La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #2
- Год: 1987
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0300-4
- Переводчик: Daniel Lemoine
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
— Sortons, dit Ender.
Ils comprirent parfaitement ce qu’il venait de faire, du fait que ce type d’implant était relativement répandu ; ils y virent la preuve de son désir d’avoir avec eux une conversation intime et sérieuse, de sorte qu’ils acceptèrent sans difficulté. Ender avait l’intention d’éteindre temporairement le bijou, en réaction à l’insensibilité de Jane ; il pensait remettre l’interface en marche quelques minutes plus tard. Mais la façon dont l’Aradora et le Ceifeiro se détendirent dès que l’appareil fut éteint lui interdisait provisoirement de le remettre en marche.
Dans la nuit, au flanc de la colline, conversant avec l’Aradora et le Ceifeiro, il oublia que Jane n’écoutait pas. Ils lui parlèrent de l’enfance solitaire de Novinha, de son éveil soudain à la vie grâce à l’affection paternelle de Pipo et à l’amitié de Libo.
— Mais, dès la nuit de sa mort, elle est morte pour nous.
Novinha avait toujours ignoré les conversations la concernant. Les chagrins de la plupart des enfants n’auraient pas pu justifier des réunions chez l’évêque, des conversations entre les professeurs du monastère, des discussions interminables dans le bureau du maire. Les autres enfants, après tout, n’étaient pas la fille d’Os Venerados ; les autres enfants n’étaient pas l’unique xénobiologiste de la planète.
— Elle est devenue très froide et professionnelle. Elle a fourni des rapports sur son travail pour l’adaptation de la faune locale à la consommation humaine et la survie des plantes terriennes sur Lusitania. Elle a toujours répondu aux questions avec aisance, entrain, et d’une façon inoffensive. Mais, pour nous, elle était morte ; elle n’avait pas d’amis. Nous avons même interrogé Libo, Dieu ait son âme, et il nous a répondu que, lui qui avait été son ami, n’avait même pas droit à l’indifférence optimiste qu’elle réservait aux autres. Au contraire, elle se mettait en colère contre lui et lui interdisait de lui poser des questions. (Le Ceifeiro pela une herbe indigène et lécha le liquide de sa surface interne.) Vous devriez essayer ceci, Porte-Parole Andrew… La saveur est intéressante et, comme votre corps ne peut synthétiser ce qui la constitue, c’est totalement inoffensif.
— Tu devrais lui dire que les bords de ces herbes sont tranchants comme un rasoir et qu’il risque de se couper les lèvres et la langue.
— J’allais le faire.
Ender rit, pela une herbe et goûta. Cannelle amère, léger parfum de citron vert, lourdeur d’une respiration nauséabonde – le goût évoquait de nombreuses saveurs, souvent désagréables, mais il était fort.
— Cela pourrait devenir une drogue.
— Mon mari est sur le point de recourir à l’allégorie, Porte-Parole Andrew. Méfiez-vous.
Le Ceifeiro eut un rire timide.
— San Angelo ne disait-il pas que le Christ a montré le bon chemin en comparant les choses nouvelles aux anciennes ?
— La saveur de l’herbe, dit Ender. Quel est le rapport avec Novinha ?
— Il est très oblique. Mais je crois que Novinha a absorbé quelque chose de très désagréable, mais que c’était si puissant qu’elle a succombé et n’a jamais pu renoncer à sa saveur.
— De quoi s’agit-il ?
— En termes théologiques ? L’orgueil de la culpabilité universelle. C’est une forme de vanité et de repli sur soi. Elle se tient pour responsable de choses qui ne peuvent en aucun cas être sa faute. Comme si elle contrôlait tout, comme si les souffrances des autres se produisaient en rétribution de ses péchés.
— Elle se reproche la mort de Pipo, traduisit l’Ara-dora.
— Elle n’est pas stupide ! protesta Ender. Elle sait qu’elle est le fait des piggies, et elle sait que Pipo est allé seul les voir. Comment pourrait-elle en être responsable ?
