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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Les relents de fumée et de chair brûlée s’accrochaient encore à la tenue noire de Jon. Il savait qu’il devait manger un peu, mais c’était de compagnie qu’il avait besoin, et non de nourriture. Une coupe de vin avec mestre Aemon, quelques mots au calme avec Sam, quelques rires avec Pyp, Grenn et Crapaud. Mais Aemon et Sam étaient partis, et ses autres amis… « Je prendrai mon repas avec les hommes, ce soir.

— Bœuf bouilli et betteraves. » Edd-la-Douleur semblait toujours connaître ce qui mijotait. « Hobb dit qu’il n’a plus de raifort, par contre. À quoi bon le bœuf bouilli, sans raifort ? »

Depuis que les sauvageons avaient incendié l’ancienne salle commune, les hommes de la Garde de Nuit prenaient leurs repas dans la cave de pierre située sous l’armurerie, une caverne spacieuse divisée par deux rangées de piliers carrés en pierre, avec des plafonds en voûte, et des murs bordés de grandes barriques de vin et de bière. Lorsque Jon entra, quatre ouvriers jouaient aux dominos à la table la plus voisine de l’escalier. Plus près du feu étaient assis un groupe de patrouilleurs et quelques gens du roi, en train de discuter doucement.

Les hommes plus jeunes étaient réunis à une autre table, où Pyp avait poignardé un navet avec son couteau. « La nuit est sombre et hantée de navets, annonça-t-il d’une voix solennelle. Prions pour qu’arrive la venaison, mes enfants, avec des oignons et un peu de bonne sauce. » Ses amis rirent – Grenn, Crapaud, Satin, tous là.

Jon Snow ne se joignit pas aux rires. « Se moquer de la religion d’un autre est tâche de sot, Pyp. Et dangereux, de surcroît.

— Si le dieu rouge se sent offensé, qu’il me foudroie sur-le-champ. »

Tous les sourires s’étaient effacés. « C’est de la prêtresse que nous riions », intervint Satin, un joli jeune homme souple qui se prostituait jadis à Villevieille. « Il n’y avait là que plaisanterie, messire.

— Vous avez vos dieux, elle a les siens. Laissez-la en paix.

— Elle laisse pas nos dieux en paix, protesta Crapaud. Elle traite les Sept de faux dieux, m’sire. Et les anciens dieux aussi. Elle a forcé les sauvageons à cramer des branches de barral. Z’avez bien vu.

— Dame Mélisandre n’est pas sous mes ordres. Vous, si. Je ne veux aucune animosité entre les gens du roi et les miens. »

Pyp posa une main sur le bras de Crapaud. « Cesse de coasser, bon Crapaud, car le grand lord Snow a parlé. » Pyp se remit debout d’un bond et adressa à Jon une moqueuse courbette. « Je vous demande pardon. Dorénavant, point n’agiterai même mes oreilles sans la seigneuriale permission de Votre Seigneurie. »

Il prend tout cela comme un jeu. Jon avait envie de le secouer pour lui faire entrer un peu de bon sens dans le crâne. « Agite tes oreilles tout ton content. C’est l’agitation de ta langue qui crée les ennuis.

— Je veillerai à ce qu’il soit plus discret, promit Grenn, et je le cognerai s’il ne l’est pas. » Il hésita. « Messire, voulez-vous souper avec nous ? Owen, pousse-toi, laisse de la place à Jon. »

Rien n’aurait plus satisfait Jon. Non, dut-il se dire. Ce temps est révolu. Cette compréhension se tordit dans son ventre comme un couteau. Ils l’avaient choisi pour gouverner. Le Mur était à lui, et leurs vies lui appartenaient aussi. Un lord peut aimer les hommes qu’il commande, entendait-il encore son père dire, mais il ne saurait être leur ami. Un jour, il devra peut-être siéger pour les juger, ou les envoyer à la mort. « Un autre jour, mentit le lord Commandant. Edd, veille donc à ton souper. J’ai du travail à terminer. »

