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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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Seuls ses plus vieux amis l’appelaient Val, des gens comme Nicko Thalheim, Nimber Tanamind ou Nestor Yanez. Cela ne sonnait pas bien dans la bouche de Sundira. Mais quelle importance ? Il s’y habituerait. Et puis Val était quand même préférable à Valben.

— Faites comme vous voulez, dit-il.

Trois jours plus tard, ils eurent à affronter une autre lame de fond qui, cette fois, venait de l’ouest. Elle était plus forte que la première, mais le magnétron leur permit d’écarter sans problème le danger. S’élever, passer par-dessus la crête, retomber dans le creux, une petite secousse à l’amerrissage et c’était tout.

Le temps demeurait frais et sec. Le convoi poursuivait sa route.

Il y eut au beau milieu de la nuit un choc sourd et violent contre la coque, comme si le navire venait de heurter un récif. Lawler se dressa sur son séant en bâillant et en se frottant les yeux. Il se demanda s’il n’avait pas rêvé. Tout était silencieux. Puis il y eut un autre bruit sourd, encore plus violent. Ce n’était donc pas un rêve. Il était encore à moitié endormi, mais déjà à moitié réveillé. Il compta une minute, une minute et demie. Un autre coup. Il perçut des craquements et des vibrations dans la membrure du navire.

Complètement réveillé, Lawler passa quelque chose autour de sa taille et se dirigea vers l’escalier des cabines. Des lumières s’étaient allumées, des silhouettes sortaient du poste d’équipage, le visage ensommeillé, dont un couple dans le plus simple appareil, sans doute comme il avait été surpris dans son sommeil. Lawler monta sur le pont. Le quart de nuit – Henders, Golghoz, Delagard, Niklaus, Thane – courait fébrilement en tous sens, se précipitant d’un côté à l’autre du navire, comme pour suivre les mouvements d’un ennemi attaquant par-dessous.

— Ils reviennent à la charge ! s’écria quelqu’un.

Un nouveau choc sourd ébranla les bordages.

Sur le pont le heurt était plus violent – le navire sembla tressaillir et s’incliner – et le bruit de l’impact sur ses œuvres vives plus net, un craquement sec, d’une intensité surprenante.

Lawler s’approcha de Dag Tharp qui se tenait devant le bastingage.

— Que se passe-t-il ?

— Regardez là-bas et vous comprendrez.

La mer était calme. Deux lunes brillaient au firmament, une de chaque côté du ciel, et la Croix, qui avait amorcé la lente descente nocturne qui se poursuivrait jusqu’à l’aube, était légèrement décalée vers l’orient. Les six navires de la flottille avaient rompu leur formation habituelle sur trois rangs et se trouvaient maintenant disposés en une sorte de cercle très lâche. Une douzaine de longues traînées phosphorescentes d’un bleu vif étaient visibles dans l’espace libre entre les navires, telles des flèches de feu fendant l’eau à une faible profondeur. Lawler observait les traînées phosphorescentes d’un air intrigué, quand il vit l’une d’elles se mettre en mouvement à une vitesse stupéfiante et filer comme une flèche dans l’obscurité droit sur l’embarcation naviguant à bâbord de son navire. Un son aigu et sinistre se fit entendre et son intensité s’accrut à mesure que le trait phosphorescent s’approchait de sa cible.

La collision eut lieu. Lawler perçut le craquement à l’impact et vit l’autre navire donner de la gîte. Des cris affaiblis lui parvinrent par-dessus l’eau.

Le trait phosphorescent recula et s’éloigna rapidement pour regagner le centre du cercle formé par les navires.

— Des poissons-pilon annonça Tharp. Ils essaient de nous envoyer par le fond.

Lawler agrippa le bastingage et se pencha vers la mer. Ses yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité et il distinguait nettement les assaillants à la lumière que leur propre corps émettait.

On eût dit des missiles vivants, au corps effilé, longs de dix à quinze mètres, propulsés par une puissante queue à deux nageoires. Leur front arrondi était prolongé par une épaisse corne jaune, longue d’à peu près cinq mètres et aussi solide qu’un tronc d’algue-bois, à l’extrémité émoussée, mais à l’aspect redoutable. Ils nageaient avec frénésie dans l’espace dégagé entre les navires ; des mouvements furieux de la queue leur permettaient d’atteindre une vitesse incroyable et de projeter leur corne contre les flancs des navires dans l’espoir manifeste de les fracasser. Puis, avec une obstination frisant la démence, ils faisaient demi-tour, s’éloignaient pour prendre de l’élan et chargeaient avec une violence accrue. Plus vite ils nageaient, plus la luminescence irradiant de leurs flancs devenait intense et plus le son qu’ils émettaient se faisait aigu.

