Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
« Tu es mon frère, Dex », reprit-elle.
J’étais convaincu que ce n’était pas ce qu’elle avait eu l’intention de dire.
« Personne ne te le reprochera, lui dis-je.
— Merde, Dexter, tu es mon frère ! » lança-t-elle avec fureur. Sa rage me prit entièrement par surprise. « Je ne sais pas ce qui se passait entre toi et papa – les trucs dont vous ne parliez à personne. Mais je sais très bien ce qu’il aurait fait à ma place.
— Il m’aurait dénoncé », dis-je. Deborah hocha la tête.
« Exactement, répondit-elle. Il t’aurait dénoncé. Et c’est ce que je vais faire. » Elle se détourna, regarda par la fenêtre, au loin. « Je dois terminer ces interrogatoires, poursuivit-elle. Je te laisse le soin de déterminer si cet élément de preuve est pertinent. Emporte-le chez toi et débrouille-toi pour trouver ce qu’il y a à trouver. Dès que j’ai fini ici, avant de retourner bosser je passe chez toi pour que tu m’expliques, pour entendre ce que tu as à me dire. » Elle jeta un coup d’œil à sa montre. « À 20 heures. Et s’il faut que je t’arrête à ce moment-là, je le ferai. » Elle me regarda de nouveau pendant un très long moment. « Merde, Dexter », ajouta-t-elle doucement avant de quitter la pièce.
Je m’approchai de la fenêtre et regardai au-dehors à mon tour. Juste en dessous, le manège des policiers, des journalistes et de ces imbéciles de badauds continuait à tourner, identique à lui-même. Au-delà du parking, j’apercevais la voie express, saturée de voitures et de camions qui fonçaient à 145 kilomètres/heure, la vitesse limite pour Miami. Plus loin, sur l’horizon, se profilait la ligne des gratte-ciel.
Et ici au premier plan se tenait ce pauvre Dexter complètement paumé, occupé à scruter par la fenêtre une ville qui ne parlait pas, et qui, si elle avait parlé, ne lui aurait de toute manière rien dit.
Merde, Dexter.
J’ignore combien de temps je restai planté devant cette fenêtre, mais au bout d’un moment je finis par comprendre qu’elle ne m’apporterait aucune réponse. Il serait bien plus utile d’aller faire un tour sur l’ordinateur du commissaire Pustule. Je me dirigeai vers le bureau. La machine était équipée d’un lecteur CD/RW. Dans un tiroir, je trouvai une boîte de CD enregistrables. J’en insérai un dans le lecteur, recopiai intégralement le fichier des images puis éjectai le CD. Je le tins entre mes doigts et le considérai : il n’avait pas grand-chose à dire lui non plus, et le léger gloussement que je crus entendre depuis le siège arrière sombre n’était sûrement que dans mon imagination. Mais, juste au cas où, j’effaçai le fichier du disque dur.
Lorsque je quittai le bâtiment, les flics de Broward ne cherchèrent pas à m’arrêter, pas plus qu’ils ne m’adressèrent la parole, mais j’eus tout de même l’impression qu’ils me dévisageaient avec une indifférence plutôt méfiante.
Je me demandai si j’étais en train d’expérimenter ce que c’était que d’avoir une conscience. Sans doute ne le saurais-je jamais – contrairement à cette pauvre Deborah, écartelée entre plusieurs obligations qui ne pouvaient décemment coexister dans le même cerveau. J’admirai sa solution : me laisser la responsabilité de déterminer si cette preuve était réellement concluante. Très habile. Tout à fait conforme à l’esprit Harry ; un peu comme poser un fusil chargé devant un ami coupable puis s’éloigner, en sachant très bien que le sentiment de culpabilité l’amènerait à appuyer sur la détente et épargnerait ainsi un procès à la ville. Dans l’univers de Harry, la conscience d’un homme ne pouvait vivre avec une telle honte.
Mais, comme Harry le savait pertinemment, cet univers-là était mort depuis belle lurette – et je n’avais ni conscience, ni honte, ni sentiment de culpabilité. Tout ce que j’avais, c’était un CD avec quelques images. Et, bien sûr, ces images avaient encore moins de sens qu’une conscience.
