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READ-E-BOOK » Фэнтези » Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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« Sam ! appela-t-il. Pippin ! Merry ! Dépêchez-vous ! Pourquoi vous ne venez pas ? »

Il n’y eut pas de réponse. La peur le saisit, et il repassa les pierres en criant éperdument : « Sam ! Sam ! Merry ! Pippin ! » Le poney s’emballa et disparut dans la brume. À quelque distance de là, semblait-il, il crut entendre un cri : « Ohé ! Frodo ! Ohé ! » Il provenait de l’est, sur sa gauche alors qu’il se tenait sous les grandes pierres, plissant les yeux afin de percer l’obscurité. Il fonça dans cette direction et se trouva à gravir une pente abrupte.

Dans sa pénible montée, il appela de nouveau, ses appels se faisant de plus en plus frénétiques ; mais dans un premier temps, il n’entendit rien. Puis une réponse vint, faible et distante, devant lui, en hauteur. « Frodo ! Ohé ! » firent de minces voix à travers les brumes ; puis il vint un cri – à l’aide ! à l’aide ! – maintes fois répété, se terminant sur un dernier à l’aide ! qui s’étira en une longue plainte soudain étouffée. Il s’élança vers les cris à corps perdu ; mais toute lumière avait disparu : une nuit oppressante l’enserrait et il ne savait plus très bien où il allait. On eût dit qu’il ne cessait de grimper encore et encore.

Seule l’inclinaison du sol à ses pieds lui permit de comprendre qu’il était enfin parvenu au haut d’une crête ou d’une colline. Il était épuisé et en sueur, mais transi. Il faisait complètement noir.

« Où êtes-vous ? » cria-t-il d’une voix plaintive.

Il n’y eut aucune réponse. Il tendit l’oreille. Il eut soudainement conscience qu’il faisait très froid, et qu’un vent commençait à souffler sur les hauteurs, un vent glacial. Le temps changeait. La brume passait à présent sous ses yeux et se déchiquetait. Son souffle se condensait dans l’air, et les ténèbres étaient moins proches et moins denses. Il leva le regard et constata avec surprise que de faibles étoiles apparaissaient dans le ciel, entre les stries de brouillard et de nuages pressés. Le vent se mit à siffler parmi les herbes.

Il s’imagina soudain entendre un cri étouffé, et voulut s’en approcher ; et tandis qu’il avançait, la brume fut levée et écartée, dévoilant le ciel étoilé. Un regard circulaire lui révéla qu’il se trouvait face au sud, au sommet d’une colline arrondie qu’il avait dû gravir par le nord. À l’est, un vent cinglant soufflait. À sa droite, une forme noire masquait les étoiles de l’ouest. Un grand tertre se trouvait là.

« Où êtes-vous ? cria-t-il de nouveau, à la fois irrité et apeuré.

« Ici ! dit une voix profonde et froide qui semblait sortir de terre. Je t’attends ! »

« Non ! » dit Frodo ; mais il ne s’enfuit pas. Ses genoux ployèrent sous lui, et il s’effondra sur le sol. Rien ne se produisit, et il n’y eut aucun son. Tremblant, il leva les yeux, à temps pour apercevoir une grande silhouette noire, comme une ombre devant les étoiles. Elle se pencha sur lui. Il crut voir deux yeux, très froids, bien qu’animés d’une faible lueur qui semblait émaner de loin. Puis une étreinte plus forte et plus froide que le fer le saisit. Ce contact glacial lui gela les os, et il ne put se souvenir de rien d’autre.

Lorsqu’il revint à lui, il fut tout d’abord incapable de se rappeler quoi que ce soit, hormis un vague sentiment d’épouvante. Puis, tout à coup, il sut qu’il était emprisonné, à jamais pris au piège : il se trouvait dans un tertre. Un Esprit des Tertres l’avait pris, et il était sans doute déjà soumis aux terribles sorts de ces êtres maléfiques dont parlaient les histoires chuchotées à voix basse. Il n’osait pas bouger, restant étendu tel qu’il se trouvait : le dos contre la pierre froide, les mains sur la poitrine.

