1942-Le jour se lève
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1942-Le jour se lève». Краткое содержание книги:
« […] Je me suis arrêté pour déjeuner – non loin de Brest-Litovsk – 1 300 Juifs venaient d’être exécutés la veille.
« Ils avaient été conduits auprès d’une fosse, hors de la ville. Hommes, femmes et enfants durent se dévêtir entièrement et furent ensuite liquidés d’une balle dans la nuque. Les habits furent désinfectés et réutilisés.
« Je suis convaincu que si la guerre dure trop longtemps, les Juifs finiront en saucisses et seront servis à des prisonniers de guerre russes et à des ouvriers spécialisés juifs. »
De ce soldat, qui imagine tranquillement l’inimaginable, à Hitler, en passant par tous les hommes-rouages de la machinerie nazie (Himmler, Goering, Goebbels, Rudolf Höss… des dizaines de milliers d’autres), une chaîne se constitue, une « usine de mort » fonctionne.
Ses mécanismes sont connus.
Quand on interroge Martin Bormann :
— Comment sera résolue la question juive ?
Il répond :
— Tout simplement.
Et chacun comprend, admet l’extermination, la « solution finale ».
Ne s’étonne que celui qui est resté attaché à des valeurs morales.
Ainsi l’universitaire d’origine juive, mais converti au protestantisme, Victor Klemperer qui écrit, à la fin de 1942, dans sa ville de Dresde, après avoir entendu le Führer évoquer la juiverie internationale et son extermination :
« Toujours la même musique mais poussée à son paroxysme… Paroxysme des menaces contre l’Angleterre, contre les Juifs dans le monde entier qui voulaient anéantir les peuples aryens de l’Europe et que lui anéantit…
« Ce qui est épouvantable, ce n’est pas qu’un dément se déchaîne dans des crises de plus en plus forcenées, mais que l’Allemagne l’accepte, depuis déjà près de dix ans et après presque quatre ans de guerre, et qu’elle continue à se laisser vider de son sang. »
Au même moment, dans les derniers mois de cette année 1942, Emmanuel Ringelbum, qui veut témoigner de ce qu’il vit et voit dans le ghetto de Varsovie, écrit de courtes notes :
« La toute dernière période. Le temps des atrocités. Impossible d’écrire une monographie parce que… »
Il énumère les lieux d’extermination et répète :
« Temps de persécutions et maintenant temps des atrocités. »
Un nom revient : Treblinka.
C’est le dernier et le plus meurtrier des camps, construit au nord-est de Varsovie, à proximité de la voie de chemin de fer Varsovie-Bialystok, sur un terrain sablonneux dans un coude de la rivière Bug.
Une voie unique mène de la dernière gare au camp.
Comme dans les autres camps – Chelmno, Belzec, Sobibor –, les déportés doivent se déshabiller et laisser tous leurs vêtements et leurs objets précieux sur les quais de la « place de déshabillage ».
De là, les victimes sont conduites aux chambres à gaz par la « route du ciel » : Himmelstrasse, un étroit corridor caché par d’épais branchages. Un panneau indique les « douches ».
Dans les derniers mois de 1942, un ancien policier autrichien, Franz Stangl, spécialiste de l’euthanasie, prend le commandement du camp. Il dirigeait jusqu’alors celui de Sobibor.
Là-bas, il avait l’habitude de faire le tour du camp en culottes de cheval blanches.
Il raconte sa première visite à Treblinka.
« J’y suis allé en voiture, conduit par un chauffeur SS. L’odeur s’est fait sentir à des kilomètres. La route longeait la voie ferrée. À quinze ou vingt minutes de voiture de Treblinka, nous avons commencé à voir des cadavres le long de la voie, d’abord deux ou trois, puis davantage et, en arrivant à la gare, il y en avait des centaines, semblait-il, couchés là, abandonnés, apparemment depuis des jours à la chaleur. Dans la gare, il y avait un train plein de Juifs, les uns morts, d’autres encore vivants, ça aussi avait l’air d’être là depuis des jours. […] Lorsque je suis arrivé au camp, en descendant de voiture sur la place de triage, j’ai eu de l’argent jusqu’aux genoux. Je ne savais de quel côté me tourner, où aller.
