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Les salauds ont la vie dure

Электронная книга - «Les salauds ont la vie dure». Краткое содержание книги:

Le grand roman noir et rouge de la France de l'Occupation, celui aussi de la révolte aveugle, de la rébellion et de l'horreur. Un voyou parisien, devenu résistant malgré lui à la suite d'un crime passionnel, mène sa guerre personnelle face à l'autorité, aux polices française et allemande, à la milice et aux troupes nazies.
Feuilletons, romans d'aventure, BD endiablées, sérials comico-héroïques, chroniques tragiques d'une époque, petite histoire des Français, Les salauds ont la vie dure et sa suite, Le Festival des macchabées, sont tout cela et plus encore.
La multiplicité des talents littéraires d'André Héléna, son imagination, son sens de l'action, la pluralité de son écriture, l'acuité du regard font de cette saga unique une épopée hors du commun, dont la pertinence historique n'a rien à envier à celles des chroniques les plus averties. L'histoire vue par l'autre bout de la lorgnette, et un chef-d'œuvre d'un genre littéraire n'appartenant qu'à son auteur.
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Celui qui avait essayé d’embrasser la gosse se frottait l’œil et essayait de comprendre sans y parvenir. Mais c’était surtout celui qui était au sol qui me gênait. Il rampait vers son pétard, l’arsouille. Il me fallut trois balles pour le clouer au sol.

Ce que voyant, le jeune voyou leva les mains vers le plafond, le plus haut qu’il put, comme s’il avait craint que le ciel lui tombât sur la tête. Il tremblait comme un voleur qu’il était, cette petite salope.

Consuelo s’était mise à mon côté, et, à chaque pas que nous faisions vers lui, le mec reculait vers le mur. C’est vrai que je ne devais pas avoir la bille d’un mec qui va à la noce et moi, quand je suis en colère, mon visage devient tout de suite brutal. J’ai intérêt, si je veux rester en beauté, à arborer le sourire.

Chapitre 4

Comme, décidément, il ne pouvait pas aller plus loin, il s’arrêta contre le mur, les mains toujours en l’air et vert à ne pas croire. Il manquait vraiment de dignité. La vie, c’est un jeu, on gagne ou on perd, mais ce type-là, il manquait un peu trop de sens humain. Faut être fair-play. C’est une marque d’élégance.

— Tu vois, dis-je, comme on se trompe facilement. Vous êtes entrés ici en casseurs. Il était question de tout mettre en l’air. Vous alliez nous emballer, Francis et moi, et c’est probable que personne n’aurait plus jamais entendu parler de nous. Seulement, il y a une chose avec laquelle vous n’avez pas compté. C’est la chance. Moi, je suis cocu, mon petit vieux. Et cocu à un point que tu ne peux pas soupçonner. Alors, pour ce qui est de me doubler, vous repasserez, toi et tes copains.

Bien sûr, j’avais le triomphe facile.

— Qu’est-ce que vous allez faire ? gémit-il. Vous n’allez pas me tuer, tout de même ?

— Tiens ! dis-je, tu me dis vous, maintenant ? C’est marrant, ça. Il y a seulement cinq minutes, tu me tutoyais. C’est fou ce que ça change rapidement les situations. On se croirait au théâtre.

— Ne tirez pas ! hurla-t-il, voyant que je levais mon pétard.

Il commençait à m’écœurer sérieusement, ce type. Il était plus lâche qu’il n’est permis de l’être.

— Tu n’as rien d’un homme, répliquai-je. Tu es un sale petit morveux, suant de frousse et prêt à lécher le parquet ou les bottes des autres pour sauver ta pauvre petite paillasse. Si je veux, je te fais traverser Perpignan à quatre pattes, le derrière en l’air.

— Je suis jeune, ne me tuez pas ! je démissionnerai.

— Et les autres, répliquai-je aussi sec, ils n’étaient pas jeunes ? Tant que tu avais la loi, tu n’y pensais pas, non ?

— Mais je ne vous ai rien fait !

— Ce n’est pas ta faute. Si les événements n’avaient pas tourné, on était bons, Francis et moi. Et la gosse par-dessus le marché. Je te l’ai dit, c’est vu ça. C’est comme au baccara. On ne peut pas retourner neuf à chaque coup, ce serait trop beau. Tu vas crever, mon petit gars, t’entends ? crever comme une sale petite bête pourrie que tu es.

— Vous n’oserez pas, dit-il. En face, c’est l’ancien hôpital militaire, c’est-à-dire la caserne de la Milice. Tous mes copains sont là. Si vous tirez, ça fera un tel bruit qu’ils arriveront.

