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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Elle a retrouvé sa vraie patrie.

Maintenant, elle ne la quittera plus jamais.

— Nialli ?

Le son d’une voix. Totalement inattendu. Une intrusion qui la paralyse, qui la surprend comme un éboulement de rocher dévalant en grondant une pente interminable.

— Tu te sens bien, Nialli ?

— Non… Oui… Oui…

— C’est moi, Kundalimon. Ouvre les yeux. Ouvre les yeux, Nialli.

— Ils sont… ouverts…

— Reviens du Nid, je t’en prie ! C’est fini, Nialli. Regarde ! Regarde, c’est ma fenêtre. Là, c’est la porte et, en bas, il y a la cour.

Elle résista. Pourquoi accepterait-elle de quitter l’endroit où elle se sentait chez elle ?

— Penseur du Nid… Présence de la Reine…

— Oui. Je sais.

Il la serra dans ses bras, la caressa, l’attira contre lui. Elle se sentit apaisée par sa chaleur. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises et sa vision devint plus nette. Elle distinguait les murs de la chambre, la fenêtre si étroite qu’elle ressemblait à une meurtrière, par laquelle entrait la vive lumière automnale. Elle entendait le souffle violent du vent. Elle se soumit à contrecœur à l’implacable réalité : le Nid avait disparu. La lumière du Nid n’était plus, l’odeur du Nid s’était évanouie. Elle ne sentait plus la présence de la Reine. Et pourtant, pourtant, les paroles du penseur du Nid résonnaient encore dans sa tête et le profond réconfort qu’elle en avait retiré imprégnait encore son âme apaisée.

Elle porta soudain sur lui un regard stupéfait.

Kundalimon, se dit-elle. Je viens d’accomplir un couplage avec Kundalimon !

— Tu étais avec moi là-bas ? demanda-t-elle. Tu as éprouvé la même chose que moi ?

— Oui, j’ai tout fait comme toi.

— Nous y retournerons, n’est-ce pas ? Aussi souvent que nous en aurons envie ?

— Oui, en vision. Et, un jour, nous le verrons tel qu’il est réellement. Quand le moment sera venu, nous partirons ensemble dans le Nid. En attendant, nous avons les visions.

— Oui, dit-elle en tremblant légèrement. Je savais que pour le voir ensemble, il nous faudrait passer par le couplage. C’est ce que nous avons fait. Et nous l’avons bien fait.

— Nous sommes partenaires de couplage maintenant.

— Comment connais-tu ce terme ?

— C’est toi qui me l’as appris. Tout à l’heure, pendant que nous étions unis. J’étais dans ton âme et tu étais dans la mienne. Partenaires de couplage, répéta-t-il en souriant. Partenaires de couplage. Toi et moi.

— Oui, dit-elle en le regardant tendrement. Oui, c’est ce que nous sommes.

— C’est comme l’accouplement, mais beaucoup plus fort. Beaucoup plus profond.

— Oui, dit Nialli Apuilana en hochant la tête, l’accouplement est donné à tout le monde, mais il n’est possible de réussir un véritable couplage qu’avec un petit nombre de gens. Nous avons beaucoup de chance.

— Quand nous serons ensemble dans le Nid, nous aurons beaucoup de couplages ?

— Oh ! Oui ! Oui !

— Je serai bientôt prêt à regagner le Nid, dit-il.

— Oui.

— Et tu viendras avec moi quand je partirai ? Nous irons ensemble, toi et moi ?

— Oui, répondit-elle en hochant vigoureusement la tête. Je te le promets.

Elle tourna les yeux vers la fenêtre. Dehors, tout le monde vaquait à ses différentes occupations. Sa mère, son père, la grosse Boldirinthe, ce cochon de Curabayn Bangkea et son cochon de frère, des milliers d’individus entraînés dans le tourbillon de leur destinée individuelle. Et ils avaient tous des écailles sur les yeux, ils ne voyaient pas la vérité. Si seulement ils savaient, eux tous ! Mais ils n’avaient pas la moindre idée de ce qu’il venait de se passer dans la petite chambre, du lien qui venait de se créer. Ils ignoraient les promesses qui avaient été faites. Et qui seraient tenues.

