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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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*

7 h 15

Sandra descend à son tour. Vêtue d’un jean droit, d’un chemisier noir, ses longs cheveux relevés en un chignon flou. Elle ne manque pas d’élégance.

Après un instant d’hésitation, elle s’approche finalement de William. Mais lorsque leurs regards se frôlent, elle s’enfuit.

— Sandra ! Ne partez pas, je vous en prie…

William retient son souffle.

Enfin, elle se ravise.

— Sandra… Je suis attaché, pourquoi vous enfuyez-vous ?

Elle baisse la tête, contemple avec une passion soudaine ses chaussures.

— Sandra… vous êtes médecin, non ?

— Vétérinaire, corrige-t-elle d’une voix rêche.

— Vous m’avez sauvé la vie en tout cas. Et maintenant, vous…

— Je n’ai pas eu le choix. Votre frère m’a menacée de mort si je ne vous soignais pas.

— Il ne vous aurait jamais tuée, murmure le jeune homme avec la gorge serrée.

— Maintenant, je le sais. Mais lorsqu’il m’a menacée, je n’en savais rien.

— Christel est gravement blessée. Vous devez l’aider.

— À quoi bon ? Puisqu’elle va mourir.

William frissonne des pieds à la tête. Cette voix lui fait l’effet d’un glaçon glissé dans son tee-shirt.

— Et vous aussi d’ailleurs, ajoute-t-elle. Il fallait partir. Je l’ai dit à Raphaël, mais il ne m’a pas écoutée.

Elle porte un doigt à sa bouche, se ronge nerveusement un ongle.

— J’ai mal, Sandra. J’ai mal à en crever !

Elle s’arrache un morceau de kératine, le recrache aux pieds de William.

— Aidez-moi, je vous en prie !

Il a parlé à voix basse, sachant que papa est dans la pièce d’à côté. Mais il y a mis toute son énergie.

— Pourquoi le ferais-je ?

— Je sais que vous n’êtes pas mauvaise, Sandra ! Je vous en prie, ne nous laissez pas mourir !

— Ce n’est pas elle qui décide.

William tourne la tête, tombe sur le visage courroucé de papa. Il avale bruyamment sa salive.

— Tu cherches à sauver ta peau, fiston ? Et tu crois que ma femme va t’aider, peut-être ?

Patrick s’assoit sur le sofa, pose son pied sur l’épaule du jeune homme.

— Tu rêves, mon gars !

William ferme les yeux, conscient de son échec. Il aurait dû attendre un moment où ce malade avait quitté la maison.

Quel con !

Patrick donne une impulsion, William bascule sur le côté, entraînant Christel dans sa chute. Il l’entend hurler sous son bâillon, ça vibre jusque dans ses vertèbres.

Alors qu’il essaie de se redresser, la chaussure de papa vient écraser sa joue.

— Ma femme m’obéit, mieux que ton chien… tu comprends ça, petit con ?

— Arrêtez ! gémit William d’une voix déformée.

— Jamais elle ne fera quelque chose sans mon accord, pigé ?

— Oui !

Papa augmente la pression, William a l’impression que sa mâchoire va se briser.

— Arrête, merde !

— Les ordres, c’est moi qui les donne ici. Et je t’interdis de lui adresser la parole.

— Arrêtez, je vous en prie ! Je… je ne lui parlerai plus, je vous le jure !

— C’est mieux, concède Patrick en retirant son pied.

Il se tourne vers Sandra, immobile, presque inexistante.

— Le petit déjeuner est prêt, ma chérie ?

— Pas encore. J’y allais, justement…

— Dépêche-toi, ma douce. Je meurs de faim !

*

7 h 55

— Qu’est-ce qu’il fout, ce salopard ? maugrée Raphaël.

Il essuie son front moite avec le dos de sa main, celle qui tient la batte. L’autre est posée sur ses genoux, inutile. Enflée, bleue et paralysée.

Il grelotte, a l’impression d’avoir de la fièvre. Peut-être a-t-il finalement chopé le virus de Will ? Le vertige le saisit à intervalles réguliers, ainsi que la nausée. Il a tellement bu au robinet qu’il a envie de pisser mais il refuse de quitter son poste. Papa peut surgir d’un instant à l’autre, voilà un rendez-vous à ne surtout pas manquer.

Il a également très envie d’une cigarette, sent le paquet de Marlboro dans sa poche. Mais l’odeur pourrait alerter l’ennemi jusque dans le couloir : difficile de fumer avec les deux mains liées dans le dos.

Mauvaise idée.

Alors, il reste immobile sur sa chaise inconfortable. Figé depuis maintenant plus de trois heures. Sa jambe blessée lui lance d’insoutenables SOS, son crâne semble enfler seconde après seconde. Ses côtes cassées transforment chaque bouffée d’oxygène en un supplice.

Pourtant, il tient bon. Concentré, prêt à livrer bataille.

C’est sans doute sa dernière chance de sauver sa peau, celle de Will, celle des filles. Christel, Jessie, Aurélie.

Alors, il n’a pas le droit à l’erreur.

— Magne-toi, papa, que j’explose ta sale gueule ! murmure-t-il. Amène-toi, fumier, j’ai une surprise pour toi…

*

9 h 12

Patrick sort du bureau où il vient de passer encore une heure. Il s’arrête devant William.

Le jeune homme a de plus en plus de mal à soutenir son regard. Immergé dans un calvaire dont il ne voit pas la fin.

— C’est terrible, la douleur, hein fiston ? Toutes ces heures à souffrir atrocement… Tu dois avoir envie de plein de choses, non ?

— Envie de te buter, balance Will d’une voix faible.

— Dommage, ricane papa, j’allais couper tes liens !

Si William le pouvait, il se mordrait les doigts.

— Mais vu la façon dont tu me parles, je crois que je vais te laisser crever dans cette position !

— Non ! Pardon… Pardon… ! Détachez-moi, je vous en prie…

Le sourire de papa s’étire.

— Tu veux que je te libère ?

— Oui, s’il vous plaît. J’en peux plus…

— C’est bien normal, mon garçon. Mais pourquoi le ferais-je ? Vas-y, donne-moi une seule bonne raison…

William n’en trouve aucune. Il n’a quasiment plus de force, en est arrivé au stade où la mort lui semble la seule issue possible.

La délivrance ultime.

Une larme glisse sur sa joue.

— Tu essaies de m’attendrir ?

— J’ai mal, putain… Si tu veux me tuer, vas-y, mais n’attends pas !

Papa sort un cran d’arrêt de sa poche, William reconnaît le couteau de son frère.

— Tu veux que je te tranche la gorge ?

Il s’étouffe dans un sanglot, fixant la lame étincelante.

— Tu voulais mourir il y a un instant… tu n’as qu’un mot à dire.

Le jeune homme hésite.

— Alors ? s’impatiente papa. Je croyais que tu voulais arrêter de souffrir… Vas-y, demande-moi de t’achever et je le ferai. Promis.

Le cœur de William se comprime encore plus. Ses lèvres tremblent.

Mourir, maintenant. Ou continuer à souffrir, peut-être pendant des jours…

Mourir, maintenant. En entraînant Christel dans son sillage. Sans avoir vengé la mort de Raphaël.

— Ce n’est pas si facile, hein ? s’amuse Patrick. Bien sûr, la douleur te pousse à appeler la mort à la rescousse. Mais au moment fatidique, il y a ce putain d’instinct de survie qui vient tout compliquer… Alors ?

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