Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Alors que Raphaël, lui, a tutoyé l’isolement et l’enfermement pendant des années. De vieux ennemis qu’il a su apprivoiser, des démons qu’il sait comment combattre.
Il garde l’esprit clair, en alerte. Il garde la foi.
En essayant de ne pas réveiller son frère, il se laisse glisser contre le mur pour s’allonger sur le sol.
Dormir, puisqu’il n’a rien d’autre à faire pour le moment.
Dormir, pour oublier quelques minutes durant qu’il a faim, qu’il a soif. Qu’il a peur et qu’il a mal.
Oublier qu’il n’a pas été à la hauteur. Ce sera ça, le plus dur.
Il ferme les yeux, tente de reléguer ses douleurs au second plan.
Il pense à sa mère et parvient à s’endormir presque instantanément.
Parce qu’il l’a décidé.
22 h 00
Patrick sort de l’ombre et s’approche de ce qu’il appelle l’annexe.
Un trousseau de clefs dans la main, un sourire sur les lèvres.
Il ouvre la première porte, traverse le couloir d’un pas lourd. Pour qu’elles l’entendent arriver. Pour que la peur le précède.
Pourtant, quand il entre dans la pièce du fond, ses prisonnières feignent de dormir. Il s’y attendait, elles font toujours ça au début. Croyant naïvement qu’il ne va pas les réveiller.
Comme la proie fait la morte. Simple réflexe de survie.
— Alors mes petites chéries, on fait semblant de roupiller ?
Il contemple ses jouets qui ne bougent toujours pas. Elles sont toutes les deux tournées vers le mur, mais il devine la frayeur intense qui brille dans leurs yeux. Il entend presque leur cœur battre à une vitesse démesurée.
Deux dans la même chambre, c’est une première. Et finalement, ça lui plaît.
Ses yeux s’attardent sur Jessie, sur l’hématome énorme qui orne son bras ; il a préféré frapper sur le corps, épargner son visage. Ne pas abîmer son joli minois.
Pas encore.
Il attrape la chaise, s’installe entre les deux lits. Elles font toujours mine de dormir profondément.
— Bon, par laquelle je commence ?
La main libre d’Aurélie se crispe, papa sourit. Il laisse les secondes s’écouler, la peur se répandre, tel un gaz toxique. Les envelopper, les étouffer.
— Eh bien, c’est vous qui allez décider, d’accord ?
Il se penche au-dessus de Jessie, ouvre sa menotte à l’aide d’une petite clef. À peine libre, la gamine se lève d’un bond et se rue vers la porte.
Papa la suit des yeux. Elle n’a pas renoncé, va lutter jusqu’au bout.
Elle veut survivre, c’est ce qu’il attendait d’elle.
Pour qu’il ait envie de la tuer, il faut qu’elle ait envie de vivre.
Jessie s’est heurtée à la porte close, elle se retourne. Papa tapote sur la poche de son pantalon en velours.
— Ce que tu cherches est ici, bien au chaud. Si tu veux la clef, il va falloir venir me la prendre.
La jeune fille regarde partout autour d’elle mais ne voit plus la batte de base-ball.
— Je l’ai mise dans le couloir, annonce Patrick d’un air victorieux. Alors maintenant, tu viens ici. Sinon, je te jure que tu vas le regretter. Ça ne t’a pas suffi, tout à l’heure ? T’en veux encore ?
Une larme coule sur la joue de Jessica, elle ne bouge pas d’un millimètre, dos à la porte.
En tournant légèrement la tête, Patrick s’aperçoit qu’Aurélie ne fait plus semblant de dormir. Elle s’est ratatinée contre la tête de lit.
Aussi épouvantée que sa copine.
— Viens ici, j’ai dit.
Les lèvres de Jessica tremblent, tout comme ses mains.
Patrick s’approche, très lentement, en la fixant droit dans les yeux.
