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Dictionnaire amoureux de San-Antonio

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:

Assimilée à une « littérature de gare », l'œuvre de Frédéric Dard, dit San-Antonio a tardé à être reconnue comme majeure. Mais l'engouement du public pour ces aventures était tel qu'elles suscitèrent bientôt la curiosité des critiques et des intellectuels, comprenant enfin que ces romans cachaient aussi une vision réjouissante et féroce de la société.
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
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Enfin, nous pouvons assimiler aux pseudos les noms d’auteurs dont Frédéric a écrit certains livres. C’est le cas de En légitime défense, signé André Berthomieu, par ailleurs réalisateur du film éponyme sorti à la même date (été 1958), et celui d’un ami suisse, proche de Frédéric, Marcel-Georges Prêtre, dont il a été le nègre d’au moins cinq romans. Voilà pour ce qui est avéré. Toutefois, la lecture attentive de revues spécialisées nous ouvre des perspectives sur de nouvelles découvertes de textes de Frédéric Dard, écrits sous pseudonyme ou comme prête-plume. Ces hypothèses sont le fait de chercheurs dont on ne peut pas douter de la sincérité, mais qui ont sans doute été emportés par leur enthousiasme. À les croire, Frédéric Dard se cacherait derrière les noms de Patrick Svenn, Virginia Lord, Jean Redon ou James Carter.

Idem pour Frédéric Valmain, auteur bien connu du Fleuve Noir, qui a peut-être eu le tort de partager avec Frédéric un ouvrage au même titre (Ma cavale au Canada, sous le pseudonyme de James Carter) et dont le roman Docteur Jekyll et Lady Hyde rappelle l’adaptation au théâtre que fit Frédéric du roman de Stevenson sur ce thème. Valmain a démenti catégoriquement toutes ces allégations : « Je ne m’explique pas que l’on écrive et publie de grossiers mensonges sans vérifier les informations. On peut considérer cela comme de la diffamation ! » Cela n’a pas pour autant ébranlé la conviction des présumés coupables.

Le cas de Jeanne Peheu est symptomatique de cet acharnement à voir du Dard partout. Habitante des Mureaux (une rue porte son nom, proche de l’endroit où a habité la famille de Frédéric !), elle écrit des romans dans un style très distingué sous le pseudonyme de Mme Grégoire Leclos. Puis sortent un jour, dans la série « Angoisse » au Fleuve Noir, des romans noirs au langage fleuri et argotique, sous le nom de Jean Murelli (le nom médiéval des Mureaux). Du Dard dans le texte, en sont persuadés aujourd’hui certains spécialistes de cette littérature. Rien ne leur en fera démordre, malgré les démentis de la famille Dard. En réalité, son talent de romancière n’avait pas échappé au jeune Frédéric, muriautin comme elle, au point qu’il la recommanda un jour avec enthousiasme à son éditeur, Armand de Caro. Qu’elle ait été influencée par son mentor était donc bien normal !

Pour finir, tout en entretenant le suspens, je jette volontiers en pâture trois titres de trois auteurs différents, qui font débat, mais dont la lecture m’a un peu troublé, au point que je suis en passe de rallier ceux qui voient Frédéric Dard derrière ces ouvrages. L’Étrange monsieur Borman, unique titre d’un certain Franc Puig, inconnu au bataillon, mais qui pourrait être Jean-François Puig, ancien rugbyman de… Bourgoin-Jallieu (dont la salle des sports porte le nom). Que le héros Maurice Salan dise à un moment : « Je referai une carrière, j’écrirai sous un pseudonyme » et que Frédéric Dard ait effectué un voyage au Mexique en 1958, époque et lieu où ce roman est écrit, suffit-il à emporter la conviction ?