Kinverson apparut brusquement, traînant une sorte d’énorme chaudron de fer entouré de fibres d’algues.

— Voulez-vous me donner un coup de main, doc ?

— Où allez-vous avec ça ?

— Sur la passerelle. C’est un émetteur de vibrations sonores.

L’appareil ressemblant à un chaudron était presque trop lourd pour que Kinverson le déplace seul. Lawler saisit une petite corde à nœuds pendant de son côté et ils réussirent à eux deux à le transporter au bout du pont. Delagard les rejoignit au pied de la passerelle et ils hissèrent l’appareil en haut de la superstructure.

— Putains de poissons-pilon ! grommela Kinverson. Je savais bien qu’on aurait affaire à eux un jour ou l’autre.

Un nouveau choc fit vibrer la coque. Lawler vit un trait éblouissant de lumière bleue ricocher sur le bordage et s’éloigner à toute allure.

De toutes les étranges créatures que la mer avait envoyées contre eux, ces animaux qui se jetaient aveuglément à l’assaut des navires semblaient les plus terrifiantes. On pouvait en écraser certaines, en éviter d’autres, se méfier de filets à l’aspect bizarre, mais que faire contre ces torpilles attaquant sous l’eau en pleine nuit, ces énormes créatures acharnées à couler les navires et capables d’y parvenir ?

— Sont-ils assez forts pour percer la coque ? demanda Lawler à Delagard.

— Cela s’est déjà vu. Seigneur ! Seigneur !

La silhouette colossale de Kinverson se découpant sur le ciel à la clarté des lunes se dressait au-dessus de l’énorme chaudron qu’il avait installé à l’extrémité de la passerelle. Le pêcheur qui avait détaché un long bâton fixé sur le côté du chaudron le saisit à deux mains et l’abattit sur le couvercle du chaudron comme s’il frappait la membrane d’un tambour. Un roulement sourd et prolongé se répercuta au-dessus des flots.

Kinverson frappa encore, et encore, et encore.

— Que fait-il ? demanda Lawler.

— Il envoie des ondes sonores. Les poissons-pilon ne voient pas. Ils s’orientent en projetant des ondes sonores vers leur cible. Kinverson est en train de brouiller leur sens de l’orientation.

Kinverson frappait sur son tambour avec une énergie et une ardeur phénoménales. L’air vibrait des roulements qu’il produisait. Mais pouvaient-ils pénétrer dans l’eau ? Oui, il semblait bien. Les poissons-pilon qui nageaient en tous sens au centre du cercle grossier formé par les navires semblaient se déplacer encore plus rapidement qu’avant, et les traînées phosphorescentes d’un bleu éblouissant qu’ils laissaient dans leur sillage formaient un réseau de lignes entrecroisées. Kinverson frappait sans relâche et une frénésie chaotique semblait gagner les mouvements des poissons-pilon. Ils faisaient des bonds, brisant de loin en loin la surface de la mer, s’élevant pendant quelques instants avant de retomber dans une grande gerbe d’eau. L’un d’eux heurta la coque du navire, mais obliquement, et le choc fut amorti. Les sons aigus qu’ils émettaient devenaient arythmiques et discordants. Kinverson s’arrêta pendant quelques instants, comme si la fatigue commençait à le gagner, et les poissons-pilon donnèrent l’impression de devoir se regrouper. Puis il reprit de plus belle, avec une ferveur accrue, frappant inlassablement le couvercle de son bâton. La mer sembla soudain s’agiter violemment et deux des assaillants bondirent hors de l’eau au même moment. À la lumière des autres poissons-pilon qui décrivaient autour d’eux des cercles désordonnés, Lawler vit que la corne de l’un d’eux avait pénétré dans les ouïes de l’autre, qu’elle avait même transpercé le crâne de son congénère. Les deux créatures soudées dans cette horrible position retombèrent dans un grand bouillonnement d’eau et commencèrent à couler. Un sillage phosphorescent marqua pendant quelques instants leur lente descente vers les profondeurs, puis ils disparurent.

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