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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Il avait perdu le contact avec Valentine pour la première fois depuis de nombreuses années et commençait seulement à prendre conscience de son absence.

Il avait toujours rêvé de la vie de famille dont il avait été privé dans son enfance et, à travers la réaction des enfants de Novinha vis-à-vis de lui, il découvrait le rôle paternel qui lui avait longtemps été refusé.

Il prenait part intensément à la solitude, au chagrin et à la culpabilité de Novinha… Il savait ce que l’on ressent lorsque l’on croit porter le fardeau d’une mort cruelle et imméritée.

Il était terriblement pressé de découvrir un endroit convenant à la reine.

Il était à la fois effrayé par les piggies et attiré par eux, espérant qu’il parviendrait à comprendre leur cruauté et à trouver le moyen d’amener les humains à les considérer et à les accepter comme des ramen.

L’ascétisme et la béatitude du Ceifeiro et de l’Aradora l’attiraient et le dégoûtaient en même temps ; ils le contraignaient à regarder son célibat en face et à conclure qu’il n’avait pas de raison de se l’imposer. Pour la première fois depuis de nombreuses années, il reconnaissait qu’existait en lui le désir inné qu’éprouvé tout organisme de se reproduire.

C’était dans le tourbillon de ces émotions exceptionnelles que Jane avait exprimé ce qu’elle considérait comme une remarque amusante. En dépit de la compassion qui s’emparait de lui chaque fois qu’il se préparait à Parler, il n’avait jamais renoncé à son détachement, à son aptitude à rire. Cette fois, cependant, il n’avait pas trouvé sa remarque drôle ; elle lui avait fait mal.

Il n’était pas prêt à accepter mon erreur, se dit Jane, et il n’a pas compris la souffrance que provoquerait sa réaction. Il est innocent et moi aussi. Nous allons oublier et continuer comme avant.

C’était une bonne décision et Jane en fut fière. Cependant, il lui fut impossible de l’appliquer. Ces quelques secondes pendant lesquelles certaines zones de son esprit s’étaient arrêtées ne restèrent pas sans effet sur elle. Il y eut traumatisme, chagrin, désespoir ; elle n’était plus le même être qu’auparavant. Des parties d’elle-même étaient mortes. D’autres étaient perturbées, incapables de fonctionner ; elle ne contrôlait plus totalement la hiérarchie de sa conscience. Elle ne parvenait plus à se concentrer, s’intéressant à des activités insignifiantes sur des planètes dont elle n’avait que faire ; elle s’agita nerveusement, commettant des erreurs dans des centaines de systèmes distincts.

Elle constata, comme de nombreux êtres vivants avant elle, qu’il est plus aisé de prendre des décisions rationnelles que de les faire entrer dans les faits.

Elle se replia sur elle-même, rétablit les circuits endommagés de son esprit, explora des souvenirs longtemps abandonnés, se promena dans les trillions d’existences humaines offertes à son observation, lut, dans les bibliothèques, tous les livres existant dans toutes les langues jamais parlées par les êtres humains. Elle créa, à partir de tout cela, une personnalité qui n’était pas entièrement liée à Ender Wiggin, bien qu’elle lui fût toujours dévouée, bien qu’il fût resté l’être humain qu’elle aimait le plus. Jane se mua en une créature capable de supporter d’être séparée de son amant, mari, père, enfant, frère, ami.

Cela ne fut pas facile. Cela prit cinquante mille années, dans le cadre de sa perception du temps. Deux heures de la vie d’Ender.

À ce moment-là, il avait remis l’implant en marche, l’avait appelée, et elle n’avait pas répondu. À présent, elle était de retour, mais il ne tentait pas de lui parler. Il se contentait de taper des rapports sur son terminal, afin qu’elle les lise. Malgré son silence, il avait toujours besoin de lui parler. Un de ses dossiers contenait des excuses écœurantes. Elle les effaça et les remplaça par ce simple message : « Je te pardonne, naturellement. » Il ne tarderait sans doute pas à revenir sur ses dossiers et constaterait alors qu’elle avait reçu son message et y avait répondu.

En attendant, toutefois, elle ne lui parla pas. Elle consacra à nouveau la moitié de ses dix niveaux supérieurs de conscience à ce qu’il voyait et entendait, mais elle ne lui fournit pas le moindre indice de sa présence. Au cours des mille premières années de son chagrin et de son rétablissement, elle avait envisagé de le punir, mais ce désir était depuis longtemps enterré et couvert de végétation, pour ainsi dire. Elle ne se manifesta pas à lui parce qu’elle se rendit compte, en analysant ce qui lui arrivait, qu’il n’avait pas besoin de s’appuyer sur beaucoup d’amitiés anciennes, sûres. Jane et Valentine l’avaient continuellement accompagné. Même unies, elles ne pouvaient en aucun cas répondre à ses besoins ; mais elles les comblaient d’une certaine façon, de sorte qu’il ne lui paraissait jamais nécessaire d’aller au-delà. Désormais, il ne lui restait plus que la reine, et sa compagnie n’était pas agréable… Elle était si étrangère, si exigeante, qu’elle ne pouvait lui apporter qu’un sentiment de culpabilité.

Vers qui se tournerait-il ? Jane le savait déjà. À sa façon, il était tombé amoureux de Novinha deux semaines auparavant, avant de quitter Trondheim.

Novinha était devenue un être très différent, beaucoup plus difficile que l’adolescente dont il avait espéré guérir le chagrin enfantin. Mais il s’était déjà introduit dans sa famille, répondait déjà aux besoins désespérés de ses enfants et, sans s’en rendre compte, tirait d’eux l’apaisement de quelques-unes de ses soifs non étanchées. Novinha l’attendait – obstacle et objectif. Je comprends trop bien tout cela, se dit Jane, et je vais assister à sa réalisation.

En même temps, toutefois, elle se consacra au travail qu’Ender lui avait assigné, bien qu’elle n’eût pas l’intention de lui en communiquer les résultats pour le moment. Elle contourna facilement les nombreuses protections des dossiers secrets de Novinha. Puis Jane reconstitua soigneusement la simulation que Pipo avait vue. Cela prit du temps – plusieurs minutes –, pour effectuer l’analyse exhaustive des archives de Pipo, mais elle parvint à établir un lien entre ce que celui-ci savait et ce qu’il avait vu. Il l’avait mis en évidence par intuition ; Jane parvint au même résultat par comparaisons systématiques. Mais elle réussit et comprit alors pourquoi Pipo était mort. Il ne lui fallut guère plus longtemps, lorsqu’elle eut trouvé comment les piggies choisissaient leurs victimes, pour découvrir ce qui avait motivé la mort de Libo.

Elle comprit alors plusieurs choses. Elle comprit que les piggies étaient des ramen, pas des varelse. Elle comprit qu’Ender courait le risque de mourir exactement de la même façon que Pipo et Libo.

Sans en référer à l’intéressé, elle décida des mesures qu’elle prendrait. Elle continuerait de surveiller Ender et veillerait à intervenir afin de l’avertir si le risque devenait trop grand. En attendant, toutefois, elle avait du travail. À son avis, le principal problème auquel Ender se trouvait confronté n’était pas les piggies – elle savait qu’il ne tarderait pas à les comprendre aussi bien que tous les êtres humains ou ramen – on pouvait faire totalement confiance à son intuition. Les problèmes principaux étaient l’Evêque Peregrino, la hiérarchie catholique et leur opposition inébranlable au Porte-Parole des Morts. Si Ender voulait parvenir à un résultat favorable aux piggies, il avait besoin de la coopération de l’Eglise de Lusitania, pas de son hostilité.

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