Demain, il faudra vous échapper, si vous le pouvez. L’Arpenteur peut vous conduire par des chemins peu fréquentés. Le prendrez-vous à vos côtés ? »