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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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L’une de ses cueillettes la conduisit tout près de sa retraite secrète et elle poussa jusqu’à sa prairie, haut dans la montagne. L’endroit eut sur elle un effet apaisant. Elle se trouvait là dans son monde personnel, et se sentait même un droit de propriété sur le petit troupeau de chevreuils qui venait paître fréquemment dans son pré. Cet espace découvert lui procurait un profond sentiment de sécurité, à présent qu’elle savait les bois pleins de bêtes féroces occupées à rôder. Elle n’était plus revenue dans sa grotte depuis le début de l’été, et ces retrouvailles ravivèrent ses souvenirs. C’était là qu’elle avait appris à manier la fronde, qu’elle avait découvert le signe du totem.

Comme elle n’osait pas la laisser dans la caverne, de peur qu’Iza la découvre, elle portait toujours sa fronde sur elle. Au bout d’un moment, elle ramassa des cailloux et tira quelques coups. Mais le jeu était trop monotone pour l’intéresser longtemps, et elle se remémora l’incident avec le lynx. Si seulement j’avais eu une autre pierre toute prête, pensa-t-elle, j’aurais pu la lancer sans lui laisser le temps de me sauter dessus. Il faut que j’apprenne à mettre une autre pierre dans la fronde dans la foulée du premier jet. Elle ne se souvenait pas d’avoir surpris Zoug parlant à Vorn de ce deuxième projectile de sécurité, songea-t-elle, mais sûrement le vieux chasseur devait connaître cette technique.

Elle se livra à quelques tentatives et se trouva aussi maladroite que lors de son premier essai à la fronde. Au bout d’un certain temps néanmoins, elle commença à acquérir le coup de main. Elle envoyait son premier caillou, rattrapait la fronde dans sa course descendante, glissait l’autre pierre au passage et la projetait. La deuxième pierre glissait souvent hors de son logement, et la première manquait de précision, car cette double opération influait sur la concentration, mais Ayla était ravie de savoir son projet réalisable. Si elle ne se sentait pas le cœur à chasser, le pari qu’elle s’était fixé raviva considérablement son intérêt pour le tir, auquel elle s’entraîna régulièrement à dater de ce jour.

Quand les collines revêtirent les couleurs flamboyantes de l’automne, Ayla était aussi habile à tirer deux cailloux qu’un seul. Campée au milieu du pré d’où elle envoyait ses projectiles contre un piquet planté dans le sol, elle ressentait la vive satisfaction de la réussite à chaque fois que le piquet vibrait par deux fois sous le choc de ses deux pierres. Elle n’avait entendu personne dire qu’on pouvait doubler le tir à la fronde, car peut-être personne n’en avait eu l’idée jusqu’ici, mais quoi qu’il en fût, elle avait prouvé que la chose était faisable.

Un beau matin, par une douce journée d’automne, une année après qu’elle se fut décidée à chasser, Ayla eut envie de grimper jusqu’à sa grotte secrète pour y cueillir des noisettes. Tandis qu’elle s’en approchait, elle entendit le ricanement caractéristique de la hyène et, en arrivant dans la prairie, elle en vit une vautrée sur la carcasse sanglante d’un vieux chevreuil.

Ayla se sentit prise de fureur à cette vue. Comment ce vil animal osait-il souiller sa prairie, attaquer l’un de ses hôtes ? Elle allait s’élancer en criant vers la bête pour la faire fuir quand il lui vint une meilleure idée en même temps qu’un réflexe de prudence. Les hyènes étaient des carnassiers aux mâchoires assez puissantes pour briser le tibia d’une antilope et on ne les chassait pas aisément de leurs proies. Elle fouilla précipitamment dans son panier pour y prendre sa fronde, cachée tout au fond. Puis elle se dirigea vers un monticule, près de la paroi rocheuse, tout en ramassant des cailloux en chemin. Le vieux chevreuil était à moitié dévoré, et la hyène efflanquée, au pelage moucheté, plus lourde et plus haute qu’un lynx, fut tirée de ses occupations par son passage. La bête leva la tête, huma cette odeur étrangère et se tourna en direction de la jeune fille.

