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Les salauds ont la vie dure

Электронная книга - «Les salauds ont la vie dure». Краткое содержание книги:

Le grand roman noir et rouge de la France de l'Occupation, celui aussi de la révolte aveugle, de la rébellion et de l'horreur. Un voyou parisien, devenu résistant malgré lui à la suite d'un crime passionnel, mène sa guerre personnelle face à l'autorité, aux polices française et allemande, à la milice et aux troupes nazies.
Feuilletons, romans d'aventure, BD endiablées, sérials comico-héroïques, chroniques tragiques d'une époque, petite histoire des Français, Les salauds ont la vie dure et sa suite, Le Festival des macchabées, sont tout cela et plus encore.
La multiplicité des talents littéraires d'André Héléna, son imagination, son sens de l'action, la pluralité de son écriture, l'acuité du regard font de cette saga unique une épopée hors du commun, dont la pertinence historique n'a rien à envier à celles des chroniques les plus averties. L'histoire vue par l'autre bout de la lorgnette, et un chef-d'œuvre d'un genre littéraire n'appartenant qu'à son auteur.
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Une rafale de vent secoua la porte et s’éloigna en sifflant. Je frissonnai.

— Quel sale temps ! dis-je.

— M’en parle pas ! répondit Francis. Ça fait huit jours que ça dure. Et ici, quand ça commence, on ne peut pas savoir quand ça finira. Mais dis donc, je pense à un truc. Où est-ce que tu perches ?

— Je ne te dirai pas ça, dis-je, parce que je ne le sais pas. Je suis capable d’y aller les yeux fermés, mais question de donner une adresse, c’est presque impossible. Ce que je sais c’est que c’est sur un boulevard, du côté du Nouveau Théâtre.

— Et tu vas rentrer chez toi comme ça ? Mais mon pauvre vieux, tu vas te faire ramasser illico ! Rends-toi compte que le chef de la Milice descendu, ce n’est pas rien. Ils doivent être en plein boum, les officiels. Ça doit patrouiller à tour de bras dans les rues de la ville et ils ne doivent pas être tendres, je te prie de le croire. Surtout qu’il est plus de onze heures. Onze heures huit très exactement, alors pour être chez toi avant le couvre-feu, ce n’est pas la peine d’y compter. Il vaudrait mieux que tu restes ici.

— Ce n’est pas prudent, répondis-je. S’ils viennent me prendre, tu seras compromis. Ce n’est pas la peine, pour un seul bonhomme, de faire épingler le peu qui reste du réseau.

— Naturellement, si ça devait se produire, ce qui paraît bien extraordinaire, on n’irait pas leur raconter l’histoire dans le détail. C’est un hôtel ici, non ? J’ai bien le droit d’avoir des clients. Je ne suis pas obligé de les connaître.

— Ils ne sont pas si fous que ça. Ils feraient une enquête.

— Ah ! parle pas de malheur. Faut pas être pessimiste à ce point. Si on en parle, on va les faire venir. Je te dis de rester là. Comment veux-tu qu’ils apprennent que tu t’es planqué ici ? Ils ne savent même pas qui c’est qui l’a refroidi, le Pourguès. Ils doivent être en plein cirage, je les vois d’ici. C’est le crime parfait. Tu ne connaissais pas la victime et elle ne te connaissait pas. Tu n’es pas de la ville. Comment veux-tu qu’ils s’y retrouvent ? Il n’y a même pas de mobile. Ou du moins il est si relatif que n’importe quel inconnu peut avoir fait le coup.

— De toute façon, répondis-je, tu as raison, faut que je dorme quelque part. Et ce serait imprudent, à cette heure-ci, d’aller faire du footing. Je vais pieuter ici.

On but le dernier verre et Francis me montra ma chambre, au premier étage. Vingt minutes plus tard, je dormais à poings fermés.

Le vent, quand il est trop violent, dissout sans doute les fantômes, car Hermine, cette nuit-là, ne s’approcha pas de mon chevet. Ni personne. Je sombrai dans un sommeil de brute, bercé par la symphonie hurlante du vent, qui sifflait dans les fils téléphoniques et faisait grincer les volets.

*

On a toujours tort d’être confiant. La confiance, c’est un truc qui devrait s’extirper de la poitrine avec les ongles, on ne soupçonne pas le nombre de gens que ça a fait perdre. J’avais dormi avec la porte ouverte. Je veux dire qu’elle n’était pas fermée à clef, naturellement.

Je me réveillai en sursaut et bondis. La lourde venait de claquer contre le mur et deux types étaient entrés. Maintenant, ils se tenaient debout au pied de mon lit. Moi j’étais assis, encore à moitié endormi et je ne réalisais pas très bien ce qui m’arrivait.

