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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Mais le courage éveillé en lui était devenu trop fort : il ne pouvait abandonner ses amis si facilement. Il flancha un moment, tâtonnant dans sa poche, puis lutta de nouveau contre lui-même ; et pendant tout ce temps, la main approchait. Soudain, sa volonté se durcit, et saisissant une courte épée qui se trouvait non loin, il se mit à genoux, penché au-dessus des corps de ses compagnons. De toutes les forces qui lui restaient, il porta un grand coup au bras rampant, l’atteignant près du poignet, et la main se détacha ; mais au même moment, l’épée se brisa en éclats jusqu’à la garde. Il y eut un cri perçant et la lumière s’évanouit. Un grognement féroce s’éleva dans l’obscurité.

Frodo tomba sur Merry : son visage était froid au toucher. Alors lui revint tout à coup à l’esprit, disparu dès l’arrivée du brouillard, le souvenir de la maison là-bas sous la Colline, et des chansons de Tom. Il se remémora la comptine que Tom leur avait apprise et, d’une voix frêle et désespérée, il entonna : Holà ! Tom Bombadil ! Et à la mention de ce nom, sa voix sembla prendre de la vigueur : elle retentit avec force et vitalité, faisant résonner la sombre galerie comme tambour et trompette.

Holà ! Tom Bombadil ! Ho ! Tom Bombadilo !

Par les eaux ou les bois, le saule ou le roseau,

De jour comme de nuit, prête-nous assistance !

Accours, Tom Bombadil : le besoin nous devance !

Un profond silence tomba soudain, et Frodo put entendre les battements de son cœur. Après un lent et long moment, il entendit une voix, claire mais lointaine, comme sortant du sol ou traversant d’épais murs, qui lui répondait en un chant :

Le vieux Tom Bombadil est un joyeux bonhomme ;

D’un bleu vif est sa veste, et ses bottes sont jaunes.

Nul ne l’a jamais pris, car le maître, c’est lui :

Plus vite ses pieds vont ; plus forte est sa chanson.

Il y eut un fort grondement, comme de pierres qui roulent et qui tombent ; et soudain la lumière fut, la vraie lumière, celle qui illumine le jour. Une ouverture basse, semblable à une porte, apparut dans le mur aux pieds de Frodo ; et voilà que la figure de Tom (son chapeau, sa plume et le reste) se découpait devant le rougeoiement du soleil levant. La lumière tomba sur le plancher et sur les visages des trois hobbits allongés près de Frodo. Ils ne firent aucun mouvement, mais la pâleur maladive les avait quittés. Ils ne semblaient plus que très profondément endormis.

Tom se pencha, retira son chapeau et entra dans la pièce sombre en chantant :

Sors d’ici, vieil Esprit ! Disparais au soleil !

Flétris comme la brume et les vents qui lamentent

En pays désolés par-delà les montagnes !

Jamais plus ne reviens ! Laisse ton tertre vide !

Sois perdu, oublié, plus noir que les ténèbres,

Aux portes de la nuit à jamais refermées

Jusqu’au jour où viendra la guérison du monde.

À ces mots, un hurlement se fit entendre, et le fond de la pièce s’effondra en partie avec un grand fracas. Puis il y eut un long cri strident qui finit par se perdre en des profondeurs insondables ; et enfin, le silence.

« Venez, Frodo, l’ami ! dit Tom. Allons fouler l’herbe pure ! Il faut que vous m’aidiez à les porter. »

Ensemble, ils transportèrent Merry, Pippin et Sam à l’extérieur. En sortant du tertre pour la dernière fois, Frodo crut apercevoir une main coupée qui se tortillait encore, comme une araignée blessée, dans un tas de terre effondrée. Tom y entra de nouveau, et il y eut de nombreux coups et piétinements. Il ressortit les bras chargés de trésors : des objets d’or, d’argent, de cuivre et de bronze ; des perles, des chaînes et des bijoux en nombre. Il grimpa jusqu’au sommet du tertre vert et les déposa en tas à la lumière du soleil.

