Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Il resta immobile quelques secondes, puis plongea brusquement dans le fauteuil installé devant l’ordinateur et toucha la souris. Aussitôt, l’écran s’anima, et il se mit à taper et cliquer avec frénésie.
« À quelle heure je commence ?
— À quelle heure est-ce que tout le monde est parti ? » lui demanda Deborah.
Il haussa les épaules.
« Y avait pas de match hier soir, donc plus personne n’était là, disons… à 20 heures ?
— Commencez à minuit », dis-je. Il hocha la tête.
« D’ac. » Il travailla en silence pendant quelques instants, puis il marmonna : « Allez !… Y a que six cents mégahertz là-dedans. Ils veulent pas qu’on mette à jour. Ils disent tout le temps que ça va très bien comme ça, mais c’est d’une lenteur, putain !… Et impossible de… OK », dit-il, s’interrompant brusquement. Une image sombre apparut sur l’écran : le parking vide au-dehors. « Minuit », dit-il, les yeux rivés sur la machine.
Au bout de quinze secondes, l’image fut remplacée par la même image.
« Il va falloir qu’on regarde ça pendant cinq heures ? demanda Deborah.
— Faites défiler, conseillai-je. Jusqu’à ce qu’on aperçoive des phares ou quelque chose qui bouge.
— Pigé… » dit-il.
Il effectua quelques manipulations rapides avec la souris, puis les images se succédèrent au rythme d’une par seconde.
Elles ne changèrent pas beaucoup au début : toujours le même parking sombre et une lumière vive dans un coin. Au bout d’une cinquantaine de clichés, une nouvelle image surgit.
« Un camion ! » s’exclama Deb.
Notre neuneu de service secoua la tête.
« Le vigile », expliqua-t-il.
Et sur le cliché suivant le véhicule de l’agent de sécurité apparut.
Il continua à faire défiler les images, qui se répétaient, éternelles et identiques. Tous les trente ou quarante clichés, on voyait le camion du vigile passer, puis plus rien. Après plusieurs minutes de ce rythme-là, le schéma changea et il n’y eut plus rien du tout pendant un long moment.
« Niqué ! » lâcha notre petit ami cracra.
Deborah lui adressa un regard mauvais.
« La caméra est cassée ? »
Il la regarda, rougit à nouveau et détourna les yeux.
« Les mecs de la sécurité, expliqua-t-il. Ils craignent à fond. Toutes les nuits, vers 3 heures du mat, ils vont se garer de l’autre côté et se tapent un roupillon. » Il indiqua de la tête les images identiques qui continuaient à défiler. « Vous voyez ? Ohé ! Monsieur le mec de la sécurité ? Ça bosse dur ? » Il produisit un son mouillé avec son nez, ce qui, force me fut de constater, était censé être un rire. « Pas vraiment ! »
Il réitéra l’espèce de grognement et recommença à faire défiler les images.
Et puis, tout à coup…
« Stop ! » criai-je.
Sur l’écran, une camionnette venait d’apparaître devant la porte, juste en dessous de nous. L’image changea de nouveau, et cette fois un homme se tenait à côté du véhicule.
« Vous pouvez vous rapprocher ? demanda Deborah.
— Zoomez sur lui », dis-je avant même qu’il songe à froncer les sourcils.
Il déplaça le curseur, sélectionna le personnage, puis cliqua. L’image s’agrandit d’un coup.
« C’est limité au niveau de la résolution, commenta-t-il. Les pixels…
— Fermez-la », le coupa Deborah.
Elle scrutait l’écran avec une telle intensité qu’elle aurait presque pu le transpercer, et je compris vite pourquoi.
L’image était sombre, et l’homme était encore trop loin pour être vraiment net, mais d’après les quelques détails que je distinguais il me disait vaguement quelque chose : la façon dont il était figé sur l’écran, son poids bien réparti sur les deux jambes, et l’aspect général de la silhouette. Curieusement, malgré le manque de netteté, il en ressortait quelque chose d’assez clair. Et tandis qu’un énorme rire explosait en secret dans le siège arrière de mon cerveau je pris conscience, avec toute la force de l’accord final d’une symphonie, que, de fait, il ressemblait étrangement à…
« Dexter ?… » lâcha Deb, d’une drôle de voix rauque et étranglée.
