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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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D’abord les oiseaux, puis les jappements des chacals, les hurlements des loups, pas franchement terrifiants, mais assez pour emplir d’une espèce d’effroi le cœur discordant de la plupart des habitants réveillés en sueur. On voyait partout des traces de ratons-laveurs, pourtant rien n’avait été déchiré ni volé, et il ne manquait pas plus de poulets que d’habitude malgré les nombreuses empreintes de renards sur les toits de tous les poulaillers. Des écureuils qui cueillaient leurs noisettes couraient sans peur à travers le village pour déposer de menues offrandes devant le palais de justice. Des poissons sautaient au milieu de la Hatrack et des cours d’eau voisins, se livrant au clair de lune à une danse argentée dans l’onde miroitante dont les gouttes retombaient dans le courant comme des étoiles.

Pendant ce temps-là, Alvin dormait, comme la majorité des villageois ; le bruit se répandit donc seulement peu à peu que le monde naturel était en pleine confusion, et certains firent alors le lien avec sa détention. Les esprits logiques affirmaient qu’il n’y avait aucun rapport. Le docteur Whitley Physicker déclarait courageusement quand on le lui demandait (et parfois sans qu’on le lui demande) : « Je suis le premier à dire que c’est une erreur de garder ce garçon en prison. Mais les essaims d’abeilles inoffensives qui ont traversé le village la nuit dernière ne signifient pas forcément autre chose que… disons, la perspective d’un hiver rigoureux. Ou d’un hiver doux. Je ne sais pas bien lire dans les abeilles. En tout cas, ça n’a rien à voir avec l’emprisonnement d’Alvin parce que la nature ne se mêle guère des litiges judiciaires des humains ! »

Assez juste, mais sans rapport avec la question, dirait un avocat. Ce n’était pas l’emprisonnement d’Alvin qui troublait la nature, c’était son chant durant ses rêves qui attirait les animaux. Et les rares habitants du village capables d’en percevoir de faibles échos – John Binder, par exemple, et le capitaine Harriman, qui avaient entendu toute leur vie de tels remue-ménage silencieux –, eh bien, ceux-là ne furent même pas réveillés par les roulades des