Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— On n’y arrivera pas !
— Tu veux creuser une autre tombe ? suggère Patrick en dirigeant le canon vers William. Tu aimerais enterrer ton propre frère ?
Raphaël replace la bâche sur le corps, se débrouille pour ne pas mettre sa main cassée au supplice.
Les voilà croque-morts, porteurs de cercueil.
Ils s’arrêtent en chemin, à la limite de perdre connaissance. Papa les rappelle à l’ordre, ils repartent pour arriver enfin au trou fraîchement creusé.
— Balancez-le.
Raphaël serre les mâchoires ; il n’a jamais supporté de recevoir des ordres et ce salaud adore les distribuer. Les deux frères aimeraient tant le jeter dans le trou, lui aussi. Mais ils pensent l’un à l’autre, plus dociles que jamais. Alors Fred atterrit avec un bruit sourd au fond de sa tombe.
Raphaël empoigne la pelle et commence à reboucher le trou.
— Non, l’interrompt Patrick.
Le braqueur le dévisage sans comprendre.
— Posez vos pelles et amenez-vous.
Dix minutes plus tard, Raphaël est le premier à pousser la porte de la maison. Son frère entre juste derrière lui, suivi de près par Patrick.
Les deux frères découvrent Christel, allongée près du buffet. La gorge de Raphaël enfle douloureusement.
— Qu’est-ce que tu lui as fait, espèce de taré ?
— Elle a essayé de m’attaquer, explique papa en souriant. C’est une vraie tigresse, cette fille ! Et puis ensuite, il a fallu que je fasse parler ton frangin au sujet des bijoux. Il ne voulait pas se montrer coopératif, mais c’est un vrai cœur d’artichaut !
Patrick se met à rire, Sandra relève la tête, comme si elle venait à peine de s’apercevoir de la présence des hommes dans la pièce.
Elle fixe Raphaël qui n’a pas un regard pour elle.
— Et je te garantis qu’il a parlé…
Patrick s’accroupit auprès de Christel, lui arrache ce qui reste du bâillon et effleure sa joue. Elle n’a même plus la force de tourner la tête, obligée de subir cette immonde caresse.
— Comment ça va, ma petite chatte ? murmure-t-il. Pas fort, on dirait… Dieu que les femmes sont fragiles !
Il s’écarte un peu de sa proie agonisante.
— Mettez-la debout, ordonne-t-il froidement. J’en ai assez qu’elle squatte ma salle à manger et foute du sang partout.
Raphaël ne bronche pas, Will s’essuie le front. Même si la température est basse, il dégouline de sueur.
— Je n’aime pas me répéter, prévient papa.
Le canon du Double Eagle se dirige vers William, une fois encore. Alors, Raphaël s’approche de la jeune femme martyrisée et plonge son regard au fond du sien.
— Ça va aller, assure-t-il tout bas.
— Ta gueule. Contente-toi d’obéir.
Le braqueur la prend dans ses bras, se relève avec difficulté.
— Tu préfères la porter ? ironise papa. Comme tu voudras !
Ils ressortent, attendant les instructions. Sans doute va-t-il les enfermer tous les trois dans la remise…
Mais avec le canon du pistolet, Patrick leur indique le chemin du bois.
Marcher, encore. À travers le brouillard, les bras chargés.
Raphaël est sur le point de pleurer, se retient comme il peut. Ne pas lui donner ce plaisir.
William marche juste derrière lui, sentant la menace du flingue dans son dos.
— Accélère, braqueur de mes deux !
Enfin, ils sont de retour auprès de la tombe où gît Fred.
À bout de souffle, Raphaël dépose Christel sur le sol.
Elle a les yeux ouverts, le dévisage avec frayeur.
— Qu’est-ce que tu attends, champion ? demande alors papa.
Les deux hommes s’affrontent du regard un instant.
— Allez, jette-la dans le trou. Je suis sûr qu’elle a très envie de rejoindre son prince charmant !
— Tu vas pas faire ça ?! s’insurge William.
— Moi, je ne vais rien faire du tout. C’est ton frangin qui va s’en charger.
— Jamais ! rugit Raphaël.
— Vraiment ?
Papa plante le canon du Double Eagle dans la nuque de William.
— Tu choisis : elle ou lui.
La menace habituelle, mais qui fonctionne à merveille. Car Raphaël est conscient que ce malade n’hésitera pas à tirer. Il serre son poing valide, ses lèvres se mettent à trembler. Ses yeux vont de son frère à Christel.
Terrorisée.
— Tu la fous dans le trou et tu rebouches.
— Il faut la tuer d’abord, s’entend dire Raphaël.
— Pourquoi ? s’étonne papa. Avec les deux jambes cassées et les mains attachées, je ne vois pas comment elle pourrait remonter à la surface.
Il pousse violemment William qui tombe à genoux dans le tapis de feuilles mortes, puis pose l’arme à la naissance de son crâne.
— Je te laisse dix secondes.
Raphaël plonge encore ses yeux dans ceux de Christel. Qui le supplie d’abord en silence, avant d’essayer de parler.
D’une voix pathétique.
— Raph ! Aide-moi !
Une autre voix, maléfique, égrène le compte à rebours.
— Neuf, huit, sept…
Raphaël tombe à genoux à son tour. Dix secondes, déjà bien entamées. Pas le temps de l’étrangler ou même de l’étouffer en posant une main sur sa bouche.
Il caresse tendrement le front de Christel qui se met à pleurer.
— Trois, deux…
— Désolé, ma belle, murmure-t-il.
— Un… Alors, champion, tu as fait ton choix ? s’amuse Patrick.
Raphaël attrape la pelle, frappe de toutes ses forces sur le crâne de la jeune femme.
Sauf que des forces, il n’en a plus beaucoup.
Puis avec le pied, il pousse le corps inerte dans la fosse.
Le visage de papa se contracte.
— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé ! braille-t-il.
Raphaël serre le manche de la pelle dans sa main valide. Il tremble, ne va pas tarder à fondre en larmes.
— Allez, rebouche-moi ça en vitesse, connard !
Raphaël s’attelle à sa morbide besogne, évitant de regarder le visage de Christel maculé par le sang qui coule de son cuir chevelu.
Ses yeux sont fermés, sa bouche entrouverte.
Même s’il a frappé aussi fort qu’il pouvait, Raphaël sait qu’elle est encore en vie.
CHAPITRE 37
— Elle était morte ?
— Oui.
— T’es sûr ? chuchote encore William.
— Ferme-la, par pitié.
Dans le noir complet, assis à même le carrelage, ils sont attachés comme des animaux.
— J’ai cogné aussi fort que je pouvais.
— Je sais, acquiesce son frère. Je ne te reproche rien.
— Tu devrais, pourtant, murmure Raphaël. Jamais je n’aurais dû t’entraîner dans ce coup foireux !
— C’est moi qui t’ai supplié pendant des mois de me prendre avec toi, rappelle William.
— Et alors ? J’aurais dû refuser, voilà tout.
— Ah ouais ? Et je serais monté sur un autre coup avec un tocard !
— Même avec le pire des baltringues, ça aurait difficilement pu se terminer plus mal ! souligne Raphaël d’un ton désabusé.
— Peut-être, mais au moins on est ensemble.
— Je donnerais ma vie pour que tu sois ailleurs en ce moment… Au dernier étage d’un palace, allongé sur un plumard king size, avec une belle nana dans tes bras… Caviar, Dom Pérignon et paquet de Marlboro à portée de main…