Oui, en effet.
Il ressemblait incroyablement à Dexter.
CHAPITRE XXIII
Deborah dut très certainement ramener monsieur Cheveux Gras dans la salle commune car, quand je relevai la tête, elle se tenait debout devant moi, seule. Malgré son uniforme bleu, elle n’avait plus du tout l’air d’un flic. Elle paraissait inquiète, semblait hésiter entre les cris et les larmes, comme une maman terriblement déçue par son fiston chéri.
« Eh bien ? » demanda-t-elle.
Il me fallait bien reconnaître la pertinence de sa question.
« Pas génial génial, répondis-je. Et toi ? »
Elle donna un coup de pied dans une chaise, qui se renversa.
« Putain, Dexter, arrête avec tes jeux de mots à la con ! Dis-moi quelque chose. Dis-moi que ce n’est pas toi ! » Je ne répondis pas. « Alors, dis-moi que c’est toi ! Mais dis-moi quelque chose, bon sang ! N’importe quoi ! »
Je secouai la tête.
« Je… » Mais il n’y avait vraiment rien à dire, alors je secouai de nouveau la tête. « Je suis à peu près certain que ce n’est pas moi, dis-je. Enfin, je ne crois pas. »
J’avais moi-même conscience qu’il s’agissait d’une réponse fort médiocre.
« Qu’est-ce que ça veut dire, ‘‘à peu près certain’’ ? demanda Deb. Ça veut dire que tu n’es pas sûr ? Que c’est peut-être toi sur l’image ?
— Eh bien, dis-je – encore une superbe riposte. Peut-être. Je ne sais pas.
— Est-ce que ‘‘je ne sais pas’’ signifie que tu ne sais pas si tu veux me dire la vérité ou que tu ne sais vraiment pas si c’est toi sur l’image ?
— Je suis à peu près certain que ce n’est pas moi, Deborah, répétai-je. Mais je n’en suis pas sûr à 100%. Ça a l’air d’être moi, non ?
— Merde ! lâcha-t-elle en envoyant son pied dans la chaise renversée, qui alla heurter la table. Comment tu peux ne pas savoir, bordel ?!
— C’est un peu difficile à expliquer.
— Essaye ! »
J’ouvris la bouche, mais pour la première fois de ma vie rien ne sortit. Comme si la situation n’était déjà pas assez critique, voilà que maintenant mon bel esprit me lâchait.
« C’est juste que… j’ai fait de drôles de… rêves, mais, Deb… je ne sais vraiment pas, expliquai-je – du bout des lèvres, me semble-t-il.
— Merde, merde et merde ! » cria Deborah, ponctuant chaque mot d’un coup de pied.
Et on ne pouvait qu’approuver son analyse de la situation.
Toutes mes rêvasseries stupides, auto-accusatrices, me revinrent en mémoire sous un nouvel angle moqueur. Bien sûr que ce n’était pas moi – comment cela pouvait-il être moi ? Ne le saurais-je pas si c’était le cas ? Apparemment non, mon cher. Apparemment tu ne savais rien du tout. Car notre petite cervelle sombre et trouble nous communique un tas de choses plus ou moins rattachées à la réalité, mais les images, elles, ne mentent pas.
Deb décocha une nouvelle volée de coups violents à la chaise, puis se redressa. Son visage était écarlate, et ses yeux ressemblaient plus que jamais à ceux de Harry.
« Très bien, dit-elle. Voilà comment c’est… »
Elle cligna des yeux et s’interrompit comme nous nous apercevions tous les deux qu’elle venait de prononcer une expression de Harry.
Et, l’espace d’un instant, Harry fut présent dans la pièce entre Deborah et moi, chacun de nous si différent et pourtant l’un comme l’autre ses enfants, les deux étranges dépositaires de son unique héritage. La raideur d’acier qui figeait Deb sembla l’abandonner, elle eut soudain l’air humaine, ce qui n’était pas arrivé depuis très longtemps. Elle me regarda fixement pendant un long moment, puis détourna les yeux.