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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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Le 25 décembre, il est trop tard pour la percée du blocus de Stalingrad.

Pire, les troupes allemandes qui ont avancé dans le Caucase risquent d’être à leur tour encerclées.

Zeitzler obtient un ordre de repli, mais Hitler n’en reste que plus décidé à « vaincre ou mourir » à Stalingrad.

Il souhaite rencontrer Mussolini, dont les troupes n’ont pu résister sur le Don. Elles ont « détalé », disent les Allemands.

Mussolini accepte de se rendre à Salzbourg, mais il pose ses conditions.

« Je veux prendre mes repas seul, dit-il. Je ne tiens pas à ce que cette bande de goinfres allemands s’aperçoivent que je me nourris de riz au lait. »

En fait, ce qui ronge l’estomac de Mussolini, c’est l’ulcère de la défaite qu’il pressent. Il en est si persuadé qu’il veut même suggérer à Hitler de négocier un accord avec Staline, afin de faire face aux Américains, car selon le Duce, « 1943 sera l’année du coup de collier américain ».

Mussolini ne se rendra finalement pas auprès du Führer qui écoutera, distrait, Ciano transmettre les propositions du Duce.

Ciano, bien que ministre des Affaires étrangères et gendre du Duce, est ignoré par les officiers allemands.

« L’atmosphère du Grand Quartier Général est accablante, note-t-il dans son journal. Aux mauvaises nouvelles s’ajoutent le décor lugubre de cette forêt humide et sombre et l’épreuve de la vie commune dans des baraques de fortune…

« Personne n’essaie de dissimuler l’angoisse que provoquent les percées de l’armée Rouge. Les Allemands tentent ouvertement d’en rendre l’Italie responsable. »

Ciano imagine le désespoir et la colère des Italiens quand ils découvriront que des dizaines de milliers d’« Alpini » ont disparu, tués, prisonniers.

Il en a le pressentiment, le peuple se retournera contre le Duce, contre le fascisme.

Fin 1942, 1,5 million de soldats de différentes nationalités – près de la moitié des effectifs de l’armée d’invasion de juin 1941 – ont été tués, blessés, mutilés ou faits prisonniers sur le front de l’Est.

Et 327 000 Allemands ont laissé leur vie dans la boue, la neige ou la terre sèche de l’immensité russe. Mais Hitler est persuadé d’avoir eu raison. Le doute lui est inconnu.

Le 8 novembre 1942, il prend la parole à Munich, là où, en 1923, il tenta un putsch.

C’est le discours annuel aux « vieux combattants » que la radio allemande diffuse.

« Je crois qu’il est très rare qu’un homme puisse apparaître devant ses partisans après presque vingt ans sans avoir eu besoin au cours de ces vingt années d’apporter le moindre changement à son programme », commence Hitler.

La voix du Führer ne tremble pas. Il ne lit pas un texte. Il puise en lui ces phrases répétées cent fois.

« Si les Juifs s’imaginent qu’ils peuvent déclencher une guerre mondiale entre les nations pour l’extermination des races européennes, alors le résultat ne sera pas l’extermination des races européennes mais l’extermination des Juifs en Europe. On a ri de mes prophéties. »

Il s’interrompt, laisse s’apaiser la vague d’applaudissements.

« De ceux qui riaient autrefois, nombreux sont ceux qui ont cessé de rire. »

La salle de la brasserie munichoise vibre à l’évocation des centaines de milliers de meurtres déjà exécutés.

D’un geste de la main, Hitler interrompt ses « vieux combattants ».

Voilà la menace.

« Et ceux qui rient encore aujourd’hui vont peut-être bientôt cesser d’ici peu…

« Nous ferons en sorte que la juiverie internationale à laquelle nous devons toutes nos infortunes soit reconnue dans tout son danger démoniaque. En Europe, ce danger a été reconnu, et nos lois antisémites ont été adoptées, État après État.

« La juiverie internationale a appris ainsi que les prophéties nationales-socialistes ne sont pas des phrases en l’air… »

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Hitler a raison.

Les prophéties nationales-socialistes ne sont pas des phrases en l’air. Elles sont des corps martyrisés, pantelants. Elles ont la couleur du sang, l’odeur de la mort.

Lorsque Hermann Goering dans un discours au Sportpalast de Berlin déclare que la guerre est une « grande guerre des races » qui décidera « si les Allemands et les Aryens survivront ou si les Juifs domineront le monde », il faut savoir que des centaines de milliers de Juifs, en Pologne, en Ukraine, mais aussi en Hollande, en France, dans tous les États d’Europe, ont été exterminés.

Les prophéties nationales-socialistes ne sont pas des « phrases en l’air ».

Lorsque Goering ajoute que Churchill et Roosevelt sont « des drogués et des malades mentaux qui s’agitent au bout des ficelles des Juifs », il faut entendre les cris des femmes et des enfants qu’on enferme dans les wagons qui vont les transporter jusqu’à Auschwitz.

Il faut lire dans les carnets de Himmler cette note du 10 décembre 1942, rédigée après un entretien avec le Führer :

« Juifs en France – 600 000-700 000 – s’en débarrasser ? »

Et Himmler dit à ses subordonnés :

« Le Führer a donné ordre que les Juifs et tous les ennemis du Reich en France soient arrêtés et emmenés. »

Et dans l’ancienne zone libre, maintenant occupée, la police de Vichy, les gendarmes, les membres du Service d’ordre légionnaire organisent des rafles, des perquisitions, arrêtent, frappent, poussent dans les wagons.

Souvent, au moment des rafles, des portes s’entrouvrent, des mains se tendent pour accueillir les persécutés, les cacher.

Mais ceux qui sont entassés dans les wagons vont découvrir, au bout de ce voyage dans l’inimaginable, Auschwitz-Birkenau.

Là, dans cette plus grande usine de mort de l’Histoire, 1,5 million de personnes ont été tuées, par le gaz, les coups, l’épuisement, la malnutrition, une balle dans la nuque.

Le commandant d’Auschwitz, Rudolf Höss, est à la tête d’une véritable ville, qui est comme la préfiguration de la société nazie, avec sa zone résidentielle – pour les 2 000 SS et leurs familles –, son usine, son camp de travail, son camp d’extermination.

On enfourne dans les chambres à gaz des centaines de milliers de personnes « sélectionnées », Juifs d’abord, mais aussi tsiganes, prisonniers de guerre soviétiques.

« Mes fonctions m’obligeaient à assister à tout le déroulement de l’opération, raconte Rudolf Höss.

« Jour et nuit, je devais être là pendant qu’on s’occupait à extraire les cadavres, à les brûler, à leur arracher leurs dents en or, à leur couper les cheveux. Ces horreurs duraient des heures […]. Il m’incombait même d’observer la mort à travers les lucarnes de la chambre à gaz : c’étaient les médecins qui le désiraient. Je ne pouvais échapper à tout cela parce que j’étais celui vers lequel étaient tournés tous les regards. Je devais montrer à tous que je ne me contentais pas de donner des ordres et d’organiser les préparatifs, mais que j’assistais à toutes les phases des opérations, tout comme je l’exigeais de mes subordonnés. »

Tels sont les actes qui ne sont pas « paroles en l’air ».

Quand, le 14 décembre 1942, Goebbels dit :

« La race juive a préparé cette guerre, elle est l’instigatrice spirituelle de tout ce malheur qui s’est abattu sur ce monde… Le Führer l’a prophétisé, cela veut dire l’effacement de la race juive en Europe et, si possible, du monde entier », cela devient cette lettre d’un soldat de la Wehrmacht qui écrit en 1942 à sa famille :

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