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Dictionnaire amoureux de San-Antonio

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:

Assimilée à une « littérature de gare », l'œuvre de Frédéric Dard, dit San-Antonio a tardé à être reconnue comme majeure. Mais l'engouement du public pour ces aventures était tel qu'elles suscitèrent bientôt la curiosité des critiques et des intellectuels, comprenant enfin que ces romans cachaient aussi une vision réjouissante et féroce de la société.
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
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Pour les destinations Rondubraz avec Berthe (la Gravosse) et Chine orientale avec Béru (Tango chinetoque), embarquement immédiat dans ces pages, aux entrées concernées.

Bon voyage !

Kill Him

« Frédéric Dard, pourquoi écriviez-vous autant sous des noms d’emprunt ?

— Je tenais à réserver le mien intact pour le prix Nobel. »

Faire la lumière sur les pseudonymes de Frédéric Dard s’apparente à une véritable enquête policière. Jugez de la difficulté : Kill Him, titre de cette entrée, fait partie des listes sérieuses de pseudos identifiés comme étant authentiques. La raison ? Sur la couverture de la première réédition du premier de tous les San-Antonio, en 1952, aux éditions Clément Jacquier (Collection policière « La Loupe »), « Kill Him » apparaît en gras, au-dessus du titre. Et pourtant, il ne s’agit pas du nom d’un mystérieux auteur anglo-saxon, mais simplement du supposé titre original du livre, traduit en français par Réglez-lui son compte !. La confusion s’explique et l’on ne devrait se fier qu’à l’édition originale. Sur le dos de la jaquette de celle-ci, on ne trouve que le titre (en français), au-dessous San-Antonio, et plus bas Cl. Jacquier, l’éditeur. « Kill Him » n’apparaît que sur la page de garde, en petit et entre parenthèses, sous le titre Réglez-lui son compte !. On a souvent dit que le nom du véritable auteur des San-Antonio n’avait été dévoilé que dix ans plus tard. Or Frédéric Dard apparaît sur la page de cette édition originale, en tant qu’adaptateur et synchronisateur (il n’apparaît pas dans la collection « La Loupe » !).

De quoi s’y perdre, si ce n’est déjà fait !

On le voit, attribuer un pseudonyme à un auteur comme Frédéric Dard est une démarche complexe, laissant place aux hypothèses souvent farfelues, sachant de surcroît que la certitude en la matière n’existe pas. Pour ma part, je ne fais que rapporter ce qui m’a paru le plus convaincant. Passionnés et spécialistes ne sont pas forcément sur le même registre. L’un rit de tout cela, l’autre doit mener son enquête avec rigueur. Après avoir beaucoup lu et écouté sur le sujet, je me suis rallié logiquement aux conclusions de certains Amis de San-Antonio. Ils sont à la fois des spécialistes et des passionnés, rigoureux dans leurs analyses et attentifs aux sentiments de ceux qui connaissent le mieux Frédéric Dard, les membres de sa famille les plus proches. Un numéro de la revue des Amis de San-Antonio (MSA no 18, 2001) fait le point sur le sujet, sans trancher toutefois, mais s’appuyant, en définitive, sur la seule voix autorisée en la matière, Frédéric Dard lui-même.

Voici pourquoi.

