Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Je sais pas, avoue Aurélie.
— Essaye !
Aurélie commence à tirer sur son grabat.
Il bouge.
Papa a commis là sa seconde erreur.
— Allez, magne ! hurle Jessica.
Les deux lits sont maintenant si proches que les filles peuvent se toucher. Elles empoignent Raphaël chacune sous une aisselle.
— À trois, indique Jessica.
Un, deux, trois… Elles soulèvent Raphaël de quelques centimètres, il retombe aussitôt.
— Il est trop lourd ! gémit Aurélie qui vient presque de se démettre l’épaule.
— On réessaye ! ordonne Jessie.
Pourtant, elle souffre. Elle a si mal qu’elle se met à pleurer.
Deuxième tentative, vaine elle aussi. Comment porter un poids mort qui approche le quintal ?
— On n’y arrivera jamais ! enrage Aurélie.
— Aidez-nous, Raphaël !
Il voudrait bien, essaie juste de garder les yeux ouverts. Furieuse envie de les fermer. De replonger. D’oublier tout ce merdier.
Jessica saisit sa bouteille d’eau, ôte le bouchon avec les dents et en verse le contenu sur la tête de leur unique espoir.
Un demi-litre, pas grand-chose. Mieux que rien.
Raphaël reprend un peu ses esprits.
— Vous m’entendez ?
— Oui… je t’entends, Jessica. On… on va réessayer, d’accord ?
Il replie ses jambes, contracte ses abdos, parvient à s’adosser au lit.
Elles le saisissent à nouveau, Jessica compte jusqu’à trois et Raphaël pousse sur sa jambe valide.
Miracle, il est sur le matelas. Il tombe en arrière, roule sur lui-même pour se mettre dos à la jeune fille.
— Occupe-toi de ses mains, je m’occupe des chevilles ! dit Aurélie.
4 h 30
Patrick sort de la douche, s’enroule une serviette autour de la taille.
Comme chaque jour, il est debout depuis quatre heures du matin. Réglé comme une horloge.
Il commence toujours par se raser, puis ensuite c’est la douche.
Il laisse tomber la serviette, enfile un slip. S’observe quelques minutes dans le miroir.
Il n’est pas beau, en est conscient.
Il a du charme, en est persuadé. Celui du serpent.
Et d’ailleurs, qu’importe ? Le charme et la beauté, armes aussi dérisoires qu’éphémères, ne sont utiles qu’aux faibles.
Il retourne dans la chambre où Sandra dort encore profondément. Il prend un instant pour la contempler, comme chaque matin. À la faible lumière d’une veilleuse allumée, qui ne la dérange même pas.
Elle est belle et elle a du charme, il en est conscient.
Et s’en moque complètement aujourd’hui. Ce n’est pas ça qui l’intéresse.
Ce qui lui plaît chez Sandra, c’est son propre reflet. Elle n’est qu’un miroir, rien d’autre, dans lequel il s’admire à loisir.
Un miroir déformant, mais ça il ne peut se l’avouer.
Sans lui, elle n’est rien. Une ombre, une morte qui fait semblant de vivre.
Son corps n’est plus à personne, son âme est à lui. Sans partage. Il la manœuvre à sa guise, tel un marionnettiste surdoué. Lui dictant le moindre de ses actes, lui laissant croire que subsistent encore quelques miettes de son libre arbitre. Qu’elle a son propre rôle à jouer à ses côtés.
D’ailleurs, elle en a un.
Couverture parfaite pour le monde extérieur ; complice idéale de ses crimes.
Adepte de sa folie.
Servante pour tout le reste.
Elle le vénère. Et Patrick a besoin d’être adulé, admiré. Autant qu’il a besoin d’être craint, d’inspirer la peur.
Lui, qui a été rabaissé, si longtemps. Lui, qui a eu peur, si longtemps.
Mal, si souvent.
Il récupère des vêtements propres dans l’armoire, s’éclipse sans un bruit. Au rez-de-chaussée, il allume la lumière, s’approche de ses deux prisonniers. Ils ne dorment pas, bien sûr. Comment le pourraient-ils ?
William lève sur lui ses yeux gonflés par la fatigue, emplis d’une profonde détresse.
— Alors, fiston, tu as passé une agréable nuit ?
— Vous savez bien que non, répond une voix enrouée. Et je suis sûr que ça vous réjouit, mais…
— Tu te trompes, l’interrompt papa. Je t’aime bien.
Déstabilisé, William réfléchit à la suite de sa tirade.
— Pourriez-vous détacher Christel ? ajoute-t-il d’un ton servile.
— Pour quoi faire ? s’étonne papa.
— Elle doit souffrir le martyre. S’il vous plaît… Laissez-la au moins s’allonger sur le canapé. Elle ne pourra pas se sauver, vous savez !
— Tu t’inquiètes pour elle ? Vraiment ?
William hoche la tête.
— Tu ferais mieux de t’inquiéter pour toi il me semble, prévient papa.
— Disons que je m’inquiète pour nous deux, alors… Je vous en prie, détachez-nous. Je vous promets qu’on restera tranquilles. Mon épaule me fait mal et…
— La douleur est une bonne compagne, fiston. Parce qu’elle est la plus fidèle qui soit.
Patrick lui adresse un clin d’œil avant de partir vers la cuisine. Will l’entend siffloter tandis qu’il prépare du café.
Il ressort dix minutes plus tard, un mug à la main, repasse devant ses otages sans même les regarder et s’enferme dans le bureau.
4 h 45
Il a fallu du temps.
Près d’une heure pour arriver à bout des nœuds confectionnés par Patrick. Avec une seule main, avec les dents.
Mais enfin, Jessica et Aurélie ont réussi à libérer Raphaël.
À son tour, il a tenté de leur rendre la pareille. Mais impossible de les détacher. S’il était en possession de tous ses moyens, il aurait sans doute réussi à péter le barreau du lit. Là, il s’est épuisé, en vain. Si vite…
Alors, il a tenté d’enfoncer la porte de leur geôle.
Papa n’a pas fait les choses à moitié, elle est renforcée.
Armé de la batte, il a donc fait voler en éclats la vitre de la fenêtre. Pour se heurter aussitôt au volet. Solide comme un roc.
Il a perdu autant de temps que d’énergie.
En inspectant la salle d’eau, il a découvert qu’elle ne comportait aucune ouverture. Mais il a au moins pu boire à volonté et remplir les bouteilles des filles. Il a également pu se laver le visage, se débarrassant de tout ce sang coagulé.
Pas de miroir pour voir sa gueule, c’est peut-être mieux ainsi.
Ils ne peuvent pas sortir, il leur faut donc attendre que quelqu’un rentre.
Soit.
Raphaël est prêt, autant qu’il peut l’être. Assis près de la porte, sur la chaise, la batte dans la main gauche. Il est droitier, certes, mais papa va quand même goûter à sa puissance de feu dès qu’il mettra un pied dans la chambre.
— Vous croyez qu’il va venir ? chuchote Jessie.
— Évidemment. Il finira forcément par venir. Et là…
— Vous allez le tuer ?
— Possible.
Je vais l’exploser, tu veux dire ! Le réduire en charpie !…
Aurélie a repoussé son lit contre le mur ; papa ne doit pas voir quelque chose d’anormal en entrant, à supposer qu’il ait le temps de voir quelque chose.
La longue attente continue, éclairée d’un espoir nouveau.
Papa, tu as vraiment déconné ! songe Raphaël en essayant de se réchauffer. Franchement, je te croyais plus intelligent…