L’air extérieur semblait encore plus froid qu’auparavant. De l’autre côté du château, il voyait la clarté des chandelles briller aux fenêtres de la tour du Roi. Val se tenait sur le toit de la tour, les yeux levés vers le Mur. Stannis la gardait étroitement enfermée dans des appartements au-dessus des siens, mais l’autorisait à se promener sur le chemin de ronde pour prendre de l’exercice. Elle paraît seule, songea Jon. Seule et belle. Ygrid avait été jolie à sa façon, avec ses cheveux roux comme d’un baiser du feu, mais c’était son sourire qui avait animé son visage. Val n’avait pas besoin de sourire ; elle aurait tourné la tête des hommes dans n’importe quelle cour du vaste monde.

Malgré tout, la princesse sauvageonne n’était guère aimée de ses geôliers. Elle les traitait tous avec dédain d’« agenouillés » et avait tenté de s’évader à trois reprises. Lorsqu’un homme d’armes s’était laissé aller à la négligence en sa présence, elle avait vivement arraché le poignard du garde à son fourreau pour l’en frapper au cou. Un pouce de plus sur la gauche, et il aurait bien risqué périr.

Seule, belle et dangereuse, réfléchit Jon, et j’aurais pu l’avoir à moi. Elle, ainsi que Winterfell et le nom du seigneur mon père. Mais il avait opté plutôt pour un manteau noir et un mur de glace. Opté plutôt pour l’honneur. Une sorte d’honneur, faite pour les bâtards.

Le Mur se dressait sur sa droite tandis qu’il traversait la cour. L’escarpement de glace luisait, pâle, mais au-dessous tout n’était qu’ombre. À la porte, une trouble lueur orange filtrait à travers les barreaux, à l’endroit où les gardes avaient cherché refuge contre le vent. Jon entendait grincer les chaînes de la cage à poulie qui se balançait et raclait contre la glace. Tout en haut, les sentinelles devaient se pelotonner autour d’un brasero dans la cahute de réchauffage, en criant pour se faire entendre par-dessus le vent. À moins qu’ils n’aient renoncé à leurs efforts, et que chaque homme soit abîmé dans sa propre mare de silence. Je devrais parcourir la glace. Le Mur m’appartient.

Il marchait sous la carcasse de la tour du lord Commandant, croisant l’endroit où Ygrid était morte dans ses bras, quand Fantôme apparut près de lui, son souffle chaud ennuageant le froid. Au clair de lune, ses yeux rouges luisaient comme des flaques de flamme. Le goût du sang chaud envahit la bouche de Jon, et il sut que Fantôme avait tué, cette nuit. Non, se dit-il. Je suis un homme, pas un loup. Il se frotta la bouche avec le revers de sa main gantée et cracha.

Clydas occupait encore les appartements au-dessous de la roukerie. Quand Jon frappa à la porte, il vint en traînant des pieds, une salamandre à la main, pour entrebâiller le battant. « Je dérange ? demanda Jon.

— Pas du tout. » Clydas ouvrit la porte plus grand. « Je réchauffais du vin. Voulez-vous prendre une coupe, messire ?

— Avec plaisir. » Il avait les mains raidies de froid. Il retira ses gants et plia les phalanges.

Clydas regagna l’âtre pour remuer le vin. Il a soixante ans, au bas mot. Un vieillard. Il ne paraissait jeune qu’en comparaison avec Aemon. Court et rond, il avait les yeux roses et troubles d’une créature nocturne. Quelques cheveux blancs s’accrochaient à son crâne. Lorsque Clydas versa, Jon tint la coupe à deux mains, huma les épices, avala. La chaleur se répandit dans sa poitrine. Il but de nouveau, à longs traits avides, pour laver de sa bouche le goût du sang.

« Les gens de la reine disent que le Roi-d’au-delà-du-Mur a péri comme un lâche. Qu’il a imploré sa grâce et renié sa royauté.

— En effet. Illumination a plus resplendi que je ne l’avais jamais vue faire. Aussi brillante que le soleil. » Jon leva sa coupe. « À Stannis Baratheon et à son épée magique. » Le vin eut de l’amertume dans sa bouche.

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