Le début du séjour de Thu-kimnibol avait été consacré aux divertissements et aux plaisirs : danses, festins, accouplements et démonstrations de lutte au pied et d’attrape-feu avant le dernier échange de cadeaux. Mais le moment était venu de passer aux affaires sérieuses. À ce qui l’avait amené à Yissou.

Salaman prit place sur le grand trône de la Salle des cérémonies. C’était un siège taillé dans un énorme bloc d’obsidienne en forme de larme, d’un noir luisant veiné de rouge feu, qu’il avait mis au jour de longues années auparavant en fouillant au cœur de l’emplacement de la cité d’origine. Tout le monde l’appelait le trône de Harruel et c’était l’un des rares hommages rendus par la cité à son premier monarque. Salaman ne voyait rien à redire à cela ; ce n’était guère qu’un témoignage symbolique de reconnaissance au fondateur bien-aimé. Mais Harruel n’avait jamais posé les yeux, ni aucune autre partie de sa personne sur ce trône auquel on avait donné son nom.

Quand il arrivait encore que quelqu’un pense à Harruel, c’était comme à un grand guerrier, un chef avisé et clairvoyant. Un grand guerrier, sans conteste. Mais un chef avisé ? Salaman était plus que sceptique. Mais rares étaient maintenant ceux qui avaient connu le véritable Harruel : un ivrogne taciturne qui aimait à battre et à forcer les femmes, perpétuellement dévoré par une angoisse atroce.

Et le fils de Harruel revenait dans la cité de Harruel en qualité d’ambassadeur de Dawinno et il se tenait devant le trône de Harruel occupé par le successeur de Harruel. La grande roue tournait et tout recommençait sans cesse. Qu’était-il venu faire ? Jusqu’à présent, il n’en avait pas donné le moindre indice. Tout s’était heureusement bien passé depuis qu’il était là. Au début, Salaman avait trouvé l’arrivée de Thu-kimnibol inquiétante, voire angoissante : un mystère, une menace. Mais c’était également un défi passionnant. Es-tu encore capable de contrôler la situation, Salaman ? Es-tu encore capable de le tenir en échec ?

— Veux-tu prendre un siège, Thu-kimnibol ? demanda aimablement le roi.

— Si Votre Majesté n’y voit pas d’inconvénient, je suis très bien debout.

— Comme tu préfères. Veux-tu un peu de vin ?

— Après, peut-être, quand nous aurons parlé. Il est trop tôt pour que je commence à boire.

Salaman se demanda, et ce n’était pas la première fois, si Thu-kimnibol était une âme simple ou bien s’il était particulièrement habile. Il ne parvenait pas à lire en lui. En décidant de rester debout, Thu-kimnibol avait choisi de dominer tout le monde de sa masse et de sa haute taille. Mais était-ce de propos délibéré ou bien, comme il le prétendait, parce qu’il se sentait mieux debout ? Et en refusant une coupe de vin, il avait imposé à la réunion une tension et une raideur qui pouvaient jouer en sa faveur si la négociation devenait très serrée. Mais peut-être n’aimait-il simplement pas boire. Les fils d’ivrognes préfèrent souvent suivre une voie différente de celle de leur père.

Le roi éprouvait la nécessité de ressaisir l’avantage que Thu-kimnibol venait de prendre si vite et si aisément, que ce fût par inadvertance ou par calcul. Il était déjà assez agaçant d’avoir en face de soi quelqu’un d’une aussi haute et forte stature. Salaman se sentait toujours mal à l’aise en présence d’un colosse, non parce que cela lui faisait regretter sa petite taille, mais parce que devant ce genre d’individu lent et massif, il avait l’impression d’être trop précipité, trop fébrile dans ses mouvements, comme un petit animal apeuré et nerveux. D’autre part, il n’était pas question de laisser Thu-kimnibol mener la discussion à sa guise.

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