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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Les empoisonner ?

— Bien sûr. Les champignons, ça peut être mortel. Tu le savais pas ? »

Mikael ne toucha plus un seul champignon, hormis ceux qu’elle lui donnait.

Au bout d’une demi-heure, Eloisa déclara qu’il était temps d’aller ailleurs. « Les sauterelles arrivent.

— Quelles sauterelles ?

— Les autres, fit Eloisa agacée. Tu les entends pas ? »

Mikael tendit l’oreille. Il entendit des chants et des voix dans les bois.

« Mais ils resteront le bec dans l’eau, dit Eloisa en riant.

— On les a tous pris, commenta Mikael en riant lui aussi.

— Non, gros bêta. Je leur en ai laissé assez. Sinon ils iraient dire à ma mère qu’on ne s’est pas bien comportés et ils réclameraient leur part. Les bois sont à nous tous, pas seulement à toi et moi.

— Pourquoi ta mère leur en donnerait ? s’étonna Mikael.

— Parce que c’est quelqu’un de bien.

— Ça veut dire qu’on fait quelque chose de mal ?

— Juste un peu, répondit Eloisa en haussant les épaules. Allons dans le couloir des girolles. Quand ils nous rattraperont, on dira que les cèpes, on les a trouvés dans le couloir des lépiotes.

— Mais c’est un mensonge !

— Évidemment que c’est un mensonge, dit Eloisa, exaspérée. Mais si tu mouchardes pas, ils le sauront jamais. »

Mikael acquiesça, pensif. Dire des mensonges, c’était un péché. Il suivit Eloisa. Mais il repensait à la phrase qu’elle avait dite à propos des bois. La seule qui l’avait profondément touché. “Parce que les bois sont à nous tous, pas seulement à toi et moi”. Elle n’avait pas dit que le bois était à elle. Mais à Mikael et elle. « À toi et moi, répéta-t-il tout haut.

— Hein ?

— Rien », dit Mikael en souriant.

Quand ils arrivèrent dans le couloir, Eloisa avança doucement en fouillant entre les feuilles de hêtres du sous-bois. « Les voilà ! », s’exclama-t-elle tout à coup. Elle se pencha et balaya d’une main légère les feuilles mortes.

Mikael vit une myriade de champignons jaunes. Certains étaient grands comme l’ongle du petit doigt, leur chapeau fermé comme la tête ronde d’un clou, et d’autres plus hauts, grands ouverts, ressemblaient à de petites oreilles.

« Fais attention à pas les piétiner, dit Eloisa. Bouge pas. » Elle remonta de quelques pas et écarta les feuilles. Il n’y avait que de la terre noire. Alors elle redescendit plus bas que Mikael, et retourna les feuilles, découvrant d’autres champignons jaunes. Elle tendit le doigt vers l’endroit où ils avaient trouvé les premières girolles. « De là… jusqu’où, on sait pas. » Elle se tourna vers le fond du couloir, en aval. « C’est les fées qui les répandent la nuit. » Elle regarda Mikael. « Ramasse-les tout seul. Tu peux pas te tromper. Laisse les plus petits.

— Petits comment ? », demanda Mikael.

Eloisa le rejoignit et s’accroupit.

Mikael se baissa près d’elle.

Eloisa prit une girolle, grande comme une pièce de monnaie. « Pas plus petits que ça. »

Mikael tendit la main vers un autre champignon. « Et celui-là ?

— Non. » Eloisa appuya sa main sur le sol et prit un champignon à côté de celui que Mikael avait montré. « Celui-là oui, par contre », dit-elle en le lui tendant.

Mikael le prit mais il lui échappa des mains. Il tendit la main pour le récupérer et toucha involontairement celle d’Eloisa. Il laissa le champignon tomber.

Eloisa le prit et le lui posa dans la paume. Ses doigts effleurèrent la peau de Mikael.

Il se sentit rougir et referma brusquement la main. Puis il le regretta et la rouvrit. Le champignon était écrasé.