Lorsqu’il n’est plus qu’à un mètre, Jessica se précipite dans le sens inverse. Patrick tente de l’attraper, elle lui échappe et se réfugie sous son lit. Elle empoigne l’un des pieds avec ses deux mains.
Il lève les yeux au ciel et lui saisit la cheville. Elle hurle à nouveau, ne s’arrête plus de hurler.
— Laissez-moi ! Laissez-moi !
— Viens ici, Jessica. Ma patience a des limites, tu sais…
— Au secours ! Maman !
— Ta mère ne t’entend pas. Mais si tu continues à m’emmerder, je vais aller la chercher. Tu veux que j’aille la chercher, Jessica ? Tu veux que je la saigne devant toi ? Sors de là-dessous !
De l’autre côté du mur, William s’est réveillé en sursaut, une nouvelle fois. Il s’est redressé, retient sa respiration, horrifié par les cris de la gamine.
Raphaël, lui, se contente de serrer son poing valide dans son dos. S’il pouvait se boucher les oreilles, il le ferait.
Rien de pire que de se sentir impuissant. Avec toute cette haine qui bouillonne dans ses veines. Qui voudrait ressortir par ses yeux alors qu’il s’en empêche.
Jessie ne résiste pas très longtemps. Patrick l’extirpe de son refuge et la balance sur le lit de sa copine, où il l’immobilise rapidement.
— Tu te calmes ou je t’ouvre le ventre ?
Il n’a pas crié, il ne crie jamais. C’est encore plus effrayant.
— Arrête, Jessie ! supplie Aurélie. Arrête, sinon il va nous tuer !
Jessica cesse le combat, attendant la suite des horreurs.
Papa se réinstalle sur sa chaise, face à ses prisonnières.
— Bien, maintenant on va jouer à un jeu, vous voulez bien ? Comme vous êtes deux, j’ai un problème…
Derrière ses lunettes rondes, son regard va de Jessica à Aurélie. Elles tremblent, collées l’une à l’autre.
— Mais vous allez m’aider à le régler. N’est-ce pas ?
Le silence est parfait.
— C’est très simple : je dois vous punir d’avoir aidé Raphaël à se détacher la nuit dernière. Mais comme je suis sympa, je ne vais en punir qu’une seule. La question est de savoir laquelle… Aurélie, c’est toi qui décides.
Les lèvres d’Aurélie s’entrouvrent, mais elle ne dit rien.
Papa sort un paquet de cigarettes de la poche de sa chemise, en prend une et la fait rouler entre ses doigts.
Il n’a jamais fumé de sa vie.
Il n’aime pas se sentir dépendant. La dépendance, c’est bon pour les faibles.
— Alors, Aurélie, j’attends… Est-ce que tu comprends ce que je dis ou est-ce que tu es trop stupide pour ça ?
— Je… Je…
— Je, je ! raille Patrick. C’est Jessica ou toi, choisis. Choisis maintenant.
Aurélie s’écarte imperceptiblement de Jessica avant de murmurer :
— C’est Jessica qui a eu l’idée.
— J’ai pas entendu, prétend Patrick. Qu’est-ce que tu as dit ?
— C’est Jessica qui a eu l’idée, répète Aurélie un peu plus fort.
— Ça signifie que c’est elle qui doit être punie, c’est bien ça ?
— Non, j’ai juste dit que…
Papa fait mine d’être agacé.
— C’est elle qui doit être châtiée, oui ou non ?
Aurélie hoche doucement la tête ; Jessica la fixe, sans colère. Juste avec effarement.
— Message reçu, dit papa en allumant sa cigarette. Merci de ton aide, Aurélie.
Chaque hurlement est une aiguille qui lui perfore le cerveau et les tripes.
William ferme les yeux, comme si ça allait lui permettre de ne plus entendre. Il est collé à l’épaule de son frère, raide comme un bloc d’acier, muet comme une tombe.