Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Les morceaux de corps n’étaient pas soigneusement emballés, cette fois. Ils étaient disposés à même le sol en quatre groupes distincts. Et comme je regardais plus attentivement, je vis quelque chose d’extraordinaire.
Une jambe avait été placée le long du côté gauche du placard. Elle était d’un blanc bleuté exsangue très pâle, et il y avait même autour de la cheville une petite chaîne en or à laquelle était suspendu un pendentif en forme de cœur. Très joli, vraiment ; un travail d’une parfaite élégance, qu’aucune tache de sang horrible ne venait gâcher. Deux bras sombres, très bien coupés eux aussi, avaient été repliés au niveau du coude et posés près de la jambe, le coude pointé vers l’extérieur. Juste à côté, les autres membres, tous pliés au niveau de l’articulation, avaient été disposés de façon à dessiner un cercle et un demi-cercle.
Il me fallut quelques secondes. Je clignai des yeux, et soudain ce fut très net ; je dus froncer fort les sourcils pour m’empêcher de pouffer comme la collégienne surexcitée que Deb m’avait accusé d’être.
Car il avait disposé les bras et les jambes telles des lettres, et ces lettres formaient un seul mot très court.
BOU !
Les trois torses avaient été soigneusement placés en dessous et dessinaient un arc de cercle : un joli sourire façon Halloween.
Quel farceur !
Mais, alors même que j’admirais l’esprit espiègle dont témoignait cette farce, je me demandai pourquoi il avait choisi d’exposer sa petite création précisément là, dans un placard, plutôt que sur la glace, où elle aurait pu être admirée par un public plus vaste. C’était un placard très spacieux, certes, mais cela restait limité ; il y avait tout juste assez de place pour l’installation. Alors pourquoi ?
Comme je réfléchissais, la porte extérieure de la patinoire s’ouvrit à grand fracas – les premiers renforts, très certainement. Et la porte grande ouverte provoqua, un instant plus tard, un courant d’air frais qui souffla sur la glace et dans mon dos…
L’air froid courut le long de ma colonne vertébrale et fut rejoint par un flux de chaleur qui jaillissait vers le haut le long du même chemin. Cette bouffée d’air se glissa subrepticement tout au fond de ma conscience plongée dans l’ombre et quelque chose bougea dans les profondeurs de la nuit sans lune de mon cerveau reptilien, et je sentis le Passager Noir approuver vivement quelque chose que je n’entendais même pas ou ne comprenais pas, si ce n’est que c’était lié à l’urgence primitive de l’air frais et des murs très proches et à un puissant sentiment de…
Justesse. Aucun doute là-dessus. Il y avait là une réelle justesse qui rendait mon passager clandestin content, excité et comblé sans que je sois capable de comprendre pourquoi. Et au-dessus de tout ça flottait une troublante impression de familiarité. Je n’en saisissais pas le sens, mais je la percevais nettement. Malheureusement, avant que je puisse explorer davantage ces étranges révélations, je reçus l’ordre de la part d’un jeune homme trapu en uniforme de m’écarter et de garder mes deux mains bien en vue. Il devait très certainement faire partie du premier peloton, et il braquait son arme sur moi d’une façon très persuasive. Étant donné qu’il n’avait qu’un seul sourcil qui lui barrait tout le haut du visage et n’avait pas l’air d’avoir de front, je décidai qu’il était sans doute préférable de ne pas le contrarier. Il avait l’apparence d’une grosse brute capable de tirer sur n’importe quel innocent – ou même sur moi… Je m’éloignai donc de quelques pas.
Mon repli stratégique révéla le charmant diorama, et le jeune homme fut soudain très soucieux de trouver un endroit susceptible d’accueillir son petit déjeuner. Il réussit à atteindre une large poubelle située à trois mètres de là avant de commencer ses horribles borborygmes. Je restai immobile, attendant qu’il ait fini. Quelle sale habitude de balancer comme ça des aliments à moitié digérés… Quel manque d’hygiène ! Et venant d’un garant de la sécurité publique, en plus.