« Crétin », dit Eloisa.

Ils ramassèrent d’autres champignons en silence. On aurait dit une cascade de pierres précieuses cachées dans la pourriture des feuilles de hêtre. Mais Mikael ne pensait plus qu’à cette sensation bizarre qu’il avait éprouvée quand les doigts d’Eloisa avaient effleuré sa main. Les mots “toi et moi” continuaient de résonner dans sa tête. Eloisa et lui unis par les bois. Puis ses doigts sur sa peau.

Il fut soulagé quand ils rentrèrent.

Agnete, comme prévu, donna une gifle à Eloisa. Puis elle regarda dans les hottes et acquiesça. « Ils sont magnifiques », dit-elle. Elle prit deux couteaux, un pour elle et un pour Eloisa. À Mikael elle donna une longue et fine ficelle en lui montrant comment enfiler les cèpes qu’Eloisa et elle coupaient en tranches. Quand le fil atteignait la longueur de deux brasses, Mikael l’accrochait entre deux poutres de l’avant-toit, au soleil, pour qu’ils sèchent avant l’hiver. Puis il reprenait l’enfilage avec une nouvelle longueur de ficelle.

Un paysan, passant devant la baraque en revenant des bois, regarda avec envie l’énorme quantité de champignons qu’ils avaient ramassés.

« Je vous ai pas vus monter avec nous, dit-il, d’un ton soupçonneux.

— On les a pris dans le couloir des lépiotes », dit Mikael en devançant Eloisa.

Le paysan s’en alla.

« Pourquoi t’as fait ça ? demanda Eloisa quand il fut parti.

— C’était un mensonge, répondit-il.

— Et alors ? »

Mikael haussa les épaules. Mentir était un péché. Il ne voulait pas que ce péché retombe sur l’âme d’Eloisa.

« Moi, je sais pourquoi tu as fait ça », dit Eloisa.

Mikael la regarda, heureux qu’elle ait compris.

« Tu voulais te vanter », lâcha Eloisa avant de s’en aller.

Mikael la regarda s’éloigner. Il s’aperçut seulement alors qu’il n’avait pas cessé de toucher la paume de sa main du bout du doigt, là où Eloisa l’avait effleurée, dans les bois.

Il sentit une saveur très douce dans sa bouche.

31

« Est-ce que c’est l’amour, la chose douce qui nous fait nous sentir aussi courageux que la haine ? », demanda Mikael à Raphael en arrivant tout essoufflé dans la “tanière du dragon”, au milieu de la clairière dominée par le Doigt de Moïse.

Le lendemain matin, pendant la cueillette des champignons, il avait demandé à Agnete la permission d’aller voir Raphael. Il avait fait la route qui menait au col en courant et avait grimpé l’escarpement rocheux bordé par la forêt.

Il regardait le vieil homme avec impatience, et son doigt revenait sans cesser toucher la paume de sa main.

« Viens, tu as soif », dit Raphael en entrant dans la cabane. Il versa dans une chope du sirop de sureau qu’il dilua avec de l’eau froide du torrent.

Mikael but tout d’un trait, reposa la chope sur la table et regarda Raphael. « Est-ce que c’est l’amour, la chose douce qui nous fait nous sentir aussi courageux que la haine ? », répéta-t-il. En continuant de passer le bout de son doigt sur sa paume.

« Comment tu l’as découvert ? », demanda Raphael.

Comme pris en flagrant délit, Mikael cessa de caresser la paume de sa main et rougit. « C’est… c’est les filles qui le disent. Les grandes… », balbutia-t-il, confus, se souvenant de la réponse d’Eloisa.

Raphael prit un air sceptique. « Et tu as confiance dans ce que les autres te disent ? »

Mikael s’agita avec nervosité sur le tabouret. Pourquoi le vieil homme ne pouvait-il pas simplement lui répondre ? « Je crois à ce que vous me dites », répliqua-t-il avec une pointe d’agacement dans la voix.

« La vérité n’est pas dans ce qu’une personne te dit.

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