— Ne me raconte pas de boniments, répondis-je. Ce que tu peux me dire et rien, c’est du kif. Regarde tes copains. Ils sont déjà allés voir ce qui se passait derrière la porte de Satan. Et personne n’est venu. Tout est fermé ici, mon vieux, du dehors on n’entend rien. D’ailleurs, même si ça faisait du boucan, le vent disperserait les bruits et tes amis, qui ne savent d’ailleurs pas que vous êtes là, ne se douteraient de rien.

Il reprenait, malgré tout, du poil de la bête. C’était peut-être le regard de Consuelo qui le dopait. C’était un garçon très jeune et ça l’embêtait quand même de passer pour un lâche devant les beaux yeux de l’Espagnole.

— Finissons-en, fit-il sèchement, j’en ai assez, moi, de vos justifications et de vos insultes.

Ce qui me perdra, moi, c’est ma sentimentalité. Sur un coup brutal, je suis toujours capable de liquider n’importe qui. C’est pas dur, je lessiverais le chef de l’État français ou n’importe lequel de ses acolytes sans l’ombre d’un remords. Je crois, d’ailleurs, que je l’ai prouvé déjà à plusieurs reprises et non des moindres. Mais de sang-froid, ça me gêne. Je lis une telle détresse dans certains regards que je ne peux vraiment pas.

Pourtant, allons au fond des choses. Ce gars-là, lui, il avait certainement vu déjà la même lueur de désespoir et de regret dans d’autres yeux. Il avait déjà été à ma place, en somme. Avait-il hésité ? Je ne sais pas. En tout cas, son hésitation n’avait pas pesé lourd dans la balance. Il avait rempli sa mission, ce qu’on lui avait donné comme mission.

Si encore il y avait eu un idéal à la base ! Mais sortis du casse et de l’assassinat, ces types-là n’avaient pas d’autres justifications.

— J’ai rencontré un type, une fois, qui m’a dit qu’on n’avait pas le droit de ne pas laisser à un homme le temps de se repentir. Aussi je veux t’accorder cette chance pour l’au-delà. Fais ta prière, je compte jusqu’à vingt.

Consuelo avait pris mon bras. Je la sentais trembler.

Le milicien, lui, il en était déjà au stade de l’agonie. Il râlait. Il essayait vainement de refouler ses larmes et ses sanglots.

Le plus calme, c’était encore Francis. Ou alors, c’était une attitude. Il allumait tranquillement une cigarette, sans un mot, sans un frémissement.

J’avais levé à nouveau mon revolver. Je visais le milicien entre les deux yeux, histoire d’en finir au plus vite. L’autre, le gros type, je l’avais mal mouché et c’est à peine s’il venait de cesser de gigoter. Je ne tenais pas à recommencer avec celui-là, c’était trop moche. Il y avait de quoi vous couper l’appétit pour le petit-déjeuner.

Je comptai donc jusqu’à vingt, en prolongeant les espaces. Faut croire que je n’ai pas le tempérament d’un vrai tueur. Je suis encore trop sentimental. Mais au vingtième top mon doigt se crispa sur la gâchette et le coup partit.

Le milicien s’était retourné brusquement. Ce qui fait que je ne voyais plus ses yeux. C’est dans la nuque que je l’atteignis. Il glissa le long du mur et resta par terre, un cadavre de plus.

Sur le moment, je fus saisi de nausées. Mais ça se passa très vite. Je me demandai pourquoi ces questions physiques intervenaient lorsque je m’aperçus que c’était la fade odeur du sang qui me troublait.

Consuelo avait crispé ses doigts sur mon bras et si fort que ses ongles entraient dans ma chair nue. Je me tournai vers Francis. Il s’était adossé au montant du lit et me regardait avec tranquillité, laissant filtrer son regard marron entre ses paupières mi-closes.

— Qu’est-ce qu’on en fait ? dit-il enfin, comme s’il s’était agi de se débarrasser de colis encombrants. Les salauds ! grommela-t-il ils l’ont arrangé, mon tapis, avec leur sang de cochons. Ça va être un boulot du diable pour nettoyer tout ça.

Consuelo me regardait, mais je ne savais que lire dans ses yeux. Je ne pouvais pas distinguer la peur de l’admiration ou de l’amour. Peut-être qu’elle éprouvait à la fois ces trois sentiments.

La question aussi se posait, pour elle. Elle avait assisté, par hasard, à l’exécution de trois types. Elle n’était pas dans la course et rien ne prouvait qu’elle n’irait pas trouver les flics, en sortant d’ici, et leur raconter le drame.

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