Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Elle surpassa de loin Vorn, moins enthousiaste à pratiquer la fronde et moins bien adapté morphologiquement, moins souple, moins délié qu’elle pour atteindre une grande précision. Ayla ambitionna vite de devenir l’égale de Zoug. De fait, elle gagnait de jour en jour plus d’assurance et de savoir-faire. Un peu trop rapidement, toutefois.
L’été tirait à sa fin, avec son lot de chaleurs torrides alternant avec des orages. Il faisait terriblement chaud ce jour-là ; pas la moindre brise ne venait troubler l’immobilité de l’air. La veille, un orage extraordinaire avait illuminé toute la montagne de ses terribles éclairs et forcé le clan à se réfugier dans la caverne. La forêt était humide et étouffante. Les mouches et les moustiques bourdonnaient inlassablement aux abords de ce qui était devenu un mince filet d’eau.
Ayla suivait à la trace un renard roux, traversant sans bruit les sous-bois en bordure d’une petite clairière. Le front emperlé de sueur, elle songeait à abandonner la partie et à rentrer à la caverne. En arrivant au bord de la rivière, elle s’arrêta pour boire dans une petite cuvette naturelle où l’eau vive coulait encore, canalisée entre deux gros rochers.
Au moment où elle se relevait, elle resta pétrifiée à la vue de la tête et des oreilles houppées d’un lynx, tapi sur le rocher juste en face d’elle, battant l’air de sa queue courte. Plus petit que bien d’autres félins, le lynx au long corps et aux pattes trapues était capable de bonds prodigieux. Il se nourrissait surtout de lièvres, de lapins, de gros écureuils et autres rongeurs, mais pouvait fort bien terrasser un petit daim si l’envie lui en prenait ; un être humain de huit ans représentait exactement le genre de proie susceptible de lui convenir.
Le premier réflexe d’effroi passé, Ayla se sentit parcourue par un frisson d’excitation à l’idée de s’opposer au félin immobile. Zoug n’avait-il pas dit à Vorn qu’on pouvait tuer les lynx à la fronde ? Sans quitter l’animal des yeux, elle glissa tout doucement la main dans les replis de son vêtement, drapé court en cette saison, et y prit sa plus grosse pierre. Les paumes moites, elle saisit fermement les deux extrémités de son arme et y plaça avec soin le projectile. Et aussitôt, avant que sa tension se relâche, elle fit tournoyer la fronde au-dessus d’elle et décocha sa pierre. Mais le lynx, alerté par son mouvement, bougea la tête. La pierre lui racla le cou, lui causant une douleur aiguë.
Avant qu’elle eût le temps de prendre une autre pierre, Ayla vit les muscles du félin se bander brusquement. Seul un réflexe instantané lui permit de se jeter sur le côté pour éviter l’animal furieux qui bondissait sur elle. Elle atterrit dans la boue, au bord du ruisseau, et en tombant mit la main sur une grosse branche, dépourvue de feuilles après un long séjour dans le courant. Ayla s’en saisit en roulant sur elle-même au moment où le lynx, fou de rage, les babines retroussées, se jetait sur elle de nouveau. Balançant le rondin de toutes ses forces, elle lui en asséna un coup violent sur le crâne. Étourdi, le lynx resta immobile pendant quelques instants, puis s’en fut lentement vers les bois en secouant la tête, lassé sans doute de recevoir des coups.
Ayla se releva toute tremblante, le cœur battant, pour aller chercher sa fronde. Zoug n’aurait jamais imaginé qu’on pût s’attaquer, muni d’une simple fronde, à un prédateur aussi redoutable qu’un lynx, sans le secours d’un autre chasseur. Elle s’était montrée trop sûre d’elle et n’avait pas songé une seule seconde à ce qu’il pourrait lui arriver si elle ratait son coup. Elle prit le chemin de la caverne dans un tel état de choc qu’elle faillit oublier le panier qu’elle avait caché avant de se mettre sur la trace du renard.
— Ayla ! Que s’est-il passé ? Tu es couverte de boue ! s’écria Iza en la voyant arriver, remarquant à sa pâleur que quelque chose avait dû l’effrayer.
