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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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Darlan et ce Conseil impérial laissent en place, dans toute l’Afrique du Nord, la législation antisémite – et antimaçonnique – de Vichy ! De Gaulle proteste.

Mais à Londres, on le bâillonne à nouveau ! La BBC lui est interdite.

Ainsi, le V de Vaincre et le V de Victoire, en ces mois de novembre et de décembre 1942, ne sont pas encore tracés d’une main ferme.

C’est comme si le fléau de la balance hésitait à pencher nettement du côté de la victoire des Alliés, s’il laissait de l’espoir aux puissances de l’Axe.

Les Allemands « tiennent » encore toute l’Europe sous leur joug. Ils traquent les résistants. Ils exterminent les Juifs.

Les troupes de l’Axe ont abandonné la Cyrénaïque et la Libye, mais Allemands et Italiens ont occupé la Tunisie et s’y retranchent.

Les Américains sont à Casablanca et à Alger, mais ils ont dû accepter d’y reconnaître le pouvoir des vichystes.

Seuls de Gaulle et les forces de la Résistance française protestent avec le sentiment d’avoir été trahis.

Roosevelt, maître d’œuvre de cette politique, se félicite de son succès. Churchill approuve et Staline comprend, en cynique et en réaliste, se souvenant qu’il avait signé en août 1939 un pacte de non-agression avec Hitler.

Le 27 novembre 1942, Staline écrit à Churchill :

« Quant à Darlan, je pense que les Américains ont fait de lui un habile usage afin de faciliter l’occupation de l’Afrique septentrionale et occidentale.

« La diplomatie militaire doit savoir utiliser pour ses buts de guerre non seulement les Darlan, mais encore le diable et la grand-mère du diable. »

Est-ce donc bien la « fin du commencement » ?

Les Japonais s’accrochent à l’île de Guadalcanal et, après les victoires navales de la mer de Corail et de Midway (printemps 1942), les Américains connaissent des revers dans les îles Salomon.

Dans la « bataille de l’Atlantique », les meutes de U-Boot obtiennent dans les eaux glacées des mois de l’automne et de l’hiver 1942-1943 de tels succès contre les convois alliés qu’il semble que les sous-marins allemands vont l’emporter.

De Gaulle, dès le 11 novembre 1942, a analysé cette situation encore incertaine – militairement, politiquement.

« Pour affaibli qu’il soit, l’ennemi demeure, puissant, habile, résolu, a-t-il dit. Pour renforcés que nous soyons, nous portons encore en nous-mêmes bien des éléments de faiblesse ! Après tant de revers subis, les démocraties ont pu, certes, savourer leurs premiers succès. Mais il leur reste à briser la plupart des positions matérielles et morales à l’abri desquelles l’adversaire domine une grande partie du monde.

« Il leur reste à imposer leur force afin de dicter leur loi. Il leur reste à gagner la guerre. »

Hitler, Staline, Churchill, Roosevelt, de Gaulle savent, comme les peuples, qu’en ces mois de novembre et décembre 1942, le sort de la guerre se joue sur les rives du Don et de la Volga, à Stalingrad.

38

.

Stalingrad, en cette mi-novembre 1942, est un champ de ruines.

La VIe armée du général Paulus a réussi à avancer jusqu’à moins de 300 mètres de la rive droite de la Volga.

La Rattenkrieg, la « guerre de rats », se poursuit, impitoyable.

Les fantassins se terrent dans les caves, les égouts. Ils creusent sapes et tunnels.

La bataille de Stalingrad est ainsi faite d’une série de « guerres locales ».

Dans tous les quartiers de la ville, des centaines d’hommes s’entretuent pour le contrôle de quelques pans de mur.

Les Allemands font intervenir en appui deux ou trois panzers que les Russes laissent passer, puis ouvrent le feu avec leurs canons antichars. Tout le secteur s’embrase. Les « snipers » guettent, abattent les hommes qui tentent de passer d’un tunnel, d’un trou à l’autre.

Le général Paulus, le 11 novembre, lance une offensive dont il espère qu’elle liquidera les noyaux de résistance russes.

