Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Frodo l’examina avec attention, mais aussi avec méfiance (comme quelqu’un qui aurait prêté un colifichet à un illusionniste). C’était le même Anneau, ou un de même aspect et de même poids ; car cet Anneau, tenu dans le creux de la main, lui avait toujours paru étrangement lourd. Mais quelque chose incita Frodo à s’en assurer. Il était sans doute un rien agacé de voir que Tom faisait si peu de cas de ce que Gandalf lui-même considérait comme un péril des plus graves. Il attendit le moment opportun, lorsque la discussion eut repris et que Tom se fut lancé dans une histoire absurde concernant les blaireaux et leurs étranges usages ; puis il passa l’Anneau à son doigt.
Merry se tourna vers Frodo pour lui dire quelque chose ; il sursauta et retint un cri de surprise. Frodo fut ravi (d’une certaine manière) : c’était bien son anneau à lui, car Merry regardait son fauteuil d’un air ébahi et n’y voyait manifestement personne. Il se leva et, s’éloignant du feu à pas furtifs, se dirigea vers la porte d’entrée.
« Hé, là ! cria Tom, jetant un regard des plus clairvoyants en sa direction. Hé, Frodo ! Où t’en vas-tu ? Le vieux Tom Bombadil n’est pas encore aveugle à ce point. Retire ton anneau d’or ! Ta main est plus belle sans lui. Reviens ! Laisse ton petit jeu et assieds-toi près de moi ! Il nous faut encore discuter, et songer à demain. Tom doit guider vos pas, et enseigner le bon chemin. »
Frodo rit (s’efforçant d’être gai), puis, retirant l’Anneau, il revint s’asseoir. Tom leur dit à présent qu’il croyait que le Soleil brillerait demain, que la matinée serait joyeuse et le départ prometteur. Mais ils feraient bien de partir de bonne heure ; car s’il était dans ce pays une chose dont Tom lui-même ne pouvait longtemps être sûr, c’était le temps, qui parfois changeait plus vite que lui-même pouvait changer de veste. « Je ne suis pas maître du temps qu’il fait, dit-il, non plus que rien qui va sur deux pattes. »
Sur son conseil, ils décidèrent de partir presque plein nord depuis sa maison, suivant les pentes basses à l’ouest des Coteaux : de cette façon, ils pouvaient espérer atteindre la Route de l’Est en une journée, et éviter les Tertres. Il leur dit de ne pas avoir peur – mais de se mêler de leurs affaires.
« Restez sur l’herbe verte. N’allez pas vous mêler aux vieilles pierres et aux Esprits froids, ou mettre le nez dans leurs demeures, à moins d’être des gens solides et au cœur intrépide ! » Il le leur répéta plus d’une fois, et leur conseilla de toujours passer les tertres funéraires du côté ouest, si d’aventure ils venaient à en croiser. Puis il leur montra une comptine à chanter, si par malchance ils rencontraient quelque danger ou difficulté le lendemain.
Holà ! Tom Bombadil ! Ho ! Tom Bombadilo !
Par les eaux ou les bois, le saule ou le roseau,
De jour comme de nuit, prête-nous assistance !
Accours, Tom Bombadil : le besoin nous devance !
Quand ils l’eurent chantée au long après lui, il leur donna à chacun une tape sur l’épaule avec un rire, et, saisissant des bougies, les raccompagna à leur chambre.
8Brouillard sur les Coteaux des Tertres
Cette nuit-là, ils n’entendirent aucun bruit. Mais dans ses rêves ou en réalité, il n’aurait su le dire, Frodo entendit un doux chant courant dans sa tête, un chant qui semblait filtrer comme une pâle lumière derrière un rideau de pluie grise, et s’intensifier de sorte que le voile se fit tout de verre et d’argent – jusqu’à ce qu’enfin il s’écarte, et qu’une contrée verdoyante et lointaine se fasse jour à ses yeux sous un rapide lever de soleil.
Cette vision se mua en réveil ; et voilà que Tom se trouvait là, sifflant comme autant d’oiseaux perchés à l’arbre ; et le soleil dardait déjà ses rais obliques sur la colline et à travers la fenêtre ouverte. Dehors, tout était de vert et d’or pâle.
