Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Mais, alors que je me garais, une voiture vint occuper l’emplacement voisin, une Chevrolet bleu clair conduite par une femme. Je restai immobile quelques secondes. Elle aussi. Puis j’ouvris ma portière et sortis.
L’inspecteur LaGuerta fit de même.
CHAPITRE XXV
J’ai toujours très bien su gérer les situations embarrassantes, mais je dois avouer que cette fois-ci je séchai. Je ne savais absolument pas quoi dire, et pendant un moment je restai là à fixer LaGuerta ; elle soutint mon regard, sans ciller, découvrant légèrement ses crocs, comme un félin qui se demande s’il préfère jouer avec vous ou vous manger tout de suite. Je sentais que si j’ouvrais la bouche je ne ferais que bégayer, et elle, apparemment, ne souhaitait rien d’autre que me regarder. Nous restâmes donc figés ainsi pendant un long moment. C’est elle qui brisa enfin la glace.
« Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? demanda-t-elle en indiquant de la tête la clôture, située à une centaine de mètres du parking.
— Ça alors ! Inspecteur ! m’exclamai-je, dans l’espoir, sans doute, qu’elle oublie ses propres paroles. Qu’est-ce que vous faites là ?
— Je vous ai suivi. Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ?
— Là-dedans ? » répétai-je.
Oui, je sais, c’est une réplique très bête, mais, honnêtement, j’avais épuisé mon stock de réponses intelligentes, et on ne peut pas s’attendre à ce que je brille en de telles circonstances.
Elle pencha la tête d’un côté et sortit sa langue, la passa sur sa lèvre inférieure : lentement à gauche, puis à droite, encore à gauche, puis elle la fit disparaître.
« Vous devez penser que je suis idiote », dit-elle. Certes, cette pensée m’avait bien traversé l’esprit une fois ou deux, mais ce n’était peut-être pas très diplomate de le lui avouer. « Mais vous avez sûrement oublié que je suis inspecteur, à Miami qui plus est. Comment croyez-vous que je suis arrivée jusque-là ?
— Grâce à vos charmes ? » hasardai-je, lui adressant un sourire radieux.
Il est toujours de bon ton de flatter une femme.
Elle me montra sa superbe denture, encore plus étincelante sous l’éclairage agressif du parking.
« C’est ça », dit-elle. Elle figea ses lèvres en une sorte de sourire étrange qui creusait ses joues et la vieillissait. « Je gobais ces conneries lorsque j’étais persuadée que je vous plaisais.
— Mais vous me plaisez, inspecteur ! » répondis-je, avec un peu trop d’empressement peut-être.
Elle n’eut pas l’air de m’entendre.
« Et puis un jour vous me poussez par terre comme si j’étais une grosse truie, et là je me dis que je dois avoir un problème. J’ai mauvaise haleine ou quoi ? Et tout à coup je pige. Ce n’est pas moi. C’est vous. Vous qui avez un problème. »
Elle avait raison, naturellement, mais c’était tout de même blessant de se l’entendre dire.
« Je ne… Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
Elle secoua la tête.
« Le brigadier Doakes meurt d’envie de vous buter et il ne sait même pas pourquoi. J’aurais dû l’écouter… Vous êtes louche. Et vous êtes mêlé à cette affaire de prostituées, d’une façon ou d’une autre.
— Mêlé… Comment ça ? »
Cette fois, il y eut une expression de jubilation féroce dans le sourire qu’elle m’adressa, et une pointe d’accent alla jusqu’à se glisser dans sa voix.
« Gardez vos simagrées pour votre avocat. Et pour le juge, plus tard. Parce que maintenant je vous tiens. »
Elle me regarda durement pendant un long moment ; ses yeux sombres brillaient de haine. Elle avait l’air aussi inhumaine que moi, et à cette pensée ma nuque fut parcourue d’un léger frisson. L’avais-je sous-estimée à ce point ? Était-elle vraiment aussi forte ?
« Et donc vous m’avez suivi ?
— Exactement, répondit-elle en me montrant de nouveau ses dents. Pourquoi vous intéressez-vous à cette clôture ? Qu’y a-t-il derrière ? »
Je suis sûr qu’en temps normal j’y aurais pensé beaucoup plus tôt, mais à ce stade je n’étais plus vraiment moi-même. Ce fut donc seulement à cet instant que ça me traversa l’esprit. Et ce fut comme une petite lumière douloureuse qui s’allumait dans ma tête.
« Où avez-vous commencé à me filer ? Devant chez moi ? À quelle heure ?
— Pourquoi essayez-vous à tout prix de changer de sujet ? Il y a quelque chose là-dedans, hein ?
— Inspecteur, s’il vous plaît… Ça pourrait être très important. Où et quand avez-vous commencé à me suivre ? »
Elle m’observa pendant quelques secondes, et je me rendis compte que j’avais réellement mal évalué ses capacités. L’instinct politique n’était pas le seul mérite de cette femme. Elle m’avait bien l’air d’avoir des talents cachés. Je doutais toujours qu’ils aient trait à l’intelligence, mais elle avait indéniablement beaucoup de patience, et dans son métier c’était parfois plus important que la jugeote. Elle était disposée à attendre, à me regarder et à répéter sans cesse sa question jusqu’à ce qu’elle obtienne une réponse. Elle reposerait la même question plusieurs fois, en continuant à attendre et à m’observer, pour voir ce que je ferais. D’ordinaire, je savais me montrer plus malin qu’elle, mais je ne pouvais certainement pas rivaliser de patience avec elle, pas ce soir-là en tout cas. Je pris donc mon air le plus humble et réitérai ma demande.
« S’il vous plaît, inspecteur… »
Elle ressortit sa langue, puis finit par la rentrer.
« OK, dit-elle. Comme votre sœur était partie depuis plusieurs heures sans dire où elle allait, j’ai commencé à penser qu’elle était en train de manigancer quelque chose. Et étant donné qu’elle ne peut rien faire toute seule, où était-elle forcément allée ? » Elle haussa un sourcil en me regardant, puis poursuivit d’un ton triomphant. « Chez vous, bien entendu ! Pour parler avec vous ! » Elle releva brusquement la tête, fière de son raisonnement déductif. « Alors je me mets à réfléchir à votre cas. La façon dont vous apparaissez toujours et étudiez les scènes de crime, même quand vous n’êtes pas appelé. Cette façon que vous avez de deviner l’identité des tueurs en série, hormis celui-ci. Et puis comment vous m’avez trompée et fait passer pour une imbécile avec cette putain de liste, comment vous m’avez poussée par terre… » Son visage prit un air plus dur, et plus vieux, l’espace de quelques instants. Puis elle sourit et poursuivit. « J’ai parlé tout haut, dans mon bureau, et voilà que Doakes me dit : ‘‘Je vous ai mise en garde contre lui, mais vous n’écoutez pas.’’ Et là je commence à voir votre belle gueule partout alors que je ne devrais pas. » Elle haussa les épaules. « Alors je me suis pointée devant chez vous.
— Quand ? A quelle heure ? Vous vous rappelez ?
— Non, dit-elle. Mais j’ai dû poireauter une vingtaine de minutes, et puis vous êtes sorti, vous avez joué avec votre poupée Barbie comme un pédé, puis vous avez rappliqué par ici.