L’autre est Alain Moury (L’Affaire d’une nuit), illustre inconnu que seul Jean-Pierre Mocky a reconnu comme étant un de ses scénaristes. En dehors du style, où rien ne peut être considéré comme une preuve formelle, on est étonné de découvrir deux personnages principaux du nom d’Odette (épouse de Frédéric à l’époque) et Mommessin (le nom de jeune fille d’Odette est Damaisin). Des noms qui disparaissent dans la réédition. Enfin, mal de vivre et longue balade dans Paris ont, par certains côtés, des accents très dardiens ! À suivre…

Le troisième est signé O. Ferry et s’intitule Boulevard du crépuscule, adaptation romanesque du film éponyme (Sunset Boulevard). François Rivière y voit peut-être la patte de Frédéric Dard, d’autant qu’un de ses livres, Des yeux pour pleurer, traite d’un sujet équivalent… et qu’Odette Ferry, l’auteur de plusieurs « Sissi », a signé d’autres livres qu’elle n’a pas écrits.

La chasse est ouverte !

SCOOP : il en fallait un ! Lionel Guerdoux (toutdard.fr) vient d’apprendre de la bouche même d’André Rollet que celui-ci n’est pas l’auteur d’une très longue nouvelle pourtant signée de son nom et publiée en 1944 dans le journal Dimanche qui avait pour rédacteur en chef Frédéric Dard. Un nouveau pseudo qui émerge après plus de soixante-dix ans de silence !

L

L’Académie française

« Mon bicorne, ça vient, voui ?

— Dutourd, merde, qu’est-ce que tu fous ? »

San-Antonio, Tire-m’en deux, c’est pour offrir.

On lit toujours trop vite. Même les San-Antonio. Surtout les San-Antonio !

Je me faisais la réflexion en pensant à Champagne pour tout le monde !, un des derniers San-A. que j’avais relus et particulièrement dégustés. Un détail m’avait frappé, puis, emporté par l’action et sa drôlerie habituelle, j’avais vite renoncé à en comprendre la signification : pour quelle raison chacun des vingt-sept chapitres est-il placé sous l’ombrelle protectrice d’un grand auteur, à l’image de certains romans où l’on peut se demander si l’écrivain ne veut pas avant tout nous en mettre plein la vue par l’étendue de sa culture littéraire ? Imaginez chaque entrée de ce dictionnaire assortie d’une citation ! Une méthode qui ressemble à tout, sauf à San-Antonio !

Dans ce roman du début des années 1980, chaque épigraphe en tête de chapitre est extraite d’œuvres connues, ou non, et semble choisie avec le plus grand soin, nous plongeant dans des abîmes de réflexion ou de perplexité. On est censés être encore plus impressionnés quand l’auteur est un parfait inconnu, en tout cas de nous, lecteurs incultes, forcément incultes, comme disait Marguerite Qui-rase. Mais où Dard a-t-il déniché Bacchylide de Céos, Avianus, Ménandre ou Samuel Lover ? Et pourquoi vient-il nous assommer (Béru dirait : beurrer la raie) avec cet étalage de références intellectuelles, sans le moindre rapport avec l’intrigue ? Afin que vous jugiez, voici un bref florilège de ces extraits :

Dépasser le but, c’est comme ne pas l’atteindre, Confucius (Livre des sentences)

L’homme est inconstant comme l’oiseau est volage, Aristophane (Les Oiseaux)

Une vie qui cherche sa vie n’est pas une vie, Ménandre (Fragments)

Il est des poignards dans les sourires, Shakespeare (Macbeth)

Et même un proverbe kurde : Les menaces n’allongent pas la longueur du sabre !

J’arrête ici ces pensées, maximes ou sentences, il y en a autant que de chapitres, toutes sûrement intelligentes et profondes, mais inhabituelles dans les San-Antonio, plaquées là sans plus d’explication. Les références littéraires dans les San-A. sont nombreuses. Soumises à notre curiosité, il ne s’agit jamais de phrases extraites d’un dictionnaire de mots d’auteur. Les écrivains que Frédéric cite habituellement sont des auteurs qu’il a lus, sans doute annotés, et dont la citation renforce ou justifie son propre sentiment. Et quand il fait semblant de nous bluffer avec une référence un peu culturelle, il l’assortit d’un commentaire qui le décharge de toute prétention. Ainsi, dans À tue… et à toi, évoquant Hippocrate à son pote le Dr Dubois, il s’amuse à tourner cette référence en dérision, dans un renvoi en bas de page : L’auteur tient à faire remarquer combien il est rare de trouver dans le domaine policier (Voltaire exclu) un écrivain possédant une culture générale aussi étendue.

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