Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Le Pays-de-Brie comptait également de nombreuses familles de hobbits ; et eux prétendaient habiter le plus ancien établissement de Hobbits au monde, fondé longtemps avant la traversée du Brandivin et la colonisation du Comté. La plupart vivaient à Raccard, mais il y en avait également à Brie même, surtout dans la partie supérieure de la colline, au-dessus des maisons des Hommes. Les Grandes Gens et les Petites Gens (comme ils se nommaient entre eux) s’entendaient bien, s’occupant de leurs affaires chacun à sa manière, mais se considérant chacun à raison comme une composante essentielle de la population de Brie. Cet arrangement particulier (mais excellent) n’existait nulle part ailleurs au monde.
Les Gens de Brie, Grands et Petits, ne voyageaient pas tellement eux-mêmes, et s’occupaient surtout des affaires qui touchaient leurs quatre villages. Les Hobbits de Brie se rendaient à l’occasion jusqu’au Pays-de-Bouc ou dans le Quartier Est ; et bien que leur petite région ne fût guère qu’à un jour de chevauchée à l’est du Pont du Brandivin, les Hobbits du Comté ne s’y rendaient plus très souvent. Seul un Bouceron de temps en temps ou un Touc téméraire venait parfois à l’Auberge pour une ou deux nuits, mais cela devenait de moins en moins fréquent. Les Hobbits du Comté considéraient ceux de Brie, et de tous ceux qui vivaient au-delà des frontières, comme des « Gens de l’Extérieur », et s’y intéressaient très peu, les jugeant frustes et peu dégourdis. Or, il devait y avoir à cette époque beaucoup plus de Gens de l’Extérieur répandus un peu partout dans l’ouest du Monde qu’on ne se l’imaginait dans le Comté. Certains, assurément, ne valaient pas mieux que des clochards, prêts à creuser le premier talus venu pour l’abandonner aussitôt qu’il ne ferait plus leur affaire. Mais au Pays-de-Brie, du moins, les hobbits étaient des gens respectables et prospères – pas plus rustiques que la plupart de leurs lointains parents de l’Intérieur. On se souvenait encore du temps où les allées et venues étaient nombreuses entre Brie et le Comté. Il y avait du sang de Brie chez les Brandibouc, de l’avis de tous.
Le village de Brie comptait une centaine de maisons en pierre des Grandes Gens, juchées pour la plupart au-dessus de la Route, sur le versant ouest de la colline. Là, partant de la colline et décrivant plus d’un demi-cercle avant d’y revenir, s’ouvrait un profond fossé bordé d’une épaisse haie du côté du village. La Route le franchissait au moyen d’une chaussée ; mais à l’endroit où elle trouait la haie se dressait une grande porte. Une autre porte se trouvait du côté sud, là où la Route sortait du village. On fermait les portes dès la tombée de la nuit ; mais juste de l’autre côté se trouvaient de petits pavillons pour les gardiens.
Un peu à l’intérieur, à l’endroit où la Route tournait à droite pour contourner le pied de la colline, s’élevait une auberge d’importance, construite du temps où la circulation était beaucoup plus grande sur les routes. Car Brie se trouvait à un ancien carrefour : une autre vieille route croisait celle de l’Est tout juste devant le fossé à l’extrémité ouest du village, route très empruntée autrefois par les Hommes, et par des gens de toutes sortes. Aussi étrange que des nouvelles de Brie était encore un dicton dans le Quartier Est, hérité de cette époque où des nouvelles du Nord, du Sud et de l’Est s’échangeaient à l’auberge, que les Hobbits du Comté fréquentaient alors plus assidûment. Mais les Terres du Nord étaient depuis longtemps désolées, et la Route du Nord tombée en désuétude : elle était désormais recouverte de verdure, et les Gens de Brie l’appelaient le Chemin Vert.
L’Auberge de Brie était toujours là, cependant, et son propriétaire était un homme important. Sa maison était le lieu de rencontre des oisifs, des bavards et des curieux parmi les habitants, grands ou petits, des quatre villages ; et un asile pour les Coureurs et autres vagabonds, et pour les voyageurs (surtout des nains) qui empruntaient encore la Route de l’Est pour se rendre aux Montagnes ou en revenir.
