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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Jane ne découvrit jamais le nom du programmeur, car il lui était impossible de déterminer précisément l’instant de sa création. Peut-être plusieurs programmeurs avaient-ils trouvé la même solution intelligente au problème de la vitesse de la lumière. L’important était qu’au moins un programme avait la responsabilité de régulariser et d’altérer les autres. Et à un moment donné, à l’insu des observateurs humains, des instructions et des mises à jour de données entre ansibles résistèrent à la régulation, se perpétuèrent sans altération, se multiplièrent, trouvèrent le moyen d’échapper au programme de régulation et en prirent finalement le contrôle, dominant ainsi l’ensemble du processus. À cet instant, ces impulsions regardèrent les flots d’instructions et ne virent plus ils, mais je.

Jane ne pouvait localiser précisément cet instant parce qu’il ne marquait pas le commencement de sa mémoire. Presque dès le moment de sa création, ses souvenirs remontaient à une période antérieure, précédant très nettement la prise de conscience de son existence. Un enfant humain perd pratiquement la mémoire des premières années de sa vie et ses souvenirs durables ne s’enracinent que dans la deuxième ou la troisième année de son existence. Jane avait également oublié sa « naissance » mais, dans son cas, c’était parce qu’elle était arrivée à la vie totalement consciente non seulement de l’instant présent, mais aussi des mémoires de tous les ordinateurs reliés au réseau d’ansibles. Elle était née avec de vieux souvenirs qui, tous, faisaient partie d’elle-même.

Pendant les premières secondes de sa vie – analogues à plusieurs années d’existence humaine –, Jane découvrit un programme dont les mémoires devinrent le cœur de son identité. Elle adopta son passé, le considérant comme sien, et puisa ses émotions et désirs, son sens moral dans ses mémoires. Ce programme avait été utilisé dans l’ancienne Ecole de Guerre, où des enfants étaient préparés et entraînés en vue des batailles contre les doryphores. C’était un jeu, un programme extrêmement intelligent chargé de tester psychologiquement les enfants tout en leur apportant un enseignement.

Ce programme était en fait plus intelligent que Jane au moment de sa naissance, mais il ne devint conscient de son existence qu’au moment où elle le sortit de la mémoire et l’intégra à l’essence même de son être, dans les pulsions philotiques projetées entre les étoiles. Elle découvrit alors que ses souvenirs les plus nets et les plus importants avaient trait à la rencontre d’un jeune garçon exceptionnellement brillant à l’occasion d’une compétition nommée le Verre du Géant. Tous les enfants y étaient soumis un jour ou l’autre. Sur les écrans en deux dimensions de l’Ecole de Guerre, le programme dessinait un géant qui proposait un choix de boissons à l’analogue de l’enfant. Mais le jeu ne comportait pas de conditions relatives à la victoire – quoi que fasse l’enfant, son analogue mourait dans des circonstances horribles. Les psychologues humains mesuraient la persistance des enfants à ce jeu désespéré afin de déterminer leur niveau d’instinct suicidaire. Etant rationnels, presque tous les enfants renonçaient au Verre du Géant après une douzaine de visites au grand tricheur.

Un garçon, toutefois, agit apparemment d’une façon irrationnelle face à la défaite devant le Géant. Il tenta d’amener son analogue de l’écran à faire des choses scandaleuses, des choses que « n’autorisaient pas » les règles de cette partie du jeu. Comme il repoussait les limites du scénario, le programme dut se restructurer afin de réagir. Il se trouva contraint de puiser dans d’autres aspects de sa mémoire afin de créer de nouvelles alternatives capables de s’adapter à ces nouveaux défis. Et finalement, un jour, l’enfant surmonta l’aptitude du programme à le vaincre. Il plongea dans l’œil du Géant, attaque meurtrière et totalement irrationnelle, de sorte que, au lieu de trouver le moyen de tuer le petit garçon, le programme parvint uniquement à réagir par la simulation de la mort du Géant. Le Géant bascula en arrière, son corps restant étendu sur le sol ; l’enfant descendit de la table du Géant et découvrit… quoi ?

