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Dictionnaire amoureux de San-Antonio

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:

Assimilée à une « littérature de gare », l'œuvre de Frédéric Dard, dit San-Antonio a tardé à être reconnue comme majeure. Mais l'engouement du public pour ces aventures était tel qu'elles suscitèrent bientôt la curiosité des critiques et des intellectuels, comprenant enfin que ces romans cachaient aussi une vision réjouissante et féroce de la société.
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
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La Gravosse

Paru en 1968, Viva Bertaga ! est le San-Antonio no 69. Il en fallait bien un ! Mais San-A. n’a pas attendu ce clin d’œil numérologique pour nous régaler de parties de scoubidou-troulalaïtou à faire frémir tous les ratés du sommier, les refroidis du rez-de-chaussée et les amoindris du calbar. L’action se passe en Amérique du Sud, sur les rives du lac Papabezpa. San-Antonio, si ! Avec Ibernacion, parce que c’est une ravissante gai-riez-rose qui appelle un Che un Che. Béru, lui, avec une Indienne livarot qu’il appelle Germaine car son nom est imprononçable, et Berthe avec Eusébio. Parce que c’est comme ça ! Du côté du radada en folie, on en a donc pour notre argent (2,50 francs de l’époque). Tentons de résumer l’intrigue qui nous permet de découvrir un nouveau pays, le Rondubraz, capitale Graduronz, située non loin de la ville de San Kriégar. Habitants, les Rondubraziens. Jusque-là, rien d’anormal. Pour mener à bien sa mission et se faire passer pour un dénommé Krakzec, Béru doit peser moins de soixante-deux kilos. C’est pas la joie. À l’article de la mort après un régime draconien et quatre heures enfermé dans un sauna, il atteint cinquante-cinq kilos ! Ce qui l’autorise à se taper une paire d’andouillettes et une monstrueuse choucroute. Je vois du lard, beaucoup de lard, du fumé, du pas fumé, du demi-sel… et un chapelet complet de francforts, comme pour une neuvaine… et une supposition que tu dénichasses une belle côte de bœuf, ce serait pas plus bêt’ qu’aut’ chose…, précise-t-il à la Vieillasse. Pinaud pour ne pas le nommer. J’oubliais une anecdote, mais c’est plein de rebondissements et j’ai pas pris de notes : Berthe, elle, a disparu depuis trois jours. San-Antonio va chez Alfred, son amant le coiffeur. Elle n’y est pas. Alfred, si ! Le crâne défoncé, mais vivant. Pas le crâne, lui. À son côté gît sa shampouineuse, une personne d’une vingtaine damnée, boulotte, brune et morte. C’est bizarre. En se rendant chez La Baleine, rue des Acacias et page 24, San-A. fait la connaissance de la nièce de Berthe que le couple infernal vient d’adopter : Marie-Marie, une gosse haute comme quatre pommes, au regard de souris grise, aux pommettes flamboyantes et au nez retroussé. Elle tombe tout de suite amoureuse de San-A., mais on s’en doute pas encore. Miss Tresse, c’est son premier surnom, est une sacrée délurée qui n’a pas sa langue dans sa poche. On va le comprendre tout de suite. C’est un peu une Zazie en fait de trop[36]. Elle part en mission avec son onc’ Béru et San-Antonio. C’est compliqué d’expliquer pourquoi. Après bien des péripéties, dont une rencontre avec les Indiens ifoti, heureusement moins cruels que les Indiens ifotipa, ils détruisent enfin une réserve de sulfocradingue, qui, vous le savez, est un élément primordial de décafouillage inducteur dans la fabrication de la bombe H 2S et dont la puissance est de trois goménol-privatifs par milligramme. Comme dit San-A. qui a beaucoup écouté Pierre Dac : Ça me chanstique le bergougnouf fromental à lipothymie variable. Y a de quoi ! Heureusement, ils ont le soutien du chef de mission local, don Enhespez (un ancien bagnard qui préférerait vivre chez lui… à Aubagne), de son majordame Tassiepa Sanchez (Ses mœurs, dites particulières, l’empêchent d’être majordome, nous apprend l’auteur) et du camarade Micromégas-Devoltère Saféglouglou, des services secrets albanais, membre supérieur du Mao jaune Pou-li-dhôr. Sauf qu’ils ont pas prévu la présence de piranhas dans le rio Deprofundis. « Du coup » — histoire d’énerver Amélie Nothomb[37] —, tout le monde est capturé par des Chinois. Parce qu’il y a des Chinois, en particulier leur redoutable technicien chef de section, qui a peut-être fait ses études dans la banlieue parisienne : il s’appelle Sin Jer Min en Laï.