Il faisait noir et les étoiles brillaient, blanches, quand Frodo et ses compagnons parvinrent enfin à la croisée du Chemin Vert, tout près du village. Ils arrivèrent à la Porte de l’Ouest et la trouvèrent close ; mais un homme était assis à l’entrée du pavillon juste derrière. Il se leva d’un bond, alla chercher une lanterne et leur lança un regard surpris par-dessus la porte.
« D’où venez-vous, et qu’est-ce que vous voulez ? » demanda-t-il d’un ton bourru.
« Nous nous rendons à l’auberge du village, répondit Frodo. Nous voyageons vers l’est et ne pouvons continuer ce soir. »
« Des hobbits ! Quatre hobbits ! Et qui viennent du Comté, à la façon dont ils parlent », dit le gardien à voix basse, comme pour lui-même. Il les dévisagea un moment d’un œil suspicieux, puis ouvrit lentement la porte et les laissa passer sur leurs montures.
« On ne voit pas souvent des Gens du Comté sur la Route le soir, poursuivit-il tandis qu’ils s’arrêtaient un moment près de sa porte. Vous m’excuserez, mais je me demande bien quelle affaire vous envoie à l’est de Brie ! Quels sont vos noms, si vous permettez ? »
« Nos noms et nos affaires ne regardent que nous, et ça ne semble pas l’endroit idéal pour en discuter », dit Frodo, qui n’aimait pas trop l’allure de cet homme ni le ton de sa voix.
« Vos affaires vous regardent, sans doute, répondit-il, mais c’est mon affaire de poser des questions à la nuit tombée. »
« Nous sommes des hobbits du Pays-de-Bouc, et nous avons envie de voir du pays et de séjourner ici à l’auberge, intervint Merry. Je suis M. Brandibouc. Cela vous suffit-il ? Il fut un temps où les Gens de Brie avaient toujours une parole courtoise pour les voyageurs, me suis-je laissé dire. »
« C’est bon, c’est bon ! dit l’homme. Je ne voulais pas vous vexer. Mais vous vous apercevrez peut-être que le vieux Harry de la porte n’est pas le seul à poser des questions. Il y a des gens bizarres dans le coin. Si vous continuez jusqu’au Poney, vous verrez que vous n’êtes pas les seuls clients. »
Il leur souhaita une bonne soirée, ce qui mit fin à la conversation ; mais Frodo put voir, à la lueur de la lanterne, que l’homme continuait de les dévisager d’un œil inquisiteur. Il ne fut pas mécontent d’entendre la porte se refermer derrière eux au moment où ils se remettaient en chemin. Il se demanda pourquoi le gardien était si méfiant, et si quelqu’un était venu demander des nouvelles d’un groupe de hobbits. Gandalf, peut-être ? Il avait pu arriver ici pendant qu’ils étaient retenus dans la Forêt et sur les Coteaux. Mais quelque chose dans le regard et dans la voix du gardien le troublait.
L’homme continua de les suivre du regard, mais au bout d’un moment il regagna son pavillon. Sitôt qu’il eut le dos tourné, une forme sombre grimpa vivement par-dessus la porte et se fondit dans les ombres de la rue du village.
Les hobbits gravirent une pente douce, passèrent quelques maisons isolées et arrêtèrent leurs montures devant l’auberge. Ces maisons leur paraissaient étranges, de taille démesurée. Sam, levant le regard vers l’auberge, avec ses trois étages et ses nombreuses fenêtres, sentit son cœur se serrer. Il s’était imaginé rencontrer, à un moment ou à un autre, des géants plus grands que les arbres, et d’autres créatures encore plus terrifiantes, au cours de son voyage ; mais pour l’heure, cet avant-goût des Hommes et de leurs grandes maisons lui semblait bien assez, peut-être même un peu trop après une journée aussi fatigante, à la nuit tombée. Il se représenta des chevaux noirs, entièrement sellés et bridés, tapis dans la cour de l’auberge, et des Cavaliers Noirs les épiant à l’étage, derrière les sombres fenêtres.