Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Frodo soutint son regard, mais ne dit rien ; et l’Arpenteur demeura coi. Son attention semblait soudain fixée sur Pippin. À son grand affolement, Frodo s’aperçut que ce jeune écervelé de Touc, fort du succès que lui avait valu le bedonnant maire de Grande-Creusée, poussait l’étourderie jusqu’à faire un récit comique de la fête d’adieu de Bilbo. Il s’était déjà lancé dans une imitation du Discours et approchait de l’étonnante Disparition.
Frodo était bien agacé. Pour la plupart des hobbits de la région, c’était, à n’en pas douter, une histoire plutôt anodine : rien de plus qu’une anecdote amusante concernant ce drôle de monde de l’autre côté du Fleuve ; mais certains (le vieux Fleurdebeurre, par exemple) n’étaient pas tombés de la dernière averse, et ils avaient probablement entendu des rumeurs concernant la disparition de Bilbo, toutes ces années auparavant. Cela leur rappellerait le nom de Bessac, surtout si on s’était enquis récemment de ce nom à Brie.
Frodo remua sur son siège, se demandant que faire. Pippin était visiblement ravi de toute l’attention qu’il recevait, et devenait fort oublieux du danger qui les guettait. Frodo craignit soudain que, dans son état d’esprit, il aille jusqu’à mentionner l’Anneau, ce qui pourrait bien s’avérer désastreux.
« Vous feriez mieux d’agir vite ! » souffla l’Arpenteur à son oreille.
Grimpant sur une table, Frodo s’y tint debout et se mit à parler, détournant l’attention de l’auditoire de Pippin. Certains hobbits, levant les yeux vers Frodo, se mirent à rire et à applaudir, croyant que M. Souscolline avait ingurgité tout son soûl de bière.
Frodo se sentit tout à coup profondément ridicule, et il se trouva (comme c’était son habitude en livrant un discours) à tripoter les objets qu’il avait dans sa poche. Il sentit l’Anneau sur sa chaîne, et, de manière tout à fait inexplicable, éprouva soudain l’envie irrépressible de le mettre et d’échapper à cette situation grotesque. C’était comme si cette suggestion lui venait de l’extérieur, de quelqu’un ou quelque chose qui se trouvait dans la pièce. Résistant fermement à la tentation, il referma sa main sur l’Anneau, comme pour le réprimer et l’empêcher de s’échapper ou de jouer quelque mauvais tour. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Anneau ne lui fournit aucune inspiration. Il prononça « quelques mots de circonstance », comme on aurait dit dans le Comté : Nous sommes tous très touchés de l’amabilité de votre accueil, et je me permets d’espérer que ma courte visite pourra contribuer à renouveler les vieux liens d’amitié entre Brie et le Comté ; puis il hésita et toussa.
Tout le monde le regardait, à présent. « Une chanson ! » cria l’un des hobbits. « Une chanson ! Une chanson ! firent tous les autres. Allons, mon bon maître, chantez-nous quelque chose qu’on n’a jamais entendu ! »
Pendant un moment, Frodo resta bouche bée. Puis, en désespoir de cause, il entonna une chanson ridicule que Bilbo aimait bien (et dont il était plutôt fier, car il en avait lui-même composé les paroles). Elle parlait d’une auberge : c’est sans doute pour cette raison que Frodo s’en souvint à ce moment-là. La voici en entier. De nos jours, en règle générale, on n’en connaît guère plus que quelques mots.
Il est une joyeuse auberge
sous une colline grise ;
On y brasse une bière si brune
Que vint un soir l’Homme dans la Lune
pour en boire à sa guise.
Le pal’frenier a un chat pompette
qui est un fier violoneux.
Son grand archet court sans arrêt :
En haut, il grince, en bas, il braie,
parfois il racle au milieu.
Le patron, il a un p’tit chien
qui aime bien s’égayer ;
Quand se réjouit la compagnie,
Il tend l’oreille aux plaisanteries
et rit à s’en étouffer.
Ils ont là une vache à cornes
superbe comme une reine ;
Mais la musique l’étourdit,
Lui fait remuer sa queue fournie
et danser sur la plaine.
Oh ! les rangées de plats d’argent,
et les couverts polis !
Pour l’dimanche1 on en a de beaux
Que l’on frotte bien comme il faut
les samedis après-midi.
L’Homme dans la Lune trinquait à fond,
le chat vacillait un peu ;
Plats et cuillers valsaient à table,
La vache tanguait dans l’étable,
le chien se mordait la queue.
L’Homme dans la Lune remplit sa chope
et bientôt roula par terre ;
Il s’assoupit dessous sa chaise,
De boisson rêvant à son aise,
quand l’aube pointa dans l’air.
Le pal’frenier dit à son chat :
« Les chevaux blancs de la Lune
Rongent leur frein à l’écurie.
Leur maître s’est noyé l’esprit,
et là, il est moins une. »
Le chat joua donc une gigue
à réveiller un mort
Sur son violon, zigue-zin-zon ;
Dit à notre homme le patron :
« Le matin vient dehors ! »
L’ayant roulé sur la colline,
dans la Lune on le fourra,
Ses chevaux galopant derrière,
La vache accourant comme un cerf,
puis la cuiller et le plat.
Alors le violon s’emballa,
la vache fit le poirier,
Le chien rieur soudain rugit ;
Les dormeurs sautant hors du lit
dansèrent sur le plancher.
Les cordes du violon, plin ! plon !
cassèrent une à une.
Le plat s’enfuit avec la cuiller ;
La vache bondit dans les airs,
sauta par-dessus la Lune.
La Lune ronde se roula
sous la colline et dormit.
Soleil surgit à ce moment :
Elle2 n’en crut pas ses yeux ardents,
car tous allèrent au lit !
Il y eut de longs et bruyants applaudissements. Frodo avait une bonne voix, et la chanson avait frappé leur imagination. « Où est le vieux Bébert ? crièrent-ils. Il faut lui faire entendre ça. Bob devrait apprendre le violon à son chat, alors on pourrait danser. » Ils réclamèrent encore de l’ale et se mirent à crier : « Refaites-la-nous encore, maître ! Allons ! Juste une fois ! »
Ils le firent boire encore un coup et reprendre sa chanson, tandis que nombre d’entre eux se mettaient de la partie ; car l’air était bien connu et ils étaient doués pour retenir les paroles. Alors ce fut au tour de Frodo d’être content de lui. Il cabriolait sur la table ; et quand il arriva pour la seconde fois à la vache sauta par-dessus la Lune, il bondit en l’air. Bien trop énergiquement, car il retomba, boum, dans un plateau rempli de chopes, glissa et déboula de la table avec un fracas, un vacarme, un boucan épouvantable ! Tous ouvrirent grand la bouche pour rire, puis s’arrêtèrent court, béants de stupeur ; car le chanteur disparut. Il s’était évanoui, purement et simplement, comme s’il était passé directement à travers le plancher sans laisser de trou !