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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Christel s’épuise, se tord de douleur. Elle a parcouru à peine deux mètres. Et encore…

Tu vas y arriver ! Tu peux y arriver ! Si tu n’atteins pas ce satané téléphone, tu vas crever. Deux gamines vont crever. William aussi.

La motivation et l’instinct de survie sont puissants. Mais la douleur l’est tout autant.

Pourtant, Christel continue. Centimètre après centimètre.

Si encore elle avait toute la vie devant elle… Mais non, il ne lui reste peut-être que quelques minutes. Le temps la rattrape, elle a l’impression que son objectif s’éloigne tandis que la mort approche.

Le bâillon couvre ses cris, mêlant rage et douleur. Tant de fureur dans sa tête qu’elle n’entend pas.

La porte qui s’ouvre, se ferme.

Enfin, elle s’aperçoit qu’elle n’est plus seule, son cœur finit de se fendre, ses yeux se ferment.

Exténuée, elle abandonne.

Sandra la contemple, sans colère ni émotion. Elle se contente de s’asseoir sur le banc, Christel à ses pieds.

— C’est dommage, murmure-t-elle. Vous n’auriez pas dû venir ici.

Les paupières de Christel se soulèvent, libérant des larmes acides et brûlantes.

— Ici, c’est la maison du Diable. Personne n’en sort vivant. Personne.

*

— Stop ! braille papa. Là, ce sera parfait.

Là, au milieu du bois de feuillus. Humide, profond, silencieux.

Dans l’épaisseur de ce brouillard éternel qui ne semble pas être là par hasard mais bel et bien pour dissimuler les horreurs perpétrées, passées et à venir.

Ce brouillard, c’est l’haleine du Mal, dit-on parfois dans la région.

Papa a forcé les deux frères à marcher, sous la menace du flingue. Ils ont du mal à tenir debout l’un comme l’autre, se sont soutenus comme ils ont pu.

Comme ils l’ont toujours fait. Ou auraient toujours voulu le faire.

Patrick lance à leurs pieds les deux pelles qu’il porte depuis qu’ils ont quitté la maison.

— Allez, on creuse ! ordonne-t-il en brandissant le colt.

Raphaël fixe les outils, désemparé.

Deux cibles, deux pelles.

Deux tombes.

CHAPITRE 36

— Tu crois qu’on va creuser nos propres tombes ? murmure Raphaël avec hargne. Compte pas là-dessus !

— Qui te parle de deux tombes ? Une suffira. Pour le moment en tout cas… Il faut bien enterrer ton copain qui se décompose dans mon garage, non ? Ou alors, tu n’es pas un bon chrétien, mon frère !

Raphaël ressent un soulagement intense. Ce n’est pas leur tour. Pas encore…

— Alors magnez-vous, ajoute Patrick. Sinon, c’est l’un de vous deux qui finira six pieds sous terre. Deux mètres de long, un de large et un mètre cinquante de profondeur.

Raphaël ne peut utiliser sa main droite, William son bras gauche.

Ils empoignent donc une seule et même pelle et s’attellent à leur sordide corvée sous la surveillance de Patrick qui s’est assis sur une souche pourrie et sifflote, encore et toujours.

William souffre d’une migraine carabinée, une énorme bosse a poussé sur son front. Mais malgré la douleur et leur situation quasi désespérée, il se sent curieusement soulagé.

Raphaël n’est pas mort, alors son cœur s’est réchauffé.

Raphaël n’est pas mort, alors il leur reste une chance.

*

— C’est facile de me juger…

Christel, étendue sur le côté, garde les yeux fermés. Parfois, ses paupières se soulèvent, pour retomber aussitôt.

Exsangue, elle n’entend presque plus la voix de Sandra. Qui semble se parler à elle-même, se confesser à un prêtre imaginaire.

Musique monotone, marche funèbre.

— Moi aussi, j’ai eu mal. De toute façon, la vie, ce n’est que ça. De la souffrance et rien d’autre… On vient sur terre pour endurer les pires tourments en attendant la délivrance. Il n’y a rien de bien, ici. Alors, il vaut mieux être dans le bon camp. Celui des bourreaux, pas celui des victimes. Moi, j’ai changé de camp. C’est mieux, maintenant.

— Aide-moi ! supplie une voix faible. Aide-nous…

Sandra fronce les sourcils, surprise d’entendre Christel. Le scotch s’est en partie décollé de ses lèvres.

— C’est déjà trop tard, vous savez…

— Aide-moi, putain !

Sandra attrape le paquet de cigarettes de Raphaël qui traîne sur le buffet, en allume une. Alors qu’elle ne fume jamais.

— Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. C’est trop tard, je vous dis. Vous allez mourir de toute façon. Vous êtes déjà morte. Vous êtes déjà tous morts.

*

Il n’a pas arrêté de siffloter. Tandis que les deux fossoyeurs peinaient pour creuser la tombe. Handicapés par leurs blessures respectives, exténués.

— Alors, on a terminé ? s’impatiente papa.

Il approche, restant tout de même à une distance raisonnable.

La distance d’un manche de pelle.

— Ça ira, juge-t-il. Sortez de là.

Raphaël s’extirpe du trou en premier, tend sa main valide à William.

— Maintenant, on va chercher le locataire. Passez devant.

Les revoilà en train de marcher dans ce brouillard aveuglant, en direction de la ferme. Raphaël se demande alors combien pesait Fred. Au moins soixante-dix kilos, peut-être plus.

Bizarre de penser à ça. Mais il va bien falloir le porter, sur environ cinq cents mètres. En auront-ils la force ?

— On accélère ! beugle papa.

William murmure une insulte, échange un regard avec son frère. Ralentir, laisser leur tortionnaire approcher, se retourner. Se jeter sur lui.

Et recevoir une balle.

Un des deux survivrait.

Un des deux y laisserait la vie.

Même s’ils n’ont pas affaire à un tireur d’élite, la manœuvre serait trop risquée. Surtout qu’ils tiennent à peine sur leurs jambes.

Il leur faudra attendre le bon moment.

Soudain, alors qu’ils s’apprêtent à sortir du bois, ils entendent le ronronnement lointain d’un moteur.

— Stop ! enjoint Patrick. Ne bougez plus.

Ils s’immobilisent, priant en silence pour que le véhicule emprunte la piste menant à la ferme.

Mais quelques secondes plus tard, leur espoir s’éloigne en même temps que la voiture.

— C’est bon, avancez, ordonne papa.

Après une marche forcée qui a fini de les épuiser, ils arrivent enfin aux garages.

Patrick jette un œil aux alentours pour vérifier que personne ne rôde dans les parages.

— Sortez-le, et vite.

Les deux frères s’approchent du cadavre de Fred. Instant d’hésitation, d’écœurement.

— Tu prends les pieds, indique Raphaël.

Ils soulèvent le corps raide, enroulé dans la bâche en plastique et qui exhale une odeur déjà putride mais encore supportable.

Pas loin de quatre-vingts kilos.

La douleur est trop forte, Raphaël lâche. Le visage de Fred apparaît, monstrueux.

William lâche à son tour, recule et se heurte à l’Audi.

Patrick brandit le colt dans leur direction.

— Je suis sûr que ce sera encore plus dur à porter si je descends l’un de vous.

— Fallait pas me broyer la main ! s’emporte Raphaël en détournant son regard de la dépouille.

— Fallait pas venir m’emmerder chez moi.

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