Parmi les interrogations qui agitent le petit microcosme des amateurs éclairés de romans policiers, il y a celle, entre autres, de savoir qui a écrit quoi ! Frédéric Dard, qui a signé les textes les plus variés sous plus d’une trentaine de pseudonymes (un record national), a à la fois brouillé les pistes à l’époque et mis un peu d’ordre cinquante ans plus tard en acceptant de lire et de s’attribuer, ou non, les textes qu’on lui soumettait. Malgré sa bonne volonté, cette enquête, tardive, comporte de nombreuses lacunes, impossibles à combler aujourd’hui. Les raisons sont simples à comprendre. Frédéric Dard a soixante-dix-huit ans quand ces textes lui sont adressés, il est fatigué, plongé dans l’écriture sans répit, et ce n’est pas lui faire injure de penser que sa mémoire ait pu parfois le trahir. En effet, les pseudos contestables datent pour la plupart des années 1940 et, en majorité, concernent des nouvelles, rédigées à l’époque à la va-vite, gagne-pain sans prétention littéraire. Un demi-siècle plus tard, Frédéric pouvait très bien ne pas se souvenir d’un de ses textes ou refuser de cautionner certains qu’il jugeait sans intérêt. À titre d’exemple, il ne s’accorda pas la paternité d’une nouvelle pourtant signée Francisque Darth (prénom de son père) parue dans le Paris-Tabou no 14 de 1950, malgré un texte à la patte assez dardienne. Nous ne pouvons que le croire. Plus étrange, face à un même pseudonyme, il revendiqua certains textes et pas d’autres ! Mais l’explication tient au fait que les revues plus ou moins humoristiques où paraissaient ces nouvelles avaient pour habitude d’attribuer le même nom fantaisiste à plusieurs membres de l’équipe rédactionnelle.

Sans entrer dans le détail, on note que les pseudos reconnus sont souvent construits à partir d’éléments de son état civil complet, soit Frédéric Charles Antoine Dard. Ainsi, il a souvent signé sous les noms d’Antoine Charles, Frédéric Charles, Antoine, Charles, Charles Antoine, F.D., Frédard et F. Antonio après les parutions des premiers San-A. Un peu plus énigmatique est F.-R. Daroux, mais il fut associé un temps à un certain Roger Roux. Ou le curieux Areissam, mais son beau-frère et ami était le dessinateur Sam (phonétiquement, il s’agit d’une nouvelle Dard et Sam[34] !). On trouve même les pseudos Odette Damaisin, Cl. Berlet et Patrice, mais la première était sa femme, la deuxième, Claudia, sa grand-mère, et le troisième son fils. En revanche, le mystère subsiste sur le choix de noms tels que Séverino Standeley, Guiseppe Papo, ou le cousin Jules.

L’histoire des pseudos de Frédéric Dard pourrait paraître plus simple en ce qui concerne les romans. Il n’en est rien ! F. D. Ricard, aux accents anisés, ouvre le bal avec Le Mystère du cube blanc. Un dénommé Frédéric Charles, déjà utilisé pour des nouvelles, tient le haut du pavé avec quatorze romans entre 1949 et 1963. Kaput (hommage à Malaparte ?) et l’Ange noir (hommage au film de Roy William Neill, 1946 ?) signent chacun quatre épisodes. Les autres pseudos sont, si on peut dire, de passage, qu’il s’agisse de Frédérick Antony (La Police est prévenue), Sydeney (La Mort silencieuse), Max et Maxel Beeting (Signé tête de mort et On demande un cadavre), Cornel Milk (Le Disque mystérieux et Le Tueur aux gants blancs), Wel Norton (Monsieur 34), Verne Goody (28 minutes d’angoisse) ou William Blessing (Sergent Barbara), ces derniers aux consonances fortement anglo-saxonnes. Pour ne rien oublier, citons un titre signé Léopold da Serra, Plaisirs de soldats, et un d’Antonio Giulotti (réunion de Antoine et du cousin Jules ?), Guerriers en jupons, et, et… 192 San-Antonio !

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34

Un auteur de ces mêmes revues s’appelait Massiera (Léopold). Avec Frédéric, il fut un des auteurs prolifiques de l’éditeur lyonnais Clément Jacquier. On a pensé un temps lui attribuer Plaisirs de soldats, signé Léopold da Serra. Mais, comme pour Areissam, il s’agit avec une quasi-certitude de Frédéric Dard. Curieux, non ? Quoi qu’il en soit, cela illustre bien le danger, en matière de pseudonymes, qu’il y a à se fonder sur de simples coïncidences.

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