Il se tint là, chapeau à la main et cheveux au vent, et regarda en bas dans l’herbe les trois hobbits étendus sur le dos, du côté ouest du monticule. Levant sa main droite, il dit d’une voix claire et impérieuse :

Réveillez-vous, mes joyeux gaillards ! Entendez mon appel !

Que le cœur se réchauffe ! La pierre froide est tombée ;

Le tombeau est au jour ; la main morte est brisée.

La Nuit sous la Nuit s’est enfuie, et la Porte est ouverte !

Les hobbits remuèrent, à la grande joie de Frodo ; et ils s’étirèrent, se frottèrent les yeux et se relevèrent soudain d’un bond. Ils jetèrent tout autour des regards étonnés, d’abord vers Frodo, puis vers Tom qui se tenait là, incroyable mais vrai, au sommet du tertre ; enfin ils se regardèrent eux-mêmes, vêtus de haillons blancs et légers, couronnés et ceinturés d’or pâle, et chargés de bijoux cliquetants.

« Par quel prodige… ? » commença Merry, sentant le bandeau doré qui avait glissé devant un de ses yeux. Puis il s’arrêta ; une ombre passa sur son visage, et il ferma les paupières. « Bien sûr, je me souviens ! dit-il. Les hommes de Carn Dûm nous ont assaillis de nuit, et nous avons eu le dessous. Ah ! la lance dans mon cœur ! » Il s’agrippa la poitrine. « Non ! Non ! fit-il, ouvrant les yeux. Qu’est-ce que je dis là ? J’ai rêvé. Où étais-tu passé, Frodo ? »

« J’ai cru que j’étais perdu, dit Frodo ; mais je ne veux pas en parler. Pensons à ce que nous allons faire maintenant. Poursuivons notre route ! »

« Accoutrés comme ça, m’sieur ? dit Sam. Où sont mes affaires ? » Il jeta son bandeau, sa ceinture et ses anneaux dans l’herbe et regarda désespérément autour, comme s’il s’attendait à trouver sa cape, sa veste, ses culottes et autres habits de hobbit quelque part à portée de main.

« Vous ne retrouverez pas vos affaires », dit Tom, descendant du monticule en sautillant. Il rit, dansant autour d’eux dans le soleil du matin. C’était comme si rien de dangereux ou d’horrible ne s’était passé ; d’ailleurs, l’horreur quittait leurs cœurs tandis qu’ils le regardaient et voyaient la joyeuse étincelle dans ses yeux.

« Que voulez-vous dire ? demanda Pippin tout en le regardant d’un air mi-perplexe, mi-amusé. Pourquoi pas ? »

Mais Tom secoua la tête et dit : « Vous vous êtes retrouvés, remontant du fond des eaux. Les vêtements ne sont pas une grande perte pour qui échappe à la noyade. Réjouissez-vous, mes joyeux amis, et laissez les rayons ardents vous réchauffer le cœur et les membres ! Retirez ces froides guenilles ! Courez nus sur l’herbe pendant que Tom va à la chasse ! »

Il s’élança vers le bas de la colline, sifflant et hélant. Le suivant du regard, Frodo le vit courir vers le sud, au creux du vallon vert entre leur colline et la suivante, toujours sifflant et criant :

Hé ! là ! Venez, ohé ! Où vaguez-vous, mes gars ?

En haut, en bas, par-ci, par-là ou par là-bas ?

Vive-oreille, Nez-fin, Queue-fouailleuse et Pécot,

Bas-blancs, mon tout petit, et le vieux Gros Nigaud !

Il chanta ainsi, courant à vive allure, lançant son chapeau et le rattrapant, jusqu’à disparaître derrière un pli du terrain ; mais ses hé, là ! ohé, là ! revinrent flotter vers eux pendant un moment, portés par le vent qui s’était retourné, et soufflait maintenant du sud.

L’air redevenait très chaud. Pendant un moment, les hobbits coururent çà et là sur l’herbe, comme il leur avait dit de faire. Puis ils s’étendirent au soleil, baignant dans sa chaude lumière comme ceux qui, arrachés au rude hiver, se voient soudain transportés sous des cieux plus cléments, ou comme des malades longtemps alités qui s’éveilleraient un matin en constatant qu’ils sont subitement guéris et que la journée est à nouveau pleine de promesses.

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