La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #2
- Год: 1987
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0300-4
- Переводчик: Daniel Lemoine
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
C’était le mariage avec Libo, pas Libo lui-même, qu’elle rejetait. Et ce n’était pas un choix facile dans une colonie aussi réduite, surtout catholique. Ainsi, qu’est-ce qui était la conséquence directe du mariage, mais pas de l’adultère ? Qu’est-ce qu’elle fuyait ?
— Ainsi, vous voyez, pour nous c’est toujours un mystère. Si vous avez véritablement l’intention de Parler la mort de Marcão Ribeira, il vous faudra répondre d’une façon ou d’une autre à cette question : Pourquoi l’a-t-elle épousé ? Et, pour y répondre, vous devrez découvrir pourquoi Pipo est mort. Et dix mille esprits comptant parmi les meilleurs des Cent Planètes travaillent sur cette question depuis plus de vingt ans.
— Mais j’ai un avantage sur tous ces excellents esprits, releva Ender.
— Lequel ? s’enquit le Ceifeiro.
— Je peux compter sur l’aide de gens qui aiment Novinha.
— Nous n’avons rien pu faire par nous-mêmes, rappela l’Aradora. Et nous n’avons pas pu l’aider.
— Peut-être pouvons-nous nous entraider, proposa Ender.
Le Ceifeiro le regarda, posa la main sur son épaule.
— Si vous êtes sérieux, Porte-Parole Andrew, dans ce cas vous serez aussi honnête avec nous que nous l’avons été avec vous. Vous nous ferez partager l’idée qui vous a traversé l’esprit il y a dix secondes.
Ender resta un instant silencieux, puis hocha gravement la tête.
— Je ne crois pas que Novinha a refusé d’épouser Libo en raison d’un sentiment de culpabilité. Je crois qu’elle a refusé de l’épouser pour lui interdire l’accès à ces dossiers protégés.
— Pourquoi ? demanda le Ceifeiro. Craignait-elle qu’il ne découvre qu’elle s’était querellée avec Pipo ?
— Je ne crois pas qu’elle se soit querellée avec Pipo, ajouta Ender. Je crois que Pipo et elle ont découvert quelque chose et que cette découverte a entraîné la mort de Pipo. C’est pour cela qu’elle a protégé les dossiers. D’une façon ou d’une autre, les informations qu’ils contiennent sont fatales.
Le Ceifeiro secoua la tête.
— Non, Porte-Parole Andrew. Vous ignorez le pouvoir de la culpabilité. On ne détruit pas son existence pour quelques informations – mais on peut le faire lorsque l’on s’adresse des reproches sans importance objective. Voyez-vous, elle a effectivement épousé Marcão Ribeira. Et c’était un châtiment qu’elle s’imposait.
Ender ne prit pas la peine de contester. Ils avaient raison sur le plan du sentiment de culpabilité de Novinha ; pour quel autre motif aurait-elle laissé Marcão Ribeira la battre, sans jamais se plaindre ? Le sentiment de culpabilité existait. Mais il y avait une autre explication au fait qu’elle eût épousé Marcão. Il était stérile et en avait honte ; pour cacher son impuissance à la ville, il était prêt à accepter un mariage où il serait systématiquement trompé. Novinha était prête à souffrir, mais pas à vivre sans le corps et les enfants de Libo. Non, elle avait refusé de l’épouser pour lui interdire l’accès à ses dossiers secrets parce que ce qu’ils contenaient conduirait les piggies à le tuer.
Quelle ironie, dans ce cas ! Quelle ironie, puisqu’ils l’avaient tout de même tué.
De retour dans sa petite maison, Ender s’assit devant le terminal et appela Jane, interminablement. Elle ne lui avait pas parlé sur le chemin du retour, bien qu’il eût rebranché l’interface et fait d’abondantes excuses. Elle ne répondit pas davantage sur le terminal.
Ce n’est qu’à cet instant qu’il comprit que la pierre Précieuse comptait beaucoup plus pour elle que pour lui. Il s’était contenté de chasser une interruption gênante, comme un enfant désagréable. Mais, pour elle, la pierre précieuse était une relation continuelle avec le seul être humain connaissant son existence. Ils avaient déjà été séparés de nombreuses fois, par les trajets dans l’espace, par le sommeil ; mais il n’avait jamais coupé l’interface. C’était comme si la seule personne qui la connaissait refusait désormais d’admettre qu’elle existait.