« Je pataugeais dans les billets de banque ; la monnaie, les pierres précieuses, les bijoux, les vêtements […]. L’odeur était indescriptible ; des centaines, non des milliers de cadavres partout, en décomposition, en putréfaction. De l’autre côté de la place, dans les bois, juste à quelques centaines de mètres de la clôture barbelée et tout autour du camp, il y avait des tentes et des feux avec des groupes de gardes ukrainiens et des filles – des putains, je l’ai appris plus tard, venues de tous les coins du pays – ivres, titubant, dansant, chantant, jouant de la musique. »
Cette horreur, dans les derniers mois de 1942, on ne l’ignore plus, ni à Londres, ni à Washington, ni dans aucun des pays occupés, mais on ne veut pas l’admettre.
Dans les communautés juives, les éclairs de lucidité sont effacés par l’incrédulité, l’espoir qui ne cesse de renaître.
Suivant les pays, l’attitude de la population varie, mais la passivité l’emporte.
Le 16 novembre 1942, le représentant de Ribbentrop à La Haye écrit au ministère des Affaires étrangères du Reich :
« La déportation s’est déroulée sans difficulté ni incident… La population hollandaise s’est habituée à la déportation des Juifs. Il n’y a pas le moindre trouble. Les nouvelles du camp de Rauschwitz [pour Auschwitz] paraissent favorables. Les Juifs ont donc laissé tomber leurs doutes et se rendent plus ou moins volontairement aux points de rassemblement. »
Et pourtant, des témoins oculaires assistent à l’embarquement des malades de la principale institution psychiatrique juive :
« J’ai vu les membres de la Schutzpolizei placer une rangée de patients, dont beaucoup de vieilles femmes, sur des matelas au fond d’un camion, puis entasser dessus cargaison sur cargaison de corps humains. Ces camions étaient si pleins à craquer que les Allemands eurent beaucoup de mal à refermer les hayons. »
Comme l’Église catholique hollandaise a protesté contre les déportations, les Allemands arrêtent des Juifs baptisés et, parmi eux, la philosophe et religieuse carmélite, Edith Stein[4].
Cachée dans une soupente d’Amsterdam, une jeune fille, Anne Frank, note à la fin de l’année 1942 :
« Nos nombreux amis juifs sont emmenés par groupes entiers. La Gestapo ne prend vraiment pas de gants avec ces gens, on les transporte à Westerbork, le grand camp pour Juifs en Drenthe, dans des wagons à bestiaux. »
Anne poursuit :
« S’il se passe déjà des choses aussi affreuses en Hollande, qu’est-ce qui les attend dans les régions lointaines et barbares où on les envoie ? Nous supposons que la plupart se font massacrer. La radio anglaise parle d’asphyxie par les gaz ; c’est peut-être la méthode d’élimination la plus rapide. »
Elle décrit les arrestations à Amsterdam.
« D’innombrables amis et relations sont partis pour une terrible destination. Soir après soir, les voitures vertes ou grises de l’armée passent, ils sonnent à chaque porte et demandent s’il y a des Juifs dans la maison. […] Rien n’est épargné, vieillards, enfants, bébés, femmes enceintes, malades, tout, tout est entraîné dans ce voyage vers la mort. »
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On voudrait que ce « voyage vers la mort » soit interrompu par les puissances alliées. Car en cette fin d’année 1942, elles savent que l’extermination des Juifs est au bout du chemin.
Des sources allemandes ont confirmé la mise en œuvre de la « solution finale ».
Jusque-là, les témoignages, les rapports – ceux du résistant polonais Ian Karski – n’avaient pas réussi à lever tous les doutes.