Ayla était prête. De sa position élevée sur la butte, elle envoya un premier projectile, suivi d’un second. Elle ne pouvait savoir que ce dernier était inutile, le premier ayant déjà accompli son œuvre, mais il constituait néanmoins une sécurité supplémentaire. Forte de son expérience, elle avait déjà logé une troisième pierre dans la fronde, et tenait la quatrième dans la main, en prévision d’un second tir complet, si cela se révélait nécessaire. Mais la hyène s’était effondrée sur place et ne bougeait plus. Après s’être assurée qu’il n’y en avait pas d’autres alentour, la jeune fille s’approcha précautionneusement. Elle ramassa au passage un tibia auquel pendaient encore quelques lambeaux de chair et fracassa le crâne de la bête pour plus de sûreté.

Elle contempla l’animal mort à ses pieds et, comme elle prenait soudain conscience de son acte, le tibia lui glissa des mains. J’ai tué une hyène, se dit-elle. J’ai tué une hyène avec ma fronde ! Un sentiment d’exaltation l’envahit, mais ce n’était pas par satisfaction d’avoir tué une bête dangereuse et puissante. C’était quelque chose de plus humble, de plus profond. A travers la hyène, c’était sa propre faiblesse, sa peur qu’elle avait vaincue. Elle en éprouva une véritable révélation spirituelle, et ce fut le cœur empli d’un profond respect qu’elle s’adressa à l’esprit de son totem en employant les formules ancestrales du clan.

« Je ne suis qu’une fille, ô Grand Lion des Cavernes, et je suis fort ignorante du monde des esprits, mais il me semble mieux le comprendre à présent. Le lynx était une épreuve autrement plus importante que Broud. Creb m’a toujours enseigné qu’il est malaisé de vivre avec des totems puissants, mais il ne m’a pas dit que leurs plus beaux dons se trouvent en nous. L’épreuve ne consiste pas seulement à réaliser une action difficile, mais aussi à savoir qu’on peut l’accomplir. Je te suis reconnaissante de m’avoir choisie, Grand Lion des Cavernes. Je souhaite me montrer éternellement digne de toi. »

Quand les couleurs rousses de l’automne eurent perdu leur éclat et que furent tombées les dernières feuilles mortes, Ayla retourna dans la forêt, non seulement pour traquer les bêtes mais aussi pour étudier leurs habitudes. Combien de fois, s’étant approchée suffisamment pour les tuer d’un jet de pierre, elle avait retenu son geste pour les observer. Elle commençait à comprendre combien il était absurde de se débarrasser d’animaux qui ne constituaient pas un danger pour le clan, et dont la peau était inutilisable. Mais elle était bien décidée à devenir le meilleur tireur à la fronde du clan, et la seule manière de perfectionner son art était de le pratiquer en chassant, ce dont elle ne se privait pas.

Les conséquences ne se firent pas attendre, au grand désarroi des hommes.

— J’ai découvert encore un glouton, ou du moins ce qu’il en restait, non loin du champ d’entraînement, annonça Crug.

— Et moi, j’ai trouvé des morceaux de fourrure, on aurait dit celle d’un loup, un peu plus bas, de l’autre côté de l’escarpement, ajouta Goov.

— Il s’agit toujours de carnassiers, les bêtes les plus fortes, pas de totems femelles, dit Broud. Grod a dit que nous devions en parler à Mog-ur.

— Des carnassiers, mais des petits, pas les grands félins, qui s’attaquent aux daims et aux chevaux, aux mouflons et aux sangliers. Mais qui peut chasser les petits carnassiers ? Je n’en ai jamais vu autant de tués, remarqua Crug.

— C’est ce que j’aimerais savoir, qui les tue ? Ce n’est pas que je regrette la mort de quelques hyènes et de quelques loups mais si ce n’est pas nous... Est-ce que Grod va parler à Mog-ur ? Pensez-vous que ce soit le fait d’un esprit ? demanda Broud en frémissant légèrement.

— S’agirait-il d’un bon esprit qui nous veut du bien ou d’un esprit mauvais mécontent de nos totems ? s’enquit Goov.

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