Après le petit déjeuner, qu’ils prirent de nouveau seuls, ils se préparèrent aux adieux, le cœur presque aussi lourd qu’il se pouvait par une si belle matinée : claire, immaculée, sous un ciel lavé du bleu délicat des matins d’automne. L’air frais arrivait du nord-ouest. Leurs tranquilles poneys étaient presque fringants, flairant et remuant nerveusement. Tom sortit de la maison, agita son chapeau et dansa sur le pas de la prote, invitant les hobbits à se mettre en selle et à aller bon train.
Ils partirent le long d’un sentier qui serpentait derrière la maison et grimpait vers le côté nord de la crête sous laquelle elle s’abritait. Ils venaient de descendre de leurs poneys pour les aider à gravir le dernier raidillon, quand Frodo s’arrêta soudain.
« Baie-d’or ! s’écria-t-il. Ma belle dame, toute de vert-argent vêtue ! Nous ne lui avons jamais dit adieu, ni même ne l’avons-nous revue depuis hier soir ! » Il en était si affligé qu’il fit demi-tour ; mais au même moment, un clair appel descendit vers eux en cascade. Là, sur la crête, se tenait Baie-d’or leur faisant signe : ses cheveux défaits volaient dans la brise, brillant et chatoyant au soleil. Un reflet semblable au miroitement de l’eau sur l’herbe mouillée étincelait sous ses pieds tandis qu’elle dansait.
Ils se hâtèrent de gravir le raidillon et se tinrent bientôt à ses côtés, hors d’haleine. Ils s’inclinèrent, mais, d’un grand geste du bras, elle les invita à regarder alentour ; et du haut de la colline, ils contemplèrent les terres dans l’éclat du matin. Celui-ci était à présent aussi clair et net qu’il avait été voilé et brumeux lorsqu’ils avaient regardé de l’éminence de la Forêt, que l’on voyait maintenant s’élever, pâle et verte, parmi les arbres sombres à l’ouest. De ce côté, le pays se relevait en une succession de crêtes boisées, vertes, jaunes ou roussâtres au soleil, masquant la vallée du Brandivin au-delà. Au sud, passé la coupure de l’Oserondule, se voyaient de lointains reflets, comme du verre pâle, où le fleuve Brandivin décrivait une grande boucle à travers les basses terres et sortait de la connaissance des hobbits. Vers le nord, au-delà des coteaux déclinants, le pays était constitué de plaines et de renflements gris ou verts, aux teintes pâles et terreuses, et se perdait dans des lointains monotones et indistincts. À l’est se dressaient les Coteaux des Tertres, crête après crête dans le matin, disparaissant hors de vue et laissant deviner quelque chose d’autre : ce n’était qu’un soupçon de bleu et un lointain miroitement de blanc mêlé à la frange céleste, mais cette vision leur parlait des hautes et lointaines montagnes qui se dressaient dans leurs souvenirs des vieux contes.
Humant l’air à pleins poumons, ils avaient l’impression qu’une gambade et quelques bonnes enjambées les conduiraient où ils le désireraient. Il semblait timoré de longer les bords affaissés des coteaux pour aller rejoindre tranquillement la Route, alors qu’ils auraient dû bondir de colline en colline, du même élan que Tom, et filer droit vers les Montagnes.
Baie-d’or leur parla, attirant de nouveau leurs regards et leurs pensées. « Filez, à présent, mes beaux hôtes ! dit-elle. Et tenez-vous-en à votre dessein ! Vers le nord, le vent dans l’œil gauche et une bénédiction sur vos pas ! Hâtez-vous tant que le Soleil brille ! » Et à Frodo, elle dit : « Adieu, Ami des Elfes, ce fut une joyeuse rencontre ! »
Mais Frodo ne put répondre quoi que ce soit. Il s’inclina profondément, se mit en selle et partit au petit trot sur l’autre versant de la colline, qui descendait en pente douce. La maison de Tom Bombadil, et la vallée, et la Forêt, furent perdues de vue. L’air se fit plus chaud entre les murs verts, colline contre colline, et une forte odeur de gazon vint chatouiller leurs narines. Parvenus au fond du vallon vert, ils se retournèrent et virent Baie-d’or, à présent toute petite, se détacher sur le ciel, telle une mince fleur baignée de soleil : elle se tenait là-haut et les observait, les bras tendus vers eux. Tandis qu’ils la regardaient, elle les salua d’une voix claire, puis, levant la main, se détourna et disparut derrière la colline.