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Dictionnaire amoureux de San-Antonio

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:

Assimilée à une « littérature de gare », l'œuvre de Frédéric Dard, dit San-Antonio a tardé à être reconnue comme majeure. Mais l'engouement du public pour ces aventures était tel qu'elles suscitèrent bientôt la curiosité des critiques et des intellectuels, comprenant enfin que ces romans cachaient aussi une vision réjouissante et féroce de la société.
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
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Cette particularité de Champagne pour tout le monde ! m’était sortie de l’esprit quand j’en découvris par hasard l’explication quelques jours plus tard dans un article d’un professeur de l’université de Franche-Comté, Paul Mercier, intitulé : « Champagne pour tout le monde ! Fin de non-recevoir à l’Académie » Il expliquait de manière convaincante le jeu littéraire auquel San-A. s’était livré une fois de plus : un simple pastiche de roman aux références ostentatoires. Une pique à quelques écrivains ampoulés et un « hommage à l’envers » à un de ses amis proches, le tout nouvel académicien Jean Dutourd.

Le 10 janvier 1980, Jean Dutourd est élu à l’Académie française (L’Académie à seize francs  !). Frédéric refuse l’invitation à assister à la cérémonie d’investiture et au discours de réception du nouveau pensionnaire qui s’apprête à occuper le fauteuil de Cocteau. Toutefois, espiègle et ami sincère de Dutourd, il profite du manuscrit qu’il entame pour se moquer de l’institution. Ce n’est pas la première fois. Il est même coutumier du fait ! N’hésitant pas à interrompre l’action, ses inévitables débats et ses non moins incontournables ébats, à l’accoutumée, il interpelle Dutourd à plusieurs reprises. La preuve : il commence par le titre, Champagne pour tout le monde ! évoquant la cérémonie à laquelle il ne s’est pas rendu. Puis il dédie son livre, sous-titré Roman un peu con, mais néanmoins très drôle  :

À Jean DUTOURD,

Cette littérature assez peu académique,

mais que j’espère marrante tout

de même.

San-A.

Dès la page 30, San-Antonio décline un éventuel rendez-vous galant, sous le prétexte suivant : le dernier bouquin de Jean Dutourd à lire. On peine à le croire ! Faut-il qu’il aime son ami et qu’il veuille se faire pardonner de lui avoir fait faux bond ! Puis, rigolade oblige, teintée d’un soupçon de justification sur son refus définitif de rejoindre la qu’à demi française, il profite un peu plus loin d’une remarque peu amène sur les œuvres à retardement reliées peau de zob de l’Immortel Maurice Schumann pour lui redire une fois de plus  : Tu vois bien, Jean, que je ne veux pas en faire partie ! Enfin, au détours de l’intrigue, il s’octroie un honneur qui lui semble plus enviable que celui d’Immortel, le titre de Membre de l’Académie des Chibres et Belles bites. Quant à Jean Dutourd, qui ne tarira jamais d’éloges sur Frédéric, il intitule quelques années plus tard un de ses livres Le Séminaire de Bordeaux. Cela ne manque pas de saveur : le premier colloque universitaire sur San-Antonio eut lieu à Bordeaux (1965) et, page 202 de Champagne pour tout le monde !, un énième renvoi en bas de page de San-A. nous avertit : J’invente postmaturé (mûr après) et le dédie à la faculté de Bordeaux en souvenir de l’époque où j’enseignais là-bas.

Jean Dutourd, nous l’avons compris, mais aussi Alain Decaux, Bertrand Poirot-Delpech, tous deux de l’Académie française, grands admirateurs et amis de Frédéric Dard, ont écrit sur San-Antonio, l’écrivain, son œuvre[35] et l’homme des phrases sans doute plus élogieuses que sur aucun autre de leurs confrères du quai de Conti. Sans se faire beaucoup d’illusions, ils ont milité pour son entrée sous la Coupole. En vain ! Malgré l’amitié que Frédéric leur vouait, il refusait tout honneur, garda toute sa vie une vision goguenarde, voire mordante, de l’institution, et il était suffisamment une fine épée pour ne pas ressentir l’envie d’en porter une sur le côté  ! Ajoutons-lui cette vertu qui n’est pas la première qualité à laquelle on pense quand on évoque les vénérables bicornés  : l’humour ! Dès la deuxième page de Réglez-lui son compte !, le début des aventures de San-Antonio, notre commissaire-écrivain prévient le lecteur sur la prose à laquelle il doit s’attendre : je ne suis pas de l’Académie française, et le blablabla psychologique n’est pas mon fort. Je vous assure que chez nous, aux Services secrets, nous ne passons pas nos loisirs à lire des romans au réglisse. Ce n’est pas encore Frédéric Dard qui parle, même si c’est sous sa plume. Seulement un homme fort de la police secrète, beau gosse par obligation, macho par tradition, violent par nécessité, sauf avec sa mère, malin comme un singe et d’accord pour s’exprimer autrement qu’avec ses poings, à condition qu’on ne l’attende pas trop sur le remplissage à l’eau de rose et sur le français… académique. Veut-il déjà croiser le fer avec les boy-scouts du beau langage, les archers du participe passé, les pépiniéristes de la syntaxe, la brigade des souverains poncifs, les défenseurs vertueux de notre langue ? Se sent-il définitivement inbicornable  ? Pas sûr ! Mais avec l’âge et le refus de toute flatterie, et voyant son succès se construire sur un genre éloigné de la prose officielle, il affûte vite sa critique au point de la rendre parfois caustique. Honnête et sans langue de bois, il prévient les agagadémiciens de toute velléité d’adoubement : Si un jour, par inadvertance, l’Académie s’avisait de me coller un bicorne sur la tête, eh bien, j’aurais vraiment rien fait pour, et je me sentirais même un peu trahi… Mais oui, trahi. Après tout… qu’est-ce qui ressemble plus à un bicorne qu’une paire de cornes ?

Les postulants ne sont guère plus louables à ses yeux : Rien que de voir ceux qui n’en sont pas et qui trépignent pour y entrer, j’éprouve un sentiment de pitié ou en tout cas de tristesse devant leur déception. Comme toujours, San-A. a de la peine à cacher son bon fond : Je chahute l’Académie comme je chahute tout. Ce sont des trucs de potaches. Il lui est toutefois impossible de reculer devant un bon mot s’il peut en faire une pique bien sentie : Si je vise l’Académie, c’est avec une fronde et pour balancer des noyaux de cerise dans les plumes des beaux vieillards déjà verts pour leur âge. Le moindre prétexte est bon pour décocher une flèche au passage. Ainsi, reluquant une future conquête  : Je me rattrape en matant son académie. Elle vaut bien celle du quai de Conti, croyez-moi ! Parfois, le Vieux, son Boss, est mis à contribution. Drôle mais cruel : Ce qu’il guigne, le Vitrifié de la calebasse, c’est son admission au Jockey Club, je vous parie. P’t’être même la Cadémie Françouaise. Il a déjà un bon point pour lui au départ : il écrit pas.

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35

C’est avec quelques hésitations préalables que j’use de ce mot. Mais, après tout, on parle bien de l’œuvre de certains académiciens qui n’ont jamais écrit que leur lettre de candidature. (L’Histoire de France vue par San-Antonio.)

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