Naturellement, j’avais eu un geste vers mon traversin, sous lequel j’avais posé mon Colt, mais le plus âgé des deux inconnus avait brusquement tiré son feu et me braquait.

— Bouge pas, dit-il. On sait s’en servir aussi. Question de tir, on n’est peut-être pas des champions, mais pour la vivacité on ne craint personne.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? demandai-je. En voilà des manières d’entrer chez les gens !

— Oh ! dit le plus jeune, on savait qu’on pouvait y aller. Pour qui te prends-tu ? Pour un attaché d’ambassade ?

— Je ne vois pas très bien, dis-je, ce que ça veut dire, cette intrusion. Qui êtes-vous d’abord ?

Je m’en doutais bien un peu de ce qu’ils étaient. Des flics, parbleu. Il n’y a qu’eux pour entrer chez le monde avec ce sans-gêne. Eh bien, je me gourais !

— Milice, répondit brièvement le gars en montrant son revers où resplendissait en effet l’insigne de cette association de crapules.

— Tout cela est bel et bon, ripostai-je, mais ça ne me dit pas ce que vous me voulez.

— Tu sais bien de quoi il s’agit, ne fais pas l’innocent.

S’ils s’imaginaient que j’allais sauter du lit, enfiler mon froc et leur raconter toute l’histoire ! Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Il me fallait à tout prix gagner du temps. Il se passe tellement de choses, parfois, en quelques secondes ! Des choses qui retournent la situation comme une crêpe.

— C’est toi qui as démoli le Chef.

— Quel chef ?

— Le Chef de la Milice, tiens !

— Parce qu’on vous l’a démoli ? Et quand est-ce que ça s’est passé, ça ?

— Hier soir, vers onze heures. Ne fais pas l’idiot.

— Hier soir, vers onze heures j’étais déjà au pieu.

— Tu as le sommeil long, alors, ricana l’un d’eux.

— J’étais crevé. Moi, votre vent de malheur, ça me met sur le flanc.

— Oh ! la course à pied doit te fatiguer bien davantage.

Il voulait faire de l’esprit, cette pauvre tronche. Il était mal tombé.

— D’ailleurs, répondis-je, y a quelqu’un qui pourra vous le dire, c’est le patron.

— Précisément, un de nos copains est en train de le baratiner, en bas.

Que ce soit Francis qui m’ait balancé, ça ne m’étonnerait pas outre mesure, dans ce genre d’histoires je commençais à en avoir vu de toutes les couleurs et un mouton de plus ou de moins ce n’était pas, pour moi, un cas extraordinaire. Pourtant, quelque chose me gênait. Il avait l’air d’être vraiment des nôtres, ce mec-là.

Mais baste ! Les miliciens allaient me dire qui les avait rencardés. Il ne me faudrait pas beaucoup d’efforts pour les faire parler. C’étaient des jeunots et je ne sais pas s’ils étaient forts pour la bagarre, mais ce n’était pas l’intelligence qui les étouffait. Ils avaient plutôt des allures de catcheurs que d’intellectuels.

— Vous n’allez pas me faire croire que c’est lui qui vous a raconté que c’était moi qui avais descendu votre chef, sans blague ? m’écriai-je. Je ne le connais pas, ce mec-là. C’est la première fois que je couche chez lui.

— Non, avoua l’un d’eux, ce n’est pas lui. C’est une bonne femme qui, de sa fenêtre, où elle s’était mise en entendant des coups de feu, t’a vu entrer dans le café. Il paraît même que le patron t’attendait devant la porte.

Ah ! la salope ! Qu’est-ce qu’elle avait eu besoin, cette tordue, de respirer l’air du soir et d’aller, le lendemain, raconter ça à la Milice ?

— Vous voulez rire ? dis-je. C’est du chiqué !

Mais je n’étais pas rassuré du tout. Francis était dans le même bouillon que moi, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute. Pourvu qu’il tienne le coup et qu’il n’aille pas cracher le morceau ! Notre seule chance, à lui et à moi, résidait dans notre discrétion. Et encore, elle était mince.

J’avais entendu parler des procédés employés par ces mecs-là, il paraît que les passages à tabac de la Tour Pointue c’est du gâteau, c’est du nanan à côté de leurs méthodes. Je me demandais moi-même si je tiendrais le coup sous la torture. Il y a des types qui sont gonflés, courageux et tout, et qui ne peuvent pas résister à certaines caresses brutales. Alors, déjà que je doutais de moi, comment aurais-je pu avoir confiance en Francis ?

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