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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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« Nous partîmes dans la matinée du 28 novembre et arrivâmes à Ratensburg à la fin de l’après-midi », raconte Rommel.

À 17 heures, il voit le Führer.

L’atmosphère de l’entretien est glaciale. Quand Rommel évoque la nécessité d’évacuer l’Afrique, « une telle décision stratégique agit à la manière d’une étincelle tombant dans un baril de poudre ». Le Führer hurle, dans un « véritable accès de rage et un flot de reproches »…

Rommel observe les officiers présents : tous approuvent servilement le Führer.

Que savent-ils de la réalité du front, ces hommes qui n’ont sans doute jamais entendu un coup de feu ?

Le Führer, d’une voix méprisante, rappelle qu’il a dû imposer pendant l’hiver 1941-1942 le Haltbefelh, ne plus reculer d’un pas. Et il a sauvé ainsi, contre ses généraux, le front en Russie.

Il en sera de même en Afrique, martèle Hitler. Rester en Afrique, en Tunisie, est une nécessité politique.

« Je commençai à comprendre, écrit Rommel, que Adolf Hitler ne voulait pas voir la situation telle qu’elle était, qu’il refusait pour des raisons émotives ce que son intelligence lui faisait entrevoir.

« Il ferait l’impossible, pour m’envoyer du matériel. Le maréchal du Reich Hermann Goering m’accompagnerait en Italie, il serait muni de pouvoirs extraordinaires pour négocier avec les Italiens. »

Rommel découvre Goering, dans son train spécial qui les conduit à Rome.

C’est un satrape qui, entouré d’une cour qui le flatte, se rengorge, parle bijoux et tableaux, calomnie Rommel auprès du Führer, l’accuse d’être dominé par ses émotions, de succomber à « la maladie africaine », la lâcheté… la couardise !

« À Rome, lors d’une rencontre avec Mussolini, j’entends le Reichsmarschall dire que Rommel a abandonné les Italiens devant El-Alamein !

« Avant que j’eusse pu protester contre cette monstruosité, Mussolini déclara : “C’est une nouveauté pour moi, votre retraite a été un véritable chef-d’œuvre, monsieur le maréchal Rommel.” »

Fugace consolation.

À la mi-décembre, alors que le déferlement de la puissance britannique se poursuit, inexorable, le Duce transmet un ordre d’avoir « à résister jusqu’au bout. Je dis résister jusqu’au bout avec toutes les forces de l’arme blindée germano-italienne ».

Mais où sont nos panzers ? interroge Rommel.

« Nous finirons par être écrasés sous l’immensité de la force ennemie. Quelle amère destinée pour mes soldats et pour moi-même d’en arriver là au terme de tant de combats héroïques et victorieux ! »

Et dans une lettre du 11 décembre à sa « très chère Lu », Rommel écrit :

« Je ne sais si vous pourriez trouver un dictionnaire anglais-allemand à m’envoyer par la poste. Il me serait bien utile. »

Pour interroger les officiers britanniques capturés ?

Ou pour répondre aux questions de Montgomery si Rommel est fait prisonnier ?

Il continue de reculer :

« Nous cantonnons dans des prairies couvertes de fleurs. Mais hélas nous battons en retraite et je n’entrevois aucune apparence d’amélioration. »

Rommel a, à la fin décembre 1942, la certitude que le destin des Allemands en Afrique est en passe d’être scellé… « Je n’ai pas le moindre doute sur son issue, les forces sont trop inégales. Le ravitaillement est presque tari. Il nous faut à présent nous rendre à l’inéluctable et souhaiter que Dieu veuille encore une fois soutenir notre cause. Je suis allé hier sur le front et j’y retourne aujourd’hui. »

C’est le 31 décembre 1942, écrit Rommel.

« L’avenir maintenant est entre les mains de Dieu.

