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Un lieu incertain

Электронная книга - «Un lieu incertain». Краткое содержание книги:

Le commissaire Adamsberg pensait que ces trois jours à Londres se résumeraient à ce colloque de flics auquel on l'avait convié. Il se trompait. Dix-huit chaussures sont retrouvées soigneusement alignées en face des portes du cimetière de Highgate. À l’intérieur, dix-huit pieds coupés. Une question demeure : à qui appartiennent-ils ? De retour en France, un terrible massacre ébranle la banlieue parisienne et fait travailler les méninges d’Adamsberg. Il ne se doutait pas que ces deux affaires l’emmèneraient si loin…
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— Demain tu seras crevé, connard. Si ça peut te faire plaisir, je suis retourné chez toi. J’ai tué la petite chatte d’un seul coup de botte. Elle a giclé partout. Ça m’énervait que tu m’aies forcé à la sauver. Comme ça tu me dois rien. J’ai aussi pris ton foutu ADN dans ta baraque. Comme ça je ferai la preuve. Et tout le monde saura qu’Adamsberg avait largué son gosse et quel gosse c’était devenu. À cause de toi. Toi. Toi. Et tu seras honni par-delà les générations.

Les pères ont mangé les raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées. Adamsberg respirait mal, Zerk avait serré très fort le scotch sur sa poitrine. Demain tu seras crevé, connard. Membres immobiles et respiration réduite, manque d’oxygénation du sang, ça n’allait pas traîner. Pourquoi fallait-il que l’image du chaton explosé sous la botte de Zerk lui fasse du mal ? Alors qu’il allait crever dans quelques heures ? Pourquoi fallait-il qu’il pense aux kobasice, sans savoir en quoi cela pouvait consister ? Kobasice qui l’amenaient à Danica, qui l’amenait à Vlad et ses poils de chat, qui l’amenait à Danglard, Danglard à Tom et à Camille, insouciants en Normandie, qui l’amenaient à Weill, à cette Emma Carnot, avec qui il n’avait jamais couché. Et Gisèle ? Jamais non plus. Pourquoi, en ce moment même, sa tête ne pouvait-elle rester en place, se concentrer sur une seule et tragique pensée ?

— Je reconnais qu’un seul truc, reprit la voix comme à regret. T’as été fort. T’as pigé. Je prends ta tête et je te laisse ton corps. Je te laisse là, connard, comme toi tu m’as laissé.

Zerk tira sur le fil, l’émetteur glissa sous la porte, ce fut le dernier son qu’Adamsberg entendit. Sauf le souffle de son acouphène agonisant qui bruissait dans son oreille, presque disparu réalisa-t-il à cet instant. À moins qu’il ne s’agisse du soupir de la femme vermeille qui dormait sur la couchette du bas, à côté de lui à droite. Adamsberg se prit à souhaiter que la vampir Vesna sorte de son cercueil et vienne lui sucer le sang, lui donnant la vie éternelle. Ou simplement de la compagnie. Mais rien à faire. Même dans ce tombeau, il ne croyait à rien. Sans qu’il puisse le contrôler, son corps trembla pendant quelques secondes. Quelques secousses convulsives, le début du déraillage organique sûrement. Sa pensée affolée fila vers l’homme aux doigts d’or puis vers son fusible F3. Le soin du Dr Josselin le ferait-il résister plus longtemps que d’autres ? Avec son fusible et son pariétal réparés ? Un nouveau frisson le glaça sous son bandage de scotch. Non. Aucune chance.

À quoi faut-il penser quand on va mourir ?

Des vers lui traversèrent l’esprit, lui qui n’en avait jamais retenu un seul. C’était comme ce mot kobasice dont il se souvenait. S’il avait vécu jusqu’au lendemain, il se serait peut-être éveillé en sachant l’anglais. En se souvenant normalement des choses, comme les autres.

Dans la nuit du tombeau, Toi qui m’as…

C’était un des vers que Danglard marmonnait souvent, entre mille autres. Mais il ne se rappelait pas la fin.

Dans la nuit du tombeau, Toi qui m’as…

Déjà il ne sentait plus le bas de ses jambes. Il mourrait là comme un vampir, la bouche scellée et les pieds noués. Ainsi ne peuvent-ils plus jamais ressortir. Mais Peter Plogojowitz l’avait fait, lui. Il était reparti comme la flamme à partir d’une bricole de ses propres décombres. Il s’était emparé de Higegatte, de la femme de ce Dante, et des jeunes lycéennes. Il avait continué à asservir la famille vampirisée de ce soldat serbe. Famille vengeresse dont descendait ce cinglé de Zerk à coup certain, mais il ne pourrait plus adresser des texti à Danglard pour le savoir. Salopard de Weill qui lui avait fait ôter son GPS. Pourquoi ?

Dans la nuit du tombeau, Toi qui m’as consolé[4].

Il avait retrouvé la suite du vers. Il respirait par petites bouffées, plus difficiles que tout à l’heure. Asphyxie plus rapide encore qu’il ne l’avait pensé, Zerk savait y faire.

Tout à l’heure quand ? Cela devait faire une heure que Zerk avait quitté le cimetière. Il n’entendait pas la cloche de l’église pour le guider. Trop loin du village. Ni ne pouvait voir ses montres, pas même capables de lui donner l’heure des pissées de Lucio.

Dans la nuit du tombeau, Toi qui m’as consolé.

Il y avait une suite dans ce poème, quelque chose comme les soupirs de la sainte et les cris de la fée. Oui, comme Vesna.

Une respiration, une autre. La sienne.

Arnold Paole. Il avait retrouvé le nom du soldat vaincu par Peter Plogojowitz. Et cela, il ne l’oublierait jamais.

XXXVI

Danica entra sans frapper dans la chambre de Vladislav, alluma sa lampe de chevet, secoua le jeune homme.

— Il n’est pas rentré. Il est trois heures du matin.

Vlad leva la tête, la laissa retomber sur son oreiller.

— C’est un flic, Danica, bougonna-t-il, sans prendre le temps de réfléchir. Il n’agit pas comme tout le monde.

— C’est un flic ? répéta Danica, choquée. Tu as dit que c’était un ami qui avait eu un choc mental.

— Un choc psychoémotionnel. Désolé, Danica, ça m’a échappé. Mais c’est un flic. Qui a eu un choc psychoémotionnel.

Danica croisa ses bras sur sa poitrine, troublée, offensée, revisitant sa nuit précédente dans les bras d’un policier.

— Qu’est-ce qu’il trafique ici ? Il soupçonne quelqu’un de Kiseljevo ?

— Il cherche la trace d’un Français.

— Qui ?

— Pierre Vaudel.

— Pourquoi ?

— Quelqu’un l’a peut-être connu ici, il y a longtemps. Laisse-moi dormir, Danica.

— Pier Vaudel ? Ça ne me dit rien, dit Danica en se rongeant l’ongle du pouce. Mais je ne me rappelle pas les noms des touristes. Il faudrait regarder dans le registre. C’était quand ? Avant la guerre ?

— Bien avant je crois. Danica, il est trois heures du matin. Qu’est-ce que tu fais dans ma chambre au juste ?

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4

Gérard de Nerval, El Desdichado.

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