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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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Les mouvements saluent avec reconnaissance le général de Gaulle chef incontesté de la Résistance, qui groupe plus que jamais tout le pays derrière lui.

« Ils demandent instamment que les destinées nouvelles de l’Afrique du Nord libérée soient remises au plus tôt entre les mains du général de Gaulle. »

Jean Moulin va de Nice à Lyon, à Toulouse. Il peut même, puisqu’il n’y a plus de ligne de démarcation, se rendre à Paris.

Mais la prudence s’impose.

La police de Vichy le surveille, mais il n’est, pour elle, qu’un préfet à la retraite. Il ne cache pas qu’il ne partage pas les idées de Laval, mais cette franchise est gage de sincérité. N’a-t-il pas été reçu par Laval ?

La Gestapo est, elle, plus méfiante. Elle s’est installée dans toutes les grandes villes de l’ancienne zone libre.

Heureusement, Nice est occupée par les Italiens, et l’OVRA – la police de Mussolini – est moins efficace que la Gestapo.

Moulin est donc toujours sur ses gardes.

Il est l’homme clé de la Résistance, celui qui contrôle les liaisons avec Londres, donc les lieux, les dates des parachutages.

C’est lui qui reçoit et répartit les fonds envoyés par Londres, et les armes.

Ces pouvoirs décisifs suscitent, il le sait, contestations ici et là, inquiétudes et jalousies.

Mais la volonté d’unité, de fusion, l’emporte sur les ferments de division.

Et puis il y a, plus forte que tout, la volonté de se battre. Des maquis surgissent en ce mois de décembre 1942 – ainsi dans l’Ain.

La Résistance organise autour d’un attaché de la SNCF – René Hardy – un réseau Fer, pour coordonner la « bataille du rail ».

Chaque mouvement de résistance se dote de corps francs.

L’Armée secrète (AS), commandée par le général Delestraint, se constitue cependant que se crée l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA). Elle regroupe les officiers « giraudistes », ceux qui ont choisi Pétain en 1940 et lui sont encore fidèles.

L’un d’eux, le général Frère, a même présidé le tribunal militaire qui, en août 1940, a condamné de Gaulle à mort ! Mais ils sont « patriotes » et… soucieux de leur avenir maintenant que la victoire allemande s’éloigne.

À cela s’ajoutent le Front National, les Francs-Tireurs et Partisans Français, la MOI, liés au parti communiste.

Or l’entrée des troupes allemandes en zone libre a fait basculer dans la guerre cette France de Vichy, moins exposée depuis 1940.

L’ennemi est désormais présent : les corps francs, les FTPF, les « terroristes » de la MOI l’attaquent.

À Lyon, un Allemand est blessé à coups de pistolet.

À Toulon, un convoi de la Wehrmacht est attaqué.

À Limoux, des républicains espagnols abattent le premier SS tué en zone Sud. Des policiers de Vichy, des membres du Service d’Ordre Légionnaire sont visés : la Résistance doit, proclame-t-on, « châtier les traîtres ».

On attaque des prisons, pour libérer les « patriotes » détenus. Un commando, le 24 décembre, arrache Bertie Albrecht, la compagne du fondateur de Combat Henri Frenay, de l’asile d’aliénés de Bron où elle avait réussi à se faire transférer de la prison Saint-Paul en simulant la folie.

Les sabotages se multiplient.

Il s’agit de créer pour les troupes d’occupation et les collaborateurs un climat d’insécurité.

Dans le nord de la France – l’ancienne zone occupée –, les attaques contre les soldats allemands se multiplient. Des sentinelles sont abattues.

À Amiens, dans la nuit de Noël, le chef FTP de la Somme fait exploser une bombe en plein milieu du réveillon au café-restaurant Le Royal, devenu Soldatenheim.

La réplique de l’occupant est implacable.

Le 26 décembre 1942, la presse publie le compte rendu suivant :

« Rennes, le 25 décembre – Au palais de justice de Rennes s’est ouvert devant le tribunal militaire allemand le procès intenté par les autorités d’occupation à trente terroristes, dont deux femmes, accusés d’attentats, d’actes de sabotage commis à Rennes et dans la région, de vol d’explosifs et de détention d’armes. […] On leur reproche, et leurs aveux confirment ces accusations, de nombreux attentats commis au cours des derniers mois et dont voici les principaux : attentats contre des bureaux d’embauchage de travailleurs français en Allemagne, contre le siège du Francisme, contre le local de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, contre M. Doriot au théâtre de Rennes, contre des installations de l’armée allemande. Parmi les actes de sabotage qui leur ont été reprochés, citons la destruction de lignes téléphoniques, de câbles à haute tension et de matériel ferroviaire. »

Seize de ces trente « patriotes » seront condamnés à la peine capitale.

Mais la répression ne peut étouffer la Résistance. Au contraire. Dans son rapport du mois de décembre 1942, le préfet de la Somme écrit :

« Je vous ai signalé la recrudescence, au cours du mois de décembre, des sabotages et attentats… des centaines de perquisitions et cinq arrestations ont été opérées. Cependant, malgré le renforcement de la garde des installations ferroviaires ordonné par l’autorité occupante, plusieurs actes de sabotage ont été commis sur la voie ferrée. »

C’est le temps de l’Armée des ombres.

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.

En ces deux derniers mois de l’année 1942, Hitler prend-il conscience que, dans tous les pays que ses troupes occupent, pillent et martyrisent, une Armée des ombres se lève, minoritaire encore, mais qui veut vaincre pour pouvoir vivre librement ?

Hitler sait-il que les peuples qu’il a terrorisés, soumis, sentent que s’esquisse « la fin du commencement » ?

Mais le Führer paraît enfermé en lui-même.

Il a le teint blafard, le regard souvent fiévreux et fixe. À cinquante-trois ans, sa démarche est incertaine. Souvent penché en avant, voûté, comme écrasé par des pensées, des visions, il frotte ses mains, les noue et les dénoue. Et puis, tout à coup, il se redresse. Le visage crispé, il hurle, il éructe, écrase de son mépris maréchaux, généraux, aides de camp.

Et son entourage, ces héritiers des grandes dynasties militaires tremblent, baissent la tête, n’osent lui faire face.

Hitler oppose cette violence, cette rage aux arguments raisonnés des officiers d’état-major. Le nouveau chef d’état-major, le général Kurt Zeitzler, l’adjure d’ordonner le repli de la VIe armée de Paulus qui risque d’être encerclée dans le chaudron de Stalingrad.

Hitler crie, furieux : « Je ne quitterai pas la Volga, je ne me replierai pas. »

Quand, le 22 novembre, les armées russes ont fermé l’« anneau » à Kalatch, que les 200 000 hommes de Paulus sont dans la nasse, Hitler dit seulement à Paulus :

« Transportez votre quartier général à l’intérieur de la ville et établissez une défense par air jusqu’à ce qu’il soit possible de vous relever. »

Goering promet d’accomplir cette tâche, mais il ne dispose pas des avions capables de transporter chaque jour 750 tonnes de vivres et de matériel. Et la chasse russe est totalement maîtresse du ciel.

Pourtant Hitler refuse d’autoriser une tentative de « sortie » de Paulus, à la rencontre des panzers de von Manstein qui tentent de percer l’« anneau » russe.

Hitler paraît ne pas entendre Zeitzler qui évoque « le désespoir de nos soldats affamés, leur manque de confiance dans le commandement, les blessés expirant faute de matériel médical, des milliers d’hommes mourant de froid ».

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