Un lieu incertain
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #6
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions 84
- ISBN: 978-2290023501
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Un lieu incertain». Краткое содержание книги:
XXXIX
Veyrenc accorda deux heures de sommeil au commissaire puis entra dans sa chambre, écarta les rideaux, approcha deux chaises de la cheminée où Danica avait fait un grand feu. La chaleur de la pièce était étouffante, propre à faire suer un mort, ce qui était l’objectif de Danica.
— Comment va ton sabot de cheval ? Deviendras-tu centaure ou vas-tu rester homme ?
Adamsberg agita son pied, testa le mouvement des doigts.
— Homme, dit-il.
— Tu voulais perdre cette habitude.
— C’est toujours comme ça. Danglard a décidé d’arrêter le blanc.
— Impossible.
— Il passe au rouge.
Il y eut un silence. Veyrenc savait que la légèreté de ton n’allait pas durer et Adamsberg le pressentait. C’était une simple poignée de main avant une difficile ascension.
— Pose les questions, dit Veyrenc. Et si je ne veux plus de tes questions, je te le dirai.
— Bien. Pourquoi es-tu descendu de la montagne ? Pour rempiler ?
— Ne pose qu’une question à la fois.
— Pour rempiler ?
— Non.
— Pourquoi es-tu descendu de la montagne ?
— Parce que j’ai lu le journal. L’article sur le massacre de Garches.
— Tu t’intéressais à l’enquête ?
— Oui. C’est pourquoi j’ai suivi ton travail.
— Pourquoi n’es-tu pas venu à la Brigade ?
— J’avais plus l’intention de te surveiller que de te saluer.
— Tu as toujours fait tes coups en douce, Veyrenc. Que surveillais-tu ?
— Ton enquête, tes actes, tes rencontres, le chemin que tu prenais.
— Pourquoi ?
Veyrenc fit un geste aérien des doigts, qui signifiait de passer à la question suivante.
— Tu m’as suivi réellement ?
— J’étais ici depuis la veille au soir quand tu es arrivé à Belgrade avec le jeune homme couvert de cheveux.
— Vladislav, le traducteur. Ce ne sont pas des cheveux, ce sont des poils. Il tient ça de sa mère.
— Il l’a dit en effet. Une de mes amies, dans le train, était chargée de vous écouter.
— Élégante, riche, joli corps, mauvais visage. C’est ce qu’a dit Vlad.
— Pas riche du tout. Elle jouait un rôle.
— Alors dis-lui de mieux travailler, je l’ai repérée depuis Paris. À Belgrade, comment savais-tu où j’allais ? Elle n’était pas dans le car.
— J’avais appelé un collègue du service des Missions, qui me signalait tes déplacements. Une heure après que tu as réservé, je connaissais ta destination finale, Kiseljevo.
— On ne peut pas faire confiance aux flics.
— Non, tu sais bien que non.
Adamsberg croisa les bras, baissa la tête. La chemise blanche que lui avait prêtée Danica était brodée au col et aux manches et il examinait le brillant entrelacs des fils rouges et jaunes sur ses poignets. Peut-être comme sur les chaussures de l’oncle Slavko.
— Ce n’est pas plutôt Mordent qui t’a donné ces informations ? Et qui t’a demandé de me suivre ?
— Mordent ? Pourquoi Mordent ?
— Tu ne sais pas ? Il est chez lui avec une dépression.
— Quel rapport ?
— Rapport avec sa fille qui passe en jugement. Rapport avec le monde de là-haut qui n’a pas l’intention qu’on arrête le tueur. Qui a jeté ses filets sur la Brigade. Ils ont eu Mordent, tout homme a un prix.
— À combien m’évalues-tu ?
— Très cher.
— Merci.
— Tandis que Mordent fait son boulot de traître comme un cancre.
— Pas la vocation sans doute.
— Mais cela finit par aboutir. À une brave petite douille placée sous un frigidaire, à de braves pelures de crayon posées sur un tapis.
— Je ne sais pas de quoi tu parles. Je ne connais pas le dossier. C’est pour cela que tu as laissé partir le suspect ? On t’y a obligé ?
— Tu parles d’Émile ?
— Non, l’autre.
— Je n’ai pas laissé filer Zerk, dit Adamsberg fermement.
— Qui est Zerk ?
— L’Écraseur, le Zerquetscher. Le tueur de Vaudel et de Plögener.
— Qui est Plögener ?
— Un Autrichien qui a subi le même traitement cinq mois plus tôt. Tu ne sais vraiment rien, finalement. Mais c’est toi qui ouvres le caveau de Kisilova.
Veyrenc sourit.
— Tu ne me feras jamais véritablement confiance, n’est-ce pas ?
— Si je te comprends, j’y arriverai.
— J’ai pris l’avion pour Belgrade, je t’ai précédé en taxi à Kiseljevo.
— Tu aurais été repéré dans le village.
— J’ai dormi dans la cabane de la clairière. Je t’ai vu passer, le premier jour.
— Quand j’ai trouvé Peter Plogojowitz.
— Qui est-ce ?
Et l’ignorance de Veyrenc semblait véritable.
— Veyrenc, dit Adamsberg en se levant, si tu ne connais pas Peter Plogojowitz, tu n’as vraiment rien à faire ici. À moins d’avoir pensé — et dis-moi pourquoi — que j’étais en danger.
— Je ne suis pas venu dans l’idée de te sortir de ce caveau. Je ne suis pas venu dans l’idée de t’aider. Au contraire.
— Voilà, dit Adamsberg. Quand tu parles ainsi, je te comprends mieux.
— Mais je ne t’aurais pas laissé mourir dans le tombeau. Tu le crois ?
— Oui.
— Je pensais que le danger, c’était toi. Je t’ai suivi quand tu es parti vers le moulin, j’ai vu la voiture de location sur la route, immatriculée à Belgrade. La tienne, ai-je pensé. Je ne savais pas où tu comptais aller, je me suis plié dans le coffre. Ça a tourné autrement. J’ai débarqué avec toi dans ce sacré cimetière. Le gars avait une arme et moi rien. J’ai attendu, surveillé. Je te l’ai dit, il revenait sans cesse vérifier son boulot. Je n’ai pu intervenir que tard ce matin. Presque trop tard. Deux heures de plus et tu devenais centaure.
Adamsberg se rassit, examina à nouveau ses broderies. Ne pas regarder le sourire de Veyrenc, ne pas se laisser enrouler par ce type comme dans des bandes de scotch.
— Tu as vu Zerk, donc.
— Oui et non. Je suis sorti du coffre un bout de temps après vous, je me suis planqué assez loin. Je discernais vos silhouettes, sans plus. Son blouson de cuir, ses bottes.
— Oui, dit Adamsberg en crispant les lèvres. Zerk.