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Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]

Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:

Il est lui-même serial-killer quand il ne s’emploie pas à les traquer.
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
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Je parcourais du regard les alentours. Contre le bateau, des grues de chargement se dressaient dans le ciel nocturne, tels des éléments abandonnés du décor de Star Wars. Un peu plus loin, sous les grues, les piles de conteneurs à charger se distinguaient à peine dans l’obscurité : un amoncellement de gros blocs désordonnés, éparpillés au sol comme si un enfant géant qui s’ennuyait à mourir avait vidé rageusement son coffre à jouets plein de cubes de construction. Certains des conteneurs étaient réfrigérés. Et derrière les conteneurs…

Attends une seconde, mon garçon.

Qui est-ce que j’entendais chuchoter ainsi, murmurer des mots doux au conducteur Dexter, solitaire et silencieux ? Qui était assis derrière moi maintenant ? Qui emplissait le siège arrière de son petit gloussement ? Et pourquoi ? Quel était ce message qui tintait dans ma tête décervelée, vide d’écho ?

Des lieux de stockage.

Certains d’entre eux réfrigérés.

Mais pourquoi ces lieux de stockage ? Quelle raison pouvais-je donc avoir de m’intéresser ainsi à un tas de conteneurs froids et étroits ?

Oh, oui…

Bon ! Puisque tu insistes.

Serait-ce l’Endroit ? L’emplacement futur de la maison natale de Dexter transformée en musée ? Avec d’authentiques objets lui ayant appartenu, et en prime un petit numéro exceptionnel interprété en direct par son unique sœur.

Je donnai un brusque coup de volant, coupant la route à une BMW au klaxon tonitruant. Je levai le majeur, me comportant pour une fois en vrai natif de Miami – ce que j’étais –, puis j’accélérai le long du pont.

Le paquebot était sur ma gauche. La zone des conteneurs se trouvait sur la droite ; elle était délimitée par une clôture grillagée, rehaussée de fil de fer barbelé acéré. J’en fis une fois le tour le long de la route d’accès, luttant contre un sentiment de certitude croissant et un chœur assourdissant de chants surexcités qui me parvenait du siège arrière. La route se terminait en cul-de-sac devant une cahute de contrôle, bien avant les conteneurs. J’aperçus une barrière et plusieurs hommes en uniforme qui traînassaient autour ; il n’y aurait pas moyen de passer sans répondre à quelques questions légèrement embarrassantes. Oui, monsieur l’agent, je me demandais si je pouvais entrer et faire un petit tour… Vous voyez, je cherche un ami à moi qui doit découper ma sœur en rondelles, et je me disais que c’était l’endroit idéal, ici.

Je braquai et coupai à travers une rangée de cônes orange en plein milieu de la route, une dizaine de mètres avant la barrière, pour repartir dans l’autre sens. Le paquebot se profilait sur la droite, à présent. Je tournai à gauche juste avant de parvenir au pont qui permet de rejoindre le centre-ville et traversai une grande esplanade, limitée d’un côté par un terminal et de l’autre par une clôture grillagée. La clôture était joyeusement décorée de panneaux qui menaçaient d’une terrible punition quiconque s’aventurerait dans la zone, propriété des douanes américaines.

Le grillage s’étirait jusqu’à la route principale et longeait un vaste parking, vide à cette heure de la nuit. Je le parcourais lentement, les yeux rivés sur les conteneurs, de l’autre côté. Ils devaient provenir de ports étrangers et être en attente d’inspection par les douanes ; l’accès en était sévèrement réglementé. Inutile d’imaginer quelqu’un entrer et sortir de cette zone, surtout si ce quelqu’un transportait des cargaisons douteuses telles que des morceaux de corps. Il allait falloir que je cherche un autre endroit, ou alors que j’admette que je perdais mon temps en me raccrochant à de vagues impressions suscitées par une série de rêves moqueurs et une poupée en tenue légère. Et plus vite je l’admettrais, plus grandes seraient mes chances de retrouver Deb. Elle n’était pas ici. Elle n’avait aucune raison d’y être.

Enfin une pensée logique ! Je me sentais déjà mieux, et j’en aurais sans doute conçu une certaine fierté… si je n’avais aperçu une camionnette très familière tout contre le grillage à l’intérieur de l’enceinte, garée de manière à exhiber les caractères peints sur le côté du véhicule : « Allonzo Brothers ». Mon petit chœur intime logé dans l’antichambre de mon cerveau chanta trop fort pour que je pusse percevoir mon propre sourire narquois. Je freinai et me garai. Le garçon intelligent que j’abrite en moi se mit à cogner contre la porte de mon cerveau et à crier : « Allez, allez ! Fonce, fonce, fonce ! » Mais à l’arrière le reptile rampait jusqu’à la fenêtre en donnant juste des petits coups de langue prudents, et donc je demeurai un long moment immobile avant de me décider à descendre de voiture.

Enfin je m’approchai de la clôture et restai planté comme un figurant dans un film de prisonniers de la Seconde Guerre mondiale, les doigts accrochés au grillage, scrutant avec convoitise l’autre côté, si proche et pourtant inaccessible. J’étais sûr qu’il devait exister un moyen très simple pour une créature aussi merveilleusement intelligente que moi de franchir cet obstacle, mais dans l’état où j’étais je n’arrivais pas à relier une pensée à une autre. Il fallait que je passe. Mais je ne pouvais pas passer. J’étais là, cramponné au grillage, absorbé par ma contemplation, conscient que tout ce qui m’importait se trouvait juste derrière, à quelques mètres à peine de distance, mais totalement incapable d’atteler mon cerveau énorme au problème et d’attraper une solution au vol. L’esprit choisit de drôles de moments parfois pour piquer un somme, n’est-ce pas ?

La sonnette d’alarme de mon siège arrière se déclencha. Il fallait que je bouge, et tout de suite. Je me trouvais dans une zone surveillée, en pleine nuit, et mon attitude commençait à être suspecte ; d’un instant à l’autre l’un des vigiles allait s’intéresser au beau jeune homme qui scrutait de son air intelligent l’enceinte clôturée. Il fallait que je regagne la voiture ; je trouverais un moyen d’entrer tout en continuant à rouler doucement. Je reculai d’un pas et jetai un dernier coup d’œil langoureux à la clôture. Juste à l’endroit où mes pieds avaient touché le grillage, j’aperçus une petite trouée : les mailles avaient été sectionnées de manière à laisser passer un être humain, ou même une parfaite réplique comme moi. La partie découpée tenait en place grâce à la présence de la camionnette garée tout contre qui l’empêchait de battre au vent et d’être trop visible. Cela avait dû être fait récemment : le soir même, après l’arrivée de la camionnette.

Mon invitation finale.

Je reculai lentement et sentis une espèce de sourire désinvolte se former automatiquement sur mon visage, tel un masque. Tiens, bonsoir, monsieur l’agent, je prenais juste un peu l’air. Belle soirée, non, pour un dépeçage ? Je retournai gaiement à ma voiture, sans hâte, les yeux fixés sur la lune au-dessus de l’eau, et me mis à siffler un air joyeux tandis que je remontais à bord puis m’éloignais. Personne n’avait l’air de prêter la moindre attention à mes faits et gestes – hormis, bien sûr, mon chœur intérieur qui chantait ses alléluias. Je trouvai une place de parking près du bureau de la compagnie maritime, à une centaine de mètres de ma petite porte discrète vers le paradis. Quelques voitures étaient dispersées çà et là. Personne ne remarquerait la mienne.

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