Mais malgré son épouvante, si incommensurable qu’elle semblait faire partie des ténèbres mêmes qui l’entouraient, il se prit à rêvasser à Bilbo Bessac et à ses histoires, à leurs promenades sur les chemins du Comté et à leurs conversations sur les voyages, les routes et les aventures. Dans le cœur du hobbit le plus gras et le plus timoré se cache (souvent très loin, il est vrai) un grain de courage, attendant quelque danger ultime et insurmontable pour éclore. Frodo n’était ni très gras, ni très timoré ; en fait, si lui-même n’en savait rien, de l’avis de Bilbo (et de Gandalf) il était le meilleur hobbit du Comté. Il croyait être arrivé à la fin de son aventure, une fin atroce s’il en était ; mais cette pensée l’enhardit. Il sentit son corps se raidir, comme pour un dernier sursaut ; non plus lâche comme une proie sans défense.

Tandis qu’il se trouvait là, à réfléchir et à se ressaisir, il remarqua tout à coup que les ténèbres reculaient lentement : une faible lumière verdâtre grandissait tout autour de lui. Il ne découvrit pas d’emblée où il se trouvait, car la lumière semblait émaner de sa propre personne, et du sol à ses côtés, et elle n’avait pas encore atteint le plafond ou les murs. Il se retourna, puis, dans la froide lueur, il vit Sam, Pippin et Merry allongés à côté de lui. Couchés sur le dos, leurs visages d’une pâleur mortelle, ils étaient vêtus de blanc. De nombreux trésors gisaient tout autour d’eux, des ouvrages d’or, peut-être ; mais sous cet éclairage, ils étaient froids et sans attrait. Leurs fronts étaient ceints de minces bandeaux dorés et des chaînes en or décoraient leurs tailles, tandis que maints anneaux brillaient sur leurs mains. Des épées reposaient à leurs côtés et des boucliers à leurs pieds. Mais en travers de leurs trois cous était posée une longue épée nue.

Soudain, un chant se fit entendre : un froid murmure qui s’élevait et retombait. La voix semblait lointaine et infiniment morne, tantôt fluette et aérienne, tantôt plaintive et souterraine. De cette mélopée indistincte, aux sons à la fois tristes et horribles, se dégageaient de temps en temps des suites de mots : des mots durs et sévères, des mots froids, cruels et abjects. La nuit injuriait le matin dont elle était dépossédée, et le froid maudissait la chaleur dont il avait faim. Frodo était gelé jusqu’à la moelle. Au bout d’un moment, le chant se fit plus net, et se changea en une incantation qui lui glaça le cœur :

Que soient transis la main et le cœur et les os,

qu’une froide torpeur les confine au tombeau

pour que les prisonniers jamais ne se réveillent

tant que n’expireront la Lune et le Soleil.

Sous un vent de noirceur les étoiles mourront,

toujours sur ce lit d’or leurs corps reposeront ;

lors le sombre seigneur élèvera sa main

sur la terre déserte et l’océan éteint.

Il entendit derrière lui une sorte de grincement et de grattement. S’appuyant sur un bras, il se redressa et put voir à présent, dans la faible lumière, qu’ils se trouvaient au milieu d’une galerie qui, derrière eux, formait un coude. Quelque chose tâtonnait là, un long bras qui marchait sur ses doigts vers Sam qui se trouvait plus près, vers la poignée de l’épée placée tout contre son menton.

Frodo eut d’abord l’impression d’avoir été changé en pierre par l’incantation. Puis lui vint une idée folle, un ardent désir de s’échapper. Il se demanda si, en passant l’Anneau à son doigt, il parviendrait à se soustraire à l’Esprit des Tertres et à sortir. Il s’imagina en train de courir librement sur l’herbe, pleurant la perte de Merry, de Sam et de Pippin, mais lui-même en vie, libre. Gandalf admettrait qu’il n’y avait eu rien d’autre à faire.

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