Quelques groupes d’Allemands, ici et là, atteignent la rive de la Volga, mais ils sont vite isolés par les contre-attaques russes.

Ces combats féroces se poursuivent durant quatre jours entre des hommes soûls d’alcool et de benzédrine.

On ne fait plus de prisonniers, on tue – on égorge, on éventre – à l’arme blanche.

Puis c’est l’accalmie.

L’offensive Paulus a échoué.

Dans le « chaudron de Stalingrad », cet enfer pantelant, on ramasse les blessés, on se terre à nouveau.

On attend.

Le général de la Luftwaffe Richthofen fait une reconnaissance aérienne.

Il survole la boucle du Don, repère les sapeurs de la Wehrmacht en train de miner le dernier pont, celui de Kalatch, par où passent renforts et approvisionnements à destination de la VIe armée, celle de Paulus, enterrée dans le chaudron de Stalingrad.

Au nord du chaudron comme au sud, il identifie les troupes roumaines et italiennes qui protègent les flancs du chaudron.

Il suffirait que ces troupes cèdent pour que Paulus et ses hommes soient encerclés.

Richthofen survole les positions russes, de part et d’autre du chaudron, sur la rive gauche de la Volga.

« Les réserves russes sont maintenant en place, note-t-il. Quand, je me le demande, l’attaque se déclenchera-t-elle ? Il semble que les Russes soient actuellement à court de munitions, à moins qu’ils ne tirent pas afin de ne pas être repérés, car les pièces commencent à apparaître sur les emplacements d’artillerie. Espérons que les Russes ne feront quand même pas trop de dégâts dans nos lignes… »

Richthofen n’imagine pas que les Russes ont concentré 500 000 hommes, 900 chars T34 neufs, 230 régiments d’artillerie de campagne, et 115 régiments de Katioucha, sur un front d’attaque de 65 kilomètres, au sud et au nord du chaudron.

Jamais, depuis le début de l’invasion de la Russie, en juin 1941, on n’a connu une telle densité d’hommes et une telle puissance de feu.

Ce 12 novembre 1942, quand Richthofen survole le chaudron, il constate comme à l’habitude que :

« Les rues et les places, ces champs de ruines, sont désertes. Car on ne peut agir à ciel ouvert. Celui qui montre sa tête ou traverse une rue en courant est automatiquement abattu par un sniper embusqué. »

Mais entre 6 et 7 heures du matin, on n’entend même pas de détonations.

Stalingrad est enveloppée dans un linceul de silence, comme si elle n’était plus peuplée que par des cadavres ou des morts en sursis qui s’enfoncent au plus profond de ces ruines pour tenter d’échapper au moment où ils seront frappés.

Et chaque jour, en ce mois de novembre 1942, commence ainsi : par le silence et le vide de la mort à laquelle on sait ne pouvoir échapper.

Et tout à coup, le 19 novembre 1942, les soldats russes terrés entendent un grondement lointain mais intense.

Ils reconnaissent le son des canons russes, ces 2 000 pièces d’artillerie du général Voronov, puis les rafales aiguës des Katioucha.

Cela vient du nord et du sud.

Ces hommes se redressent, s’approchent prudemment des sorties de leurs égouts, de leurs caves, de leurs tunnels.

Le jour commence seulement à se lever.

Mais – ils en sont sûrs – il sera différent des autres.

C’est l’offensive qui va enfermer les Allemands de Paulus dans le chaudron, les affamer, les étrangler, les étouffer.

Les combattants de Stalingrad ne seront plus les seuls à contenir l’Allemand. On va le « ceinturer ».

Il était temps, car la Volga, ce 19 novembre et plus encore le lendemain, commence à charrier des glaçons. Elle n’est plus navigable et les combattants de Stalingrad sont isolés, jusqu’à ce que la Volga soit gelée, mais ce ne sera pas avant un mois. Alors les offensives au sud et au nord du chaudron, comme deux pinces qui vont à la rencontre l’une de l’autre, représentent le salut.

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