— Le jour où cette idée m’est venue à l’esprit, j’ai eu la même réaction. Mais j’ai examiné les transcriptions et les enregistrements des événements de la nuit de la mort de Pipo. Il n’y avait qu’un indice – une remarque faite par Libo demandant à Novinha de lui montrer ce sur quoi Pipo et elle travaillaient avant la visite de Pipo chez les piggies. Elle a refusé. Rien d’autre. Quelqu’un les a interrompus et ils ne sont jamais revenus sur le sujet, du moins ni dans le Laboratoire du Zenador ni dans un endroit où cela aurait pu être enregistré automatiquement.
— Cela nous a amenés à nous demander ce qui était arrivé juste avant la mort de Pipo, Porte-Parole Andrew, enchaîna l’Aradora. Pourquoi Pipo est-il parti aussi précipitamment ? S’étaient-ils querellés ? Etait-il en colère ? Lorsque quelqu’un meurt, surtout quelqu’un que l’on aime, et que l’on s’est disputé avec lui juste avant, ou qu’on lui en a voulu, on se sent souvent coupable : si seulement je n’avais pas dit ci, si seulement je n’avais pas dit ça.
— Nous avons tenté de reconstituer ce qui est arrivé ce soir-là. Nous avons interrogé les index des ordinateurs, ceux qui conservent automatiquement toutes les notes de travail, tout ce que fait la personne qui utilise les machines. Et tout ce qui la concernait était inaccessible. Pas seulement les dossiers sur lesquels elle travaillait. Il nous fut impossible de déterminer les moments où elle utilisait les machines. Il nous fut même impossible de découvrir quels dossiers elle cachait. Nous ne pouvions accéder à rien, voilà tout. Et Madame le Maire non plus, du moins pas avec les priorités ordinaires.
L’Aradora hocha la tête.
— C’était la première fois que des dossiers publics avaient été ainsi protégés – des dossiers de travail faisant partie du patrimoine de la colonie.
— C’était une attitude scandaleuse. Naturellement, le maire aurait pu utiliser les priorités d’urgence, mais où était l’urgence ? Il aurait fallu organiser une audience publique et nous ne disposions pas de la moindre justification légale. Simplement l’inquiétude qu’elle nous inspirait, et le droit ne respecte guère les gens qui fouillent dans les affaires des autres. Peut-être verrons-nous un jour ces dossiers et saurons-nous ce qu’il s’est passé entre eux juste avant la mort de Pipo. Elle ne peut pas les effacer puisqu’il s’agit d’affaires publiques.
Ender avait oublié que Jane n’écoutait pas, qu’il l’avait exclue. Il supposa que, ayant entendu cela, elle contournait toutes les protections établies par Novinha et découvrait ce qu’il y avait dans ses dossiers.
— Et son mariage avec Marcão, reprit l’Aradora. Tout le monde savait que c’était de la folie. Libo voulait l’épouser, il ne s’en cachait pas. Mais elle a refusé.
— Comme pour dire : Je ne mérite pas d’épouser l’homme qui pourrait me rendre heureuse. Je vais épouser un homme qui se montrera méchant et brutal, qui m’infligera le châtiment que je mérite. (Le Ceifeiro soupira.) Son désir de se punir les a définitivement séparés.
Il tendit le bras et toucha la main de sa femme.
Ender pensait que Jane allait faire un commentaire ironique indiquant que six enfants prouvaient que Libo et Novinha n’avaient pas été complètement séparés. Comme elle ne le faisait pas, Ender se souvint finalement qu’il avait éteint l’interface. Mais, comme le Ceifeiro et l’Aradora le regardaient, il ne pouvait guère la remettre en marche.
Comme il savait que Libo et Novinha avaient été amants pendant de nombreuses années, il savait également que le Ceifeiro et l’Aradora se trompaient. Oh, Novinha se sentait sans doute coupable – cela pouvait expliquer pourquoi elle avait supporté Marcão, pourquoi elle s’était isolée du reste de la population. Mais ce n’était pas pour cette raison qu’elle n’avait pas épousé Libo ; même si elle se sentait coupable, elle estimait manifestement qu’elle méritait les plaisirs du lit de Libo.