Plusieurs agents supplémentaires arrivèrent au trot, et bientôt mon simiesque ami dut partager sa poubelle avec quelques copains à lui. Le bruit était extrêmement déplaisant – sans parler de l’odeur qui parvenait à présent jusqu’à mes narines. Mais j’attendis poliment qu’ils aient terminé, car l’une des caractéristiques fascinantes des pistolets, c’est qu’ils peuvent très bien être actionnés par quelqu’un en train de vomir. Enfin, l’un des policiers se redressa, essuya son visage à sa manche et commença à me questionner. Ma situation fut vite clarifiée et je fus écarté, avec l’ordre de ne pas bouger et de ne toucher à rien.
Le commissaire Matthews et l’inspecteur LaGuerta arrivèrent peu après et, quand ils purent enfin prendre la relève, je commençai à me détendre un peu. Mais alors même que je pouvais bouger et toucher ce que je voulais, je m’assis simplement pour réfléchir. Et les pensées qui me vinrent à l’esprit étaient plutôt déconcertantes.
Pourquoi l’installation dans le placard suscitait-elle un écho en moi ?
À moins de succomber à nouveau à la confusion mentale qui s’était emparée de moi plus tôt dans la journée et de me persuader que c’en était moi l’auteur, pourquoi cette scène m’était-elle apparue si délicieusement juste ? Bien sûr que je n’en étais pas l’auteur. J’avais déjà honte de l’ineptie d’une telle hypothèse. « Bou ! », en effet… Ça ne valait même pas la peine d’en rire. C’était ridicule.
Alors… pourquoi cet écho en moi ?
Je soupirai. J’éprouvais encore une nouvelle émotion : une grande confusion. Je n’avais aucune idée de ce qui était en train de se passer, si ce n’est que, d’une façon ou d’une autre, j’y étais mêlé. Ce n’était pas en soi une découverte révolutionnaire, étant donné qu’elle rejoignait toutes les conclusions de mes analyses précédentes. Si j’écartais l’hypothèse absurde que j’étais, sans le savoir, l’auteur de ces meurtres – et je l’écartais –, alors toutes les autres explications devenaient encore plus improbables. Dexter aurait donc pu résumer l’affaire ainsi : il sait qu’il est plus ou moins impliqué, mais il ne sait même pas ce que cela veut dire. Je sentais les petites roues de mon cerveau autrefois si fier quitter leurs rails et aller s’écraser au sol. Cling, cling. Bang. Dexter avait déraillé.
Heureusement, je fus sauvé de l’anéantissement total par l’apparition de ma chère Deborah.
« Viens, me dit-elle brusquement. On monte à l’étage.
— Puis-je te demander pourquoi ?
— On va parler au personnel des bureaux, répondit-elle. Voir s’ils savent quelque chose.
— Ils doivent en savoir, des choses, s’ils ont un bureau… » plaisantai-je.
Elle me dévisagea un instant puis se détourna.
« Allez, viens », répéta-t-elle.
Ce fut peut-être à cause de son ton impérieux, toujours est-il que je la suivis. Nous traversâmes toute la patinoire jusqu’au hall d’entrée. Un flic de Broward se tenait devant l’ascenseur, et de l’autre côté de la longue rangée de portes vitrées il y en avait toute une ribambelle postée devant une barrière. Deb avança d’un air décidé vers celui de l’ascenseur et lui dit : « Je suis Morgan. » Il fit un signe de la tête et appuya sur le bouton d’appel. Il me regarda avec un manque d’expression total qui en disait long. « Moi aussi je suis Morgan », lui dis-je. Il continua à me fixer, puis tourna la tête et se mit à scruter les portes vitrées.
On entendit un léger carillon et la porte de l’ascenseur s’ouvrit. Deborah pénétra à l’intérieur avec arrogance et appuya si fort sur le bouton qu’elle obligea le policier à lever les yeux, juste avant que la porte ne se referme.