Profitons d’une courte pause publicitaire pour signaler que l’auteur fait toujours preuve d’une grande conscience professionnelle et n’hésite pas, quand il situe son action à l’étranger, à nous instruire de la langue locale. À titre d’exemple, dans le cas présent, on retiendra que Tôn ri ki kui se ra trô bou yi veut dire : Conduisez cet homme au bâtiment 14 bis. Si vous voyagez en Chine, nous sommes conscient que ce sera difficile à placer dans la conversation. Mais c’est toujours ça. Et un San-Antonio, au prix qu’ça coûte, c’est pas non plus la méthode Assimil !

Revenons à l’action. Dégourdie comme pas deux, Marie-Marie, dite la Jeanne-Jeanne Hachette du pauvre, réussit à faire échapper tout le monde. Les fuyards ne sont pas sortis d’affaire pour autant car ils ont à leurs trousses les poulets du Rondubraz au grand complet : les en civil, les en militaires, les C.R.S. (Corps Rondubraziens de Salopârds), les gardes de mobiles, les indicateurs, les contre-indiqués ; les cons tractuels… Bref, comme le dit San-A. : Nous sommes sans argent, sans papier, sans allié, perdus dans un pays qui nous est inconnu. Une satisfaction néanmoins : ayant pondu deux phrases de douze syllabes, il reçoit un encouragement d’un écrivain qu’il admire plus que tout[38]. L’abri d’Ipso-facto géants qu’ils dénichent leur est de peu de secours et ils sont bientôt cernés par une dizaine de guérilleros, des gaillards hirsutes, armés jusqu’aux dents. Leur chef Chi Danlavaz les condamne à mort après un six mulâtres de jugement, dixit Béru. On s’apprête à les pendre, quand une clameur s’élève : Al fuego, Al fuego ! C’est encore Marie-Marie qui a fait doublement des siennes et qui leur sauve la mise à tous. Grosse bagarre quand même dont le dénommé Gastone Yaltéléfonekiçone fait les frais. Refuite ; cette fois-ci avec la jolie Ibernacion citée plus haut, et qui ne laisse pas le bel Antoine indifférent. D’ailleurs, il le souligne lui-même au plus fort de l’intrigue : Nous voilà partis enfile-indienne à travers la forêt. Vous pensez qu’on a le temps de souffler ? Queue-nez-ni ! On charrie Bencyla (d’habitude, il nous dit  : de charrette en syllabe, c’est plus clair), nous apprend le titre du chapitre X. Ça va donc aller de mal en pis ! Dans le souci de vous tenir la laine (du Béru dans le texte), j’ai omis de préciser que Berthe a été enlevée, à Paris. Ses ravisseurs l’ont confondue avec la célèbre guérillé-rose Bertaga Berruros. Elle est en ce moment enfermée dans les geôles du président de la République en exercice, Carlos Chienlit. Pendant cet aparté, les fugitifs se sont fait prendre par les Indiens livarot, les Chacaux de la Brousse, car, comme leur précise Ibernacion, nos mots en « al » ne forment pas leur pluriel comme les vôtres. Toujours ce souci de la précision orthographique ou grammaticale, chez San-Antonio ! On leur annonce qu’ils vont être décapités et que leur tête sera réduite, une denrée qui représente la principale exportation du Rondubraz. Une anecdote en passant, comme dirait Jacqueline Maillan, San-Antonio nous apprend que, dans son enfance, dont il n’a jamais guéri, un de ses voisins l’appelait toujours « P’tite tête ». On s’en fout. Eux, ils ont pris du hélaisdé. Résultat, ils se moquent de tout. Ils essaient néanmoins de s’échapper, mais ils sont ligotés avec de l’astrinchouc, une plante qui, à l’inverse du caoutchouc, se contracte lorsqu’on tire dessus. Bon, on se doute qu’ils vont s’en sortir, c’est quand même San-Antonio, l’homme qui remplace la table de multiplication et la poudre à éternuer. Puis, comme mentionné plus haut, l’auteur nous initie au langage livarot (Lévi-Strauss, sors de ce corps !), au détour d’un dialogue entre le chef qui cherche son fils et une des femmes du camp :

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36

Un à-peu-près digne de moi, cher Éric ! (San-Antonio.)

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37

Coup de chapeau pour tes références, mon Rico. (Amélie.)

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Ah ! Les deux magnifiques alexandrins que voilà ! Merci, San-Antonio ! (Victor Hugo.)

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