Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Comment ?
J’avais quelques indices, bien entendu. Je connaissais la manière de penser du tueur. En fin de compte, c’était plus ou moins la mienne aussi… Et puis, il voulait que je le trouve. Son message avait été suffisamment clair. Si j’arrivais à m’extirper de la tête toutes ces niaiseries embarrassantes – les rêves, les fariboles New Age et le reste –, alors j’étais certain de pouvoir trouver l’endroit logique et exact. Il n’aurait pas enlevé Deb s’il n’avait pensé m’avoir donné tous les éléments dont pourrait avoir besoin un monstre intelligent pour retrouver sa trace.
Très bien, Dexter, le monstre surdoué : trouve-le. Traque le ravisseur de Deb. Laisse ta logique implacable se jeter sur sa trace comme une meute de loups féroces. Fais passer à la vitesse supérieure ton cerveau hypertrophié ; écoute le vent siffler contre les synapses météoriques de ton esprit puissant qui vole jusqu’à sa superbe et inévitable conclusion. Fonce, Dexter, fonce !
Dexter ?
Ohé ! Il y a quelqu’un là-dedans ?
Apparemment non. Je n’entendis pas le moindre souffle de vent provoqué par des synapses météoriques. J’étais aussi vide que si je n’avais jamais existé. Il n’y eut aucun tourbillon d’émotions débilitant non plus, étant donné que j’étais dénué d’émotions. Mais le résultat fut tout aussi affligeant. Je me sentais engourdi et vanné comme si j’étais réellement capable de sentiments. Deborah avait disparu. Elle courait le danger terrible d’être transformée en une fascinante œuvre d’art. Et le seul espoir qu’elle avait de conserver une forme d’existence un peu plus authentique qu’une série de clichés épinglés sur le mur d’un labo de police résidait en son frère comateux et complètement fêlé : ce drôle de Dexter décérébré, assis sur son fauteuil tandis que son cerveau bondissait dans tous les sens, essayait d’attraper sa queue, aboyait à la lune…
Je pris une profonde inspiration. De toutes les fois dans ma vie où j’avais particulièrement eu besoin d’être moi-même, celle-ci était une des plus cruciales. Je me concentrai très fort et tentai de me calmer. Et, comme une infime fraction du vrai Dexter revenait pour remplir le vide de ma cavité cérébrale, je m’aperçus à quel point j’étais devenu humain et stupide. Il n’y avait aucun mystère, en réalité ; c’était même parfaitement clair. Mon cher Ami ne faisait rien d’autre que m’envoyer un carton d’invitation sur lequel il avait écrit : « Pourriez-vous me faire l’honneur d’assister à la vivisection de votre sœur ? Tenue protectrice exigée. » Mais ce petit sursaut de lucidité fut balayé de mon crâne survolté par une nouvelle pensée qui s’insinua doucement et instilla sa logique perverse.
J’étais en train de dormir quand Debbie avait disparu.
Cela pouvait-il signifier, une fois de plus, que j’étais responsable sans le savoir ? Peut-être l’avais-je déjà découpée quelque part avant d’empiler les morceaux dans un lieu de stockage exigu et froid, et…
Lieu de stockage ? D’où me venait cette idée ?
L’impression d’étroitesse… l’évidence ressentie devant le placard de la patinoire… l’air frais qui soufflait sur mon dos… Pourquoi était-ce si important ? Pourquoi y revenais-je sans cesse ? Car, quels que soient les événements, j’y revenais ; je retrouvai cette même espèce de mémoire sensorielle illogique, sans comprendre du tout pourquoi. Quelle était sa signification ? Et pourquoi du reste me souciais-je autant de sa signification ? J’aurais pu m’en fiche royalement. Mais, de fait, que ces impressions aient ou non un sens, c’était tout ce que j’avais pour me guider. Il me fallait trouver un endroit qui corresponde à cette sensation si juste d’exiguïté et de froid. Il n’y avait pas trente-six solutions : je devais trouver le conteneur. J’y trouverais également Debbie et tomberais sur moi-même ou sur un autre que moi. C’était très simple !
