Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
William s’entend prononcer une phrase, comme si quelqu’un d’autre parlait à sa place.
— Tuez-moi.
Papa est bluffé.
— Très bien, dit-il. Je n’ai qu’une parole, fiston.
Le couteau s’approche, Will ferme les yeux. Et brusquement, c’est la délivrance.
Patrick vient de couper le scotch qui lui serrait la gorge. William prend une profonde inspiration. Sans doute la dernière.
Patrick tranche alors les bandes de ruban adhésif au niveau de son torse, William tombe vers l’avant, complètement épuisé.
Papa libère ensuite ses chevilles et enfin, ses poignets.
Par terre, William reprend ses esprits. Étonné d’être encore en vie.
Pour le moment, il n’arrive pas à bouger, les membres paralysés par des heures de compression. C’est douloureux à en crever.
Christel, qui a soudain perdu son pilier, s’écroule aussi contre le sofa.
— Debout, enjoint Patrick. On sort, je préfère éviter une mare de sang sur mon carrelage.
William le dévisage avec terreur. Il n’est pas loin de le supplier.
Reprends-toi, lui intime une voix familière.
Celle de Raphaël.
Il veut aller dehors pour te saigner ? Suis-le et tue-le.
— Laissez-moi une minute, s’il vous plaît, murmure-t-il. Je n’arrive plus à bouger…
— Debout, répète papa.
William pose une main sur le canapé, parvient à se mettre à genoux. L’impression que ses jambes sont en carton, ses muscles en coton.
Enfin, il se lève. Tombe nez à nez avec le colt.
— Après toi, indique Patrick en lui montrant la porte d’entrée.
9 h 30
Plus de quatre heures que Raphaël s’est transformé en sculpture de glace.
Il n’est pas loin de renoncer. Pas loin de s’allonger par terre pour attendre la suite.
Il se met debout, détend ses muscles engourdis. Puis, sans lâcher la batte, il boite jusqu’à la salle d’eau pour soulager sa vessie.
Il résiste à la tentation d’allumer une cigarette, se passe à nouveau un peu d’eau sur le visage.
— Monsieur ! chuchote une voix terrorisée. Il arrive !
Raphaël empoigne la batte, éteint le néon et retourne vers la porte aussi vite que possible. Il y arrive au moment où la clef entre dans la serrure.
Il se positionne non loin de l’interrupteur que papa va immanquablement chercher en entrant.
Planté sur une seule jambe, il bloque sa respiration et s’instille une bonne dose de courage.
La poignée tourne, la porte s’ouvre sur la pénombre du couloir.
Pénombre contre pénombre…
Ténèbres contre ténèbres…
Raphaël distingue une silhouette. Il pousse une sorte de cri de rage en même temps qu’il détend son bras gauche. Il sent la batte heurter sa cible, entend un cri horrible accompagnant le bruit d’un corps qui s’écroule.
Horrible.
Cette voix…
La lumière s’allume, papa se tient à l’entrée de la pièce, braquant le colt sur Raphaël.
La lumière s’allume, Raphaël découvre avec horreur qu’il vient de fracasser le crâne de son propre frère.
CHAPITRE 35
— Quel coup mes aïeux !
Tandis que papa ricane, Raphaël ne quitte pas William des yeux, figé dans une douloureuse stupeur.
Ses doigts laissent tomber l’arme, ses genoux se plient.
— Will ! Tu m’entends ? Will ? Réponds-moi, merde !
Le jeune homme est inconscient, mais il respire. Ce qui ne signifie pas que son cerveau soit intact.
Raphaël a perdu ses moyens, son sang-froid. Trop tard pour repartir à l’attaque. Patrick a le pied sur la batte, le colt braqué dans sa direction.
— Bien frappé… Je n’aurais pas fait mieux ! plaisante son tortionnaire.
Il s’aperçoit alors que Sandra est à l’entrée de la pièce, spectatrice impassible.
Ses dernières forces l’abandonnent. Plus un gramme d’adrénaline, des tonnes de douleur.
Cette fois, c’est foutu. Il est mort, ils sont tous morts.
Mais comment ce fumier a-t-il pu deviner que…
— Reste à genoux ! ordonne Patrick. Et mets les mains sur la tête. Sinon j’achève ton frangin !
Il vise le dos de William, le doigt sur la détente. Alors Raphaël obtempère. Il lève les bras, son regard croise celui de Jessica.
Honte d’avoir échoué. De ne pas avoir été capable de les sauver.
Le désespoir est partagé, après tant d’heures à caresser un rêve.
Christel fixe le téléphone posé sur l’enfilade.
Même si elle ne peut pas parler, les flics ou les gendarmes verront la provenance de l’appel et enverront peut-être une patrouille.
Se traîner jusqu’au buffet, tirer sur le fil pour faire tomber l’appareil, appuyer sur deux touches : le 1 et le 7.
Tout ça sans les mains ni les jambes.
Un jeu d’enfant.
Elle se décolle du sofa, se laisse glisser sur le sol. Elle tente de respirer doucement, mais déjà son cœur s’emballe.
Elle se tourne sur le côté, essaie de ramper en direction du meuble.
C’est là qu’elle réalise que pour ramper, il faut plier les genoux et pousser sur ses pieds.
Elle ferme les yeux, inspire profondément pour se donner du courage.
La peur est si souvent l’alliée des miracles…
Papa tourne autour de Raphaël tel un vautour.
Sans un mot.
Son regard acéré vise tour à tour le braqueur puis Jessica.
— Tu n’aurais pas dû le détacher, Jessica… Tu n’aurais pas dû, tu sais. Papa va être très en colère, maintenant. Pareil pour toi, Aurélie…
Sa voix ondule sur plusieurs gammes. Amertume, menace, amusement.
— Je me suis détaché tout seul, balance Raphaël.
— Bien sûr, champion ! rigole papa. C’est évident… Moi je crois plutôt que tu t’es tortillé comme un asticot jusqu’à ces braves petites et que ce sont elles qui t’ont libéré.
— Tu avais mal fait les nœuds !
Raphaël reçoit un coup à l’arrière du crâne, s’écrase tête la première sur le corps inerte de son frère.
— Arrête de te foutre de ma gueule !
Raphaël se remet péniblement à genoux.
— Mais tu as raison, reprend Patrick, ce n’est pas la faute des filles : c’est la mienne. J’aurais dû me montrer plus prudent.
Il vient se planter devant le braqueur.
— Pas mal, non ? Envoyer ton frangin en éclaireur pour qu’il se prenne le coup en pleine gueule à ma place… Je suis vraiment un génie !
— Mais comment tu as pu savoir que…
— Que tu m’attendais ? Mon intelligence est bien supérieure à la tienne, tas de merde !
— Intelligent ? Il faut être complètement taré pour kidnapper deux gamines !
Il sent la batte appuyer sur le haut de son dos. N’a pas envie d’un nouveau déluge de coups. Alors, il se contraint au silence.
Rester en vie est sa première mission. Surtout que William est en train de revenir à lui. Il ne l’a pas tué d’un coup de batte, il ne faudrait pas le tuer d’une simple parole.
Le buffet est loin, la souffrance insoutenable.