Mais la jeune fille se contenta de secouer la tête sans répondre.
Ce soir-là, Ayla conserva l’air fort abattu et se coucha de bonne heure. Elle eut le plus grand mal à s’endormir, repensant sans cesse à l’attaque du lynx et au danger auquel elle avait miraculeusement échappé. Ce ne fut qu’au petit matin que le sommeil finit par la gagner, mais elle s’éveilla bientôt en hurlant.
— Ayla, Ayla ! Qu’y a-t-il ? lui demanda Iza en la secouant doucement pour la ramener à la réalité.
— J’ai rêvé que j’étais dans une petite grotte et qu’un lion des cavernes me poursuivait. Mais ça va mieux, maintenant, Iza.
— Il y avait longtemps que tu n’avais pas fait de mauvais rêves, Ayla. Quelque chose t’a effrayée, aujourd’hui, n’est-ce pas ?
Ayla acquiesça de la tête mais s’abstint de toute explication. L’obscurité de la caverne où ne rougeoyaient que quelques braises dissimulait à la guérisseuse son air gêné.
L’idée de chasser ne la culpabilisait plus depuis qu’elle avait trouvé le petit fossile mais elle se demandait à présent si elle avait interprété correctement ce signe mis sur sa route par son totem. Peut-être ne devait-elle pas chasser, après tout. Surtout des animaux aussi dangereux. Comment avait-elle pu penser qu’une fillette pût s’attaquer sans dommage à un lynx ?
— Je ne suis jamais tranquille quand tu pars toute seule, Ayla. Je sais bien que cela te fait plaisir, mais tu t’absentes trop longtemps à mon goût. Il n’est pas normal qu’une jeune fille se plaise à ce point dans la solitude. Et la forêt peut se révéler dangereuse...
— Tu as raison, Iza, la forêt est dangereuse, répondit Ayla par gestes. La prochaine fois, j’emmènerai Uba avec moi, ou peut-être Ika, si elle veut bien m’accompagner.
Iza constata avec soulagement qu’Ayla prenait ses conseils au sérieux. Elle ne s’éloignait plus des abords immédiats de la caverne et, lorsqu’elle devait aller cueillir des plantes médicinales, elle se dépêchait de rentrer. Chaque fois qu’elle partait seule, la peur la taraudait et elle redoutait à tout instant d’apercevoir un animal prêt à fondre sur elle. Elle comprit alors la raison pour laquelle les femmes n’aimaient pas s’aventurer dans les bois et s’étonnaient toujours de son goût pour la solitude. Jusqu’à présent, elle avait tout simplement fait preuve d’inconscience devant les dangers qui la guettaient. Les animaux prédateurs n’étaient pas les seuls dangereux. Les sangliers aux canines acérées, les chevaux aux durs sabots, les cerfs aux bois lourds, les mouflons et les béliers aux cornes meurtrières pouvaient tous se révéler redoutables si on les provoquait. Ayla se demandait comment elle avait pu songer à chasser et n’avait pas la moindre intention de recommencer de sitôt.
Il n’y avait personne à qui la jeune fille pût confier ses appréhensions, personne pour lui dire que c’est la peur qui aiguise l’adresse du chasseur, que les hommes la connaissaient bien, même s’ils n’en parlaient jamais entre eux. Quant aux femmes, les journées qu’elles passaient loin de la protection des hommes partis chasser constituaient aussi une épreuve de courage. Les filles comme les garçons ne devenaient adultes qu’après avoir affronté et vaincu la peur.
Si, pendant un certain temps, Ayla n’eut aucune envie de s’éloigner de la caverne, elle ne tarda pas à s’impatienter. En hiver, elle n’avait pas le choix et devait accepter de rester confinée comme tout le monde ; mais lorsqu’il faisait beau, elle ne savait plus que faire. Lorsqu’elle se trouvait seule dans la forêt, loin du clan, elle ne se sentait pas rassurée et lorsqu’elle se trouvait aux abords de la caverne, la solitude de la forêt lui manquait.