Non. Ce n’était pas simple du tout ; juste très simplet. Ça n’avait aucun sens de se fier aux messages spectraux qui hantaient mes rêves. Les rêves n’avaient aucune existence dans la réalité, ne laissaient aucune marque de griffes à la Freddy Krueger sur notre monde de veille. Je ne pouvais tout de même pas me précipiter dehors et me mettre à errer à travers la ville dans un état de transe anxieuse. J’étais un être froid et raisonnable. Et ce fut donc d’une manière froide et raisonnable que je fermai la porte de mon appartement. Je ne savais toujours pas où j’allais, bien sûr, mais la nécessité de m’y rendre le plus vite possible s’était emparée de moi et me poussait à présent vers le parking de l’immeuble où était garée ma voiture. A cinq mètres de mon fidèle destrier, je stoppai net, comme si j’avais percuté un mur invisible.
La lumière du plafonnier était allumée.
Ce ne pouvait être un oubli de ma part : il faisait encore jour lorsque je m’étais garé. De plus, de là où j’étais, je voyais que les portières étaient bien fermées ; un voleur les aurait laissées entrouvertes afin d’éviter de faire du bruit en les refermant.
Je m’approchai lentement, ne sachant trop ce que je m’attendais à trouver, ni même si j’avais vraiment envie de trouver quoi que ce soit. Lorsque je ne fus plus qu’à un mètre, j’aperçus quelque chose sur le siège du passager. Je contournai la voiture prudemment, puis me penchai vers la vitre, frémissant d’appréhension, et jetai un coup d’œil à l’intérieur. Et je la vis.
Une autre Barbie. Je commençais à en avoir une sacrée collection…
Celle-ci portait un petit chapeau de marin, un chemisier ultra-court, et un mini-short moulant rose. Elle tenait dans sa main une petite valise sur laquelle on pouvait lire CUNARD.
J’ouvris la portière et pris la poupée. Je détachai la valise de la main de Barbie et regardai à l’intérieur. Un petit objet roula sur les dalles. Je le ramassai. Ça m’avait tout l’air d’être la bague de fin d’études de Deborah. À l’intérieur de l’anneau étaient gravées les lettres D. et M.: les initiales de Deb.
Je me laissai tomber sur le siège, serrant fort la Barbie entre mes mains moites. Je la tournai dans tous les sens. Pliai ses jambes. Agitai son bras. Qu’est-ce que tu as fait hier soir, Dexter ? Oh, j’ai joué avec mes poupées pendant qu’un ami à moi découpait ma sœur en morceaux.
Je ne perdis pas mon temps à me demander comment cette Barbie prostituée, spécialisée dans les croisières de luxe, s’était retrouvée dans ma voiture. Ça ressemblait à un message ; peut-être même un indice… Mais les indices étaient censés mettre sur la bonne piste, et celui-ci semblait au contraire mener dans une fausse direction. De toute évidence, il tenait Debbie… Mais Cunard ? Comment cette compagnie de paquebots était-elle conciliable avec un lieu étroit et froid ? Je ne voyais pas le rapport. Mais il n’y avait qu’un endroit à Miami auquel ce nom renvoyait.
Je remontai Douglas Road puis bifurquai dans Coconut Grove. Il me fallut ralentir pour me faufiler à travers la foule des imbéciles heureux qui dansaient entre les boutiques et les bars. Ils avaient tous l’air d’avoir beaucoup trop d’argent et de temps devant eux, et très peu d’indices pour moi ; je mis bien plus de temps à les dépasser que je n’aurais dû, mais il m’était assez difficile de m’énerver, ne sachant pas où j’allais exactement. Je poursuivis néanmoins ma route, le long de Bayfront Drive, sur Brickell Avenue, puis jusqu’au centre-ville. Nulle part je ne vis d’enseigne lumineuse ornée de flèches clignotantes et de paroles encourageantes à mon intention : Par ici pour la dissection ! Je continuai à rouler, arrivai à proximité du palais des Sports de l’American Airlines et, un peu plus loin, du pont MacArthur Causeway. Un coup d’œil du côté du palais des Sports me permit d’apercevoir la superstructure d’un paquebot à l’entrée du port – il n’appartenait pas aux lignes Cunard, bien entendu, mais je guettai anxieusement le moindre signe. Il était fort improbable que l’on cherche à m’envoyer sur l’un des paquebots : beaucoup trop de monde et d’innombrables officiels payés à fureter. Mais quelque part à proximité, dans un endroit qui serait lié aux bateaux : ce qui, bien sûr, devait forcément signifier… Quoi ? Plus aucun indice. Je scrutai le paquebot avec une telle intensité que j’aurais pu perforer la dunette d’où je me trouvais, mais Deborah ne surgit pas de la cale, pas plus qu’elle ne descendit la passerelle en dansant.