1942-Le jour se lève
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1942-Le jour se lève». Краткое содержание книги:
Hourra !
On n’ose libérer sa voix, mais elle rugit dans la poitrine de chaque combattant de Stalingrad.
Il suffit de quatre jours et demi pour que l’encerclement des Allemands à Stalingrad soit réalisé.
Les divisions roumaines et italiennes situées sur les flancs du chaudron, faiblement armées, sans chars ni artillerie, sans ardeur ni résolution combattantes, sont disloquées par les Russes. Ils avancent d’une centaine de kilomètres, enfoncent le front sur une longueur de 80 kilomètres au nord et de 50 au sud !
Les troupes des généraux Vatoutine et Yeremenko se rencontrent le 23 novembre, vers 16 h 30, à Kalatch.
Les sapeurs de la Wehrmacht sont prêts à faire sauter ce dernier pont sur le Don.
Ils voient s’avancer des véhicules allemands, portant les signes distinctifs de la 22e Panzer.
Ils s’écartent, lèvent les barrières qui interdisent la circulation sur le pont. Et des Russes surgissent des véhicules et s’emparent du pont, tuant la plupart des sapeurs allemands.
Kalatch devient ainsi le premier chaînon de Vanneau qui doit étrangler les 250 000 soldats de la VIe armée de Paulus.
Le correspondant de l’United Press à Moscou, Henry Shapiro, se rend, dans les jours qui suivent la « fermeture » de l’anneau, sur le front de Stalingrad. Il écrit :
« La voie ferroviaire la plus proche du front avait été violemment bombardée par les Allemands ; toutes les gares étaient détruites, et les chefs militaires ainsi que les techniciens des chemins de fer dirigeaient le trafic dans des abris souterrains ou dans des maisons en ruine. Tout le long de la ligne, c’était un flot ininterrompu et impressionnant de matériel de guerre : Katioucha, canons, chars, munitions, hommes. Les convois roulaient de nuit et de jour, et il en allait de même sur les routes. On voyait peu de matériel anglais ou américain, sauf, de temps en temps, une Jeep ou un tank ; 90 % environ de tout ce matériel était soviétique. Toutefois, une forte proportion de vivres était américaine – surtout le lard et le sucre.
« Quand je me rendis à Serafimovitch, au nord, les Russes faisaient plus que de consolider l’“anneau” autour de Stalingrad… Ils en formaient un second ; on voyait bien sur la carte que les Allemands de Stalingrad étaient absolument pris au piège et qu’ils ne pourraient en sortir… Je m’aperçus que les soldats aussi bien que les officiers avaient une impression de confiance comme je n’en avais jamais vu encore dans l’armée Rouge. Durant la bataille de Moscou, il n’y avait rien eu de semblable.
« Loin en arrière de la ligne de combat, des milliers de Roumains erraient à travers la steppe, maudissant les Allemands, cherchant désespérément les dépôts de vivres russes, et cherchant surtout à se faire accueillir comme prisonniers de guerre. Quelques isolés se mirent même à la merci de paysans russes, qui les traitèrent avec charité pour cette simple raison qu’ils n’étaient point allemands. Ils voyaient dans ces Roumains de “simples paysans comme eux”.
« Si l’on excepte quelques petits groupes de la Garde de Fer des fascistes roumains qui, çà et là, se battirent durement, les soldats roumains en avaient assez de la guerre ; les prisonniers que je vis disaient tous la même chose : c’était la guerre de Hitler, et les Roumains n’avaient rien à faire sur le Don.
« Plus j’approchais de Stalingrad, plus le nombre des prisonniers allemands augmentait… La steppe offrait un tableau fantastique : elle était couverte de chevaux morts, parmi lesquels quelques bêtes agonisaient, debout sur trois jambes gelées, et agitaient la quatrième, cassée. C’était pathétique. Au cours de la percée russe, 10 000 chevaux avaient été tués. Toute la steppe était jonchée de ces cadavres, d’affûts de canons brisés, de chars et de pièces d’artillerie de toutes origines – allemands, français, tchécoslovaques, et même britanniques (sans doute pris à Dunkerque)… et à perte de vue il y avait des cadavres roumains et allemands. Les cadavres russes étaient enterrés les premiers. Les civils revenaient dans leurs villages, dont la plupart étaient quasiment détruits… Kalatch n’était que décombres. Il ne restait qu’une maison debout.
« Le général Chistiakov, dont je finis par trouver le quartier général dans un village au sud de Kalatch, me dit que quelques jours à peine plus tôt les Allemands auraient pu sans difficulté faire une percée et se sortir de Stalingrad, mais Hitler l’avait interdit. Ils avaient laissé passer leur chance. Le général avait la certitude que Stalingrad serait prise vers la fin de décembre.
« Les avions de transport allemands, continua Chistiakov, étaient abattus par douzaines, et les Allemands bloqués dans la “poche” de Stalingrad manquaient déjà de nourriture : ils mangeaient leurs chevaux.
« Les prisonniers allemands que je vis étaient surtout de jeunes gars, à l’air très misérable. Je ne vis aucun officier. Par trente degrés de froid, ils portaient des capotes ordinaires et des couvertures entourées autour du cou. Ils n’avaient aucune tenue spéciale d’hiver, tandis que les Russes étaient fort bien équipés de valenki, de peaux de mouton, de gants chauds, etc. Moralement, les Allemands étaient frappés de stupeur ; ils n’arrivaient pas à comprendre ce qui leur arrivait.
« Sur le chemin du retour, je vis le général Vatoutine dans une école ravagée de Serafimovitch.
« L’entrevue dura quelques minutes, à 4 heures du matin… Le général était horriblement fatigué ; il n’avait pour ainsi dire pas fermé l’œil depuis quinze jours. Il se frottait sans cesse les yeux. Il n’en paraissait pas moins plein d’énergie, de détermination, d’optimisme. Il me montra une carte sur laquelle était clairement indiqué le bond en avant des Russes dans la zone ouest du Don. J’eus l’impression que cette percée leur avait coûté beaucoup moins cher qu’aux Roumains et aux Allemands ; ils l’avaient bien préparée ! »
Le correspondant de l’United Press n’a pas vu les cadavres des Italiens.
Ils appartenaient à la VIIIe armée italienne envoyée par le Duce combattre aux côtés des « camarades allemands ».
Elle comptait 250 000 hommes équipés comme pour une marche dans un pays tempéré !
La plupart disparurent.
« Ils eurent pour tombeau les steppes du Don », commente un historien russe.
Khrouchtchev – successeur de Staline en 1956 –, responsable politique et militaire dans la bataille de Stalingrad, ajoute :
« La guerre est comme un feu. Il est facile de sauter dedans, il n’est pas facile d’en sortir, eh bien, les Italiens ont brûlé dans la guerre, voilà tout ! »
Les Russes avaient, en fait, lancé sur les troupes italiennes des centaines de milliers de tracts leur promettant que s’ils se rendaient, ils seraient envoyés vers un « climat chaud » et traités en « camarades ».
Des milliers d’entre eux se rendirent et furent enfermés dans des camps de la Russie septentrionale ou centrale où ils moururent de faim et de froid.
Les Allemands ne se font aucune illusion sur ce que les Russes leur réservent. Ils savent comment la Wehrmacht a traité les prisonniers russes. Ils se battent donc.
Ils espèrent que les panzers de von Manstein opéreront une percée qui « brisera l’anneau russe qui les enferme ».
Ils rêvent d’une attaque, qui rassemblerait tous les combattants de Stalingrad et les ferait aller à la rencontre des panzers de von Manstein.