Il y avait forcément une explication qui ne sous-entendait pas que Dexter ait traversé Miami au volant d’une camionnette pendant son sommeil. Certes, la plupart des conducteurs semblaient y arriver sans problème, mais ils étaient tout de même plus ou moins réveillés au démarrage, n’est-ce pas ? Et puis, moi qui avais le regard si vif, l’esprit si joyeusement alerte, je n’étais pas le genre de type à rôder à travers la ville afin de commettre des meurtres inconscients ; non, j’étais de ceux qui souhaitent pouvoir s’en souvenir dans les moindres détails. Et d’ailleurs, si l’on voulait être réaliste, il y avait cette fameuse nuit sur la voie surélevée. Il m’était physiquement impossible de jeter la tête sur ma propre voiture, non ?
À moins de croire que je pouvais me trouver dans deux endroits à la fois, ce qui paraissait assez logique, finalement… étant donné que la seule autre interprétation qui me vînt à l’esprit suggérait que je m’imaginais assis dans ma voiture en train de regarder quelqu’un lancer la tête quand, en réalité, je l’avais moi-même lancée sur ma propre voiture, puis…
Non. C’était ridicule. Je ne pouvais pas demander aux derniers lambeaux de mon cerveau jadis si fier de croire ces sornettes. Il y avait forcément une explication logique et simple, et je la trouverais ; et, quitte à passer pour un homme qui essaye de se convaincre qu’il n’y a rien sous son lit, je prononçai tout haut : « Il existe une explication logique et simple. » Et comme on ne sait jamais qui nous écoute j’ajoutai : « Il n’y a rien sous mon lit. » Mais, une fois de plus, la seule réponse que j’obtins fut un silence fort éloquent de la part de mon Passager Noir.
Malgré la belle humeur sanguinaire des autres conducteurs, je ne trouvai aucune réponse sur le chemin du retour. Ou, pour être absolument sincère, je n’en trouvai aucune qui tenait debout. De nombreuses réponses stupides me venaient, mais elles avaient toutes pour postulat essentiel que quelque chose ne tournait pas rond sous le crâne de notre monstre préféré, et j’avais beaucoup de mal à accepter cette hypothèse. Peut-être parce que je n’avais pas l’impression d’être plus dérangé que d’habitude. Il ne me semblait pas avoir des cellules grises manquantes, ni réfléchir plus lentement ou plus bizarrement qu’à l’accoutumée, et jusqu’à présent je n’avais pas eu, à ma connaissance, de conversation avec des copains invisibles.
Sauf dans mon sommeil, bien sûr… Mais est-ce que ça comptait vraiment ? Ne sommes-nous pas tous un peu dérangés quand nous dormons ? Qu’est-ce que le sommeil, en définitive, sinon le moyen de reléguer notre démence au fond de la trappe sombre de notre subconscient pour nous réveiller le lendemain prêt à manger un bol de céréales et non les gosses des voisins ?
Or, en dehors des rêves que j’avais faits, le reste se tenait : quelqu’un avait lancé la tête sur ma voiture à North Bay Village, laissé une Barbie dans mon appartement, et mis en scène les cadavres de façon fascinante. Quelqu’un d’autre, pas moi. Pas ce cher Dexter détraqué. Et ce quelqu’un d’autre se trouvait prisonnier des images contenues dans le CD-ROM. J’allais donc les regarder et prouver une bonne fois pour toutes que…
… que selon toute vraisemblance le tueur n’était autre que moi ?…
Très bien, Dexter. Bravo ! Je t’avais dit qu’il y avait une explication logique. Quelqu’un d’autre qui, en réalité, était moi. Évidemment. Ça tombait sous le sens, n’est-ce pas ?
Je regagnai mon appartement et jetai un coup d’œil furtif à l’intérieur. Personne n’avait l’air de m’attendre. Il n’y avait aucune raison, bien sûr, pour que quelqu’un m’attende, mais, étant donné que le personnage diabolique qui terrorisait la ville savait où j’habitais, j’étais un chouïa inquiet. Comme il l’avait déjà démontré, c’était un monstre capable de faire n’importe quoi ; à tout moment il pouvait entrer et laisser de nouveaux morceaux de Barbie. Surtout s’il était moi.