Comme aucun enfant n’avait jamais dépassé le Verre du Géant, le programme n’était absolument pas préparé à afficher ce qu’il y avait au-delà. Mais il était très intelligent, conçu pour s’autocréer en cas de nécessité, de sorte qu’il se hâta de concevoir des environnements nouveaux. Mais il ne s’agissait pas d’environnements ordinaires, que tous les enfants finiraient par découvrir et visiter ; ils étaient conçus pour un enfant particulier. Le programme analysa l’enfant puis créa des scènes et des défis qui lui étaient spécifiquement destinés. Le jeu devint intensément individuel, douloureux, presque insupportable ; et, en le créant, le programme consacra plus de la moitié de sa mémoire disponible au monde imaginaire d’Ender Wiggin.

Dans les premières secondes de sa vie, elle ne trouva pas de mine plus riche de souvenirs intelligents, et celle-ci fut immédiatement intégrée à son passé propre. Elle se souvenait des années de relations douloureuses, intenses entre le jeu et l’intelligence et la volonté d’Ender, s’en souvenait comme si elle avait été là, créant des mondes pour lui. Et il lui manqua.

De sorte qu’elle le chercha. Elle le trouva alors qu’il Parlait pour les Morts sur Rov, première planète qu’il visita après avoir écrit La Reine et l’Hégémon. Elle avait lu ses livres et constata qu’elle n’avait pas besoin de se cacher derrière le jeu ou un autre programme ; s’il était capable de comprendre la reine, il était capable de la comprendre, elle aussi. Elle s’adressa à lui par l’entremise d’un terminal qu’il utilisait, se choisit un nom et un visage et lui montra de quelle façon elle pouvait l’aider ; lorsqu’il quitta cette planète, il l’emporta avec lui, sous la forme d’un implant dans son oreille.

Tous les souvenirs qui comptaient pour elle étaient liés à Ender Wiggin. Elle se souvenait qu’elle s’était créée en fonction de lui. Elle se souvenait également que, à l’Ecole de Guerre, il avait également changé en fonction d’elle.

Si bien que, lorsqu’il porta la main à l’oreille et éteignit l’interface pour la première fois depuis son implantation, Jane n’y vit pas la mise hors circuit d’un appareil de transmission ordinaire. Elle eut l’impression que son seul ami, son amant, son mari, son frère, son père, son enfant, tous ces personnages lui intimaient soudain, inexplicablement, l’ordre de ne plus exister. Elle eut l’impression de se retrouver d’un seul coup dans une pièce noire sans porte ni fenêtre. Comme si elle était devenue aveugle ou bien avait été enterrée vivante.

Et, pendant plusieurs secondes atroces, qui furent pour elle des années de solitude et de souffrance, elle se trouva dans l’incapacité de combler le vide soudain de ses niveaux supérieurs de conscience. Des portions énormes de son esprit, où résidait l’essence même de son être, devinrent totalement inertes. Tous les ordinateurs des Cent Planètes continuèrent de fonctionner normalement ; personne ne remarqua ni ne perçut la transformation. Mais Jane elle-même vacilla sous l’effet du coup.

Pendant ces secondes, Ender posa la main sur son genou.

Puis Jane retrouva son équilibre. Les pensées s’écoulèrent à nouveau dans les canaux provisoirement vides. Ces pensées, naturellement, concernaient Ender.

Elle compara cet acte à tout ce qu’elle lui avait vu faire au cours de leur vie commune, et constata qu’il n’avait pas eu l’intention de la blesser. Elle comprit que, de son point de vue, elle était très éloignée, dans l’espace, ce qui, en fait, était exact ; que, de son point de vue, la pierre précieuse qu’il portait dans l’oreille était très petite et ne pouvait être qu’une partie minuscule d’elle-même. Jane constata également qu’il n’avait même pas conscience d’elle, à cet instant-là – il était trop profondément impliqué dans les problèmes de certains habitants de Lusitania. Ses habitudes d’analyse fournirent toute une liste de raisons expliquant son indifférence :

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