Il se la représenta sous les traits de Quara, pleurant dans son lit, ayant désespérément envie d’être prise et serrée dans des bras, rassurée. Mais ce n’était pas une petite fille de chair et de sang. Il ne pouvait pas aller à sa rencontre. Il pouvait seulement attendre en espérant qu’elle reviendrait.
Que savait-il d’elle ? Il lui était impossible de deviner la nature de ses émotions. Il était même envisageable que, de son point de vue, la pierre précieuse fût son être et que, en l’éteignant, il l’ait tuée.
Non, se dit-il. Elle est là, dans les relais philotiques unissant les centaines d’ansibles répartis dans les systèmes stellaires des Cent Planètes.
— Pardonne-moi, tapa-t-il sur le terminal. J’ai besoin de toi.
Mais la pierre précieuse resta silencieuse, le terminal demeura vide et froid. Il ignorait à quel point il dépendait de sa présence constante. Il avait cru aimer sa solitude ; à présent, toutefois, la solitude lui étant imposée, il éprouvait un violent désir de parler, d’être entendu, comme s’il avait besoin de la conversation de quelqu’un pour se convaincre qu’il existait effectivement.
Il alla jusqu’à sortir la reine de sa cachette, bien que ce qui se passait entre eux fût pratiquement sans rapport avec la conversation. Toutefois, même cela n’était plus possible. Ses pensées étaient diffuses, faibles, et dépourvues de mots qui, pour elle, constituaient désormais une difficulté presque insurmontable ; une simple impression d’interrogation et l’image d’un cocon déposé dans un endroit frais et humide, une caverne ou le creux d’un arbre vivant. ‹Maintenant ?› semblait-elle demander. Non, fut-il obligé de répondre, pas encore, je regrette – mais elle n’attendit pas ses excuses, s’en alla retrouver l’être ou la chose avec qui elle pouvait s’entretenir de la façon qui lui était propre, et Ender n’eut plus qu’à dormir.
Puis, lorsqu’il se réveilla au milieu de la nuit, rongé par le remords de la peine qu’il avait égoïstement infligée à Jane, il s’assit à nouveau devant ce terminal et tapa.
— Reviens, Jane, écrivit-il. Je t’aime.
Puis il envoya son message, par ansible, à un endroit où il lui serait impossible de ne pas en tenir compte. Il serait lu, dans les services du maire, comme l’étaient tous les messages transmis par ansible ; le maire, l’évêque et Dom Cristão seraient probablement prévenus au matin. Ils pourraient toujours se demander qui était Jane et pourquoi le Porte-Parole l’appelait désespérément, au-delà des années-lumière, au milieu de la nuit. Ender ne s’en souciait pas. Car, désormais, il avait perdu Valentine et Jane, de sorte que, pour la première fois depuis vingt ans, il était totalement seul.
JANE
Le pouvoir du Congrès Stellaire a permis d’assurer la paix non seulement entre tes planètes, mais aussi entre les nations réparties sur ces planètes, et cette paix dure depuis presque deux mille ans.
Ce que peu de gens comprennent, c’est la fragilité de notre pouvoir. Il n’est pas issu d’armées innombrables ou d’armadas invincibles. Il repose sur le contrôle du réseau d’ansibles qui transporte instantanément les informations d’une planète à l’autre.
Aucune planète ne prend le risque de s’opposer à nous car elle serait privée de tous les progrès scientifiques, technologiques, artistiques, littéraires, devrait renoncer au savoir et aux distractions autres que ceux qu’elle pourrait produire.
C’est pourquoi le Congrès Stellaire a eu la grande sagesse de confier aux ordinateurs le contrôle du réseau d’ansibles, et le contrôle des ordinateurs au réseau d’ansibles. Nos systèmes d’information sont si intimement liés qu’aucune force humaine, à l’exception du Congrès Stellaire, ne pourrait en interrompre le flot. Nous n’avons pas besoin d’armes, car la seule arme qui compte, l’ansible, est totalement sous notre contrôle.