« Demain une autre année commence. Nous continuerons la lutte aussi longtemps que cela sera possible… Je m’oblige à me dire que tout cela finira par s’arranger…

« Kesselring doit revenir aujourd’hui et il y a un petit espoir de voir la situation changer légèrement en notre faveur. Pas beaucoup encore, mais un petit rien… Peut-on, à vrai dire, attendre grand-chose de bien important ?

« J’ai eu à midi une entrevue avec Bastico, qui se considère de plus en plus comme le commandant en chef. Il y a des couleuvres qu’il faut bien savoir avaler. Après tout, cela signifie aussi qu’il endosse une partie des responsabilités… Je me fais beaucoup de souci pour ces violents combats qui se déroulent à l’est, à Stalingrad ! Espérons que nous en sortirons au mieux. Ici, l’armée a un moral excellent.

« Il est bien heureux que les hommes ne sachent pas tout. »

40

.

L’amertume, la déception et le doute qui, en cette fin de l’année 1942, envahissent souvent l’esprit du maréchal Rommel, effleurent aussi celui du général de Gaulle.

Il a vu les photos des épaves des croiseurs, des destroyers de la flotte française sabordée à Toulon le 27 novembre.

L’impuissance de l’Armée de l’armistice ne l’a pas surpris.

Il a appris que les troupes françaises conservent, en Tunisie, une neutralité coupable face aux troupes de l’Axe qui débarquent à Bizerte, et dont on assure que le maréchal Rommel va prendre le commandement, les unités en retraite de l’Afrikakorps ayant déjà atteint le Sud tunisien.

Que d’occasions manquées !

Certes, de Gaulle croit que, à la fin des fins, les Français s’uniront, imposeront la présence d’une France souveraine.

Ne dit-on pas qu’en Tunisie, le général Juin – enfin ! – combat les Allemands ?

Mais le projet américain consiste à utiliser Vichy, à ignorer donc la France Libre, les réseaux de résistance.

De Gaulle voudrait rencontrer Roosevelt, s’expliquer.

« J’ai l’impression, dit-il, qu’une certaine équipe franco-américaine s’efforce d’empêcher cette rencontre. »

Il connaît cette « bande » antigaulliste, Alexis Leger (Saint-John Perse), peut-être même Jean Monnet, de Chambrun (le gendre de Laval), qui ont tous l’oreille de Roosevelt. Ils prônent pour la plupart la grande unité des Français : Pétain, Darlan, Giraud, de Gaulle.

Le chantre, c’est Saint-Exupéry.

Il y a plus grave, de cette grande unité on voudrait en fait exclure de Gaulle et la France Libre.

Dans un long discours à la Chambre des communes, réunie en comité secret, Churchill a approuvé la politique antigaulliste des États-Unis. « Darlan ne les a pas trahis », a-t-il dit.

Le Premier ministre a déversé ensuite toutes ses rancœurs accumulées contre de Gaulle.

« Je ne vous recommanderai pas de fonder tous vos espoirs et votre confiance sur cet homme, a-t-il poursuivi, et encore moins de croire qu’à l’heure actuelle notre devoir serait de lui confier les destinées de la France, pour autant que cela soit en notre pouvoir… Nous ne l’avons jamais reconnu comme représentant de la France… Je ne puis croire que de Gaulle incarne la France. » Et le Premier ministre aurait évoqué le « caractère difficile », l’« étroitesse de vues » de cet « apôtre de l’anglophobie ».

Qu’opposer à ce réquisitoire ? Quels alliés trouver ? Bien sûr, tous les gouvernements en exil à Londres, le polonais et le tchèque, le danois et le belge, soutiennent la France Combattante. Mais que pèsent ces États ?

De Gaulle se rend chez Maïsky, l’ambassadeur soviétique à Londres. L’URSS peut être un contrepoids aux Anglo-Saxons. Certes, on ne peut avoir confiance en Staline, mais entre États, s’agit-il d’autre chose que d’intérêt ?

Et il faut être clair.

— Si cela continue, dit-il à Maïsky, bientôt viendra le moment où la France Combattante en arrivera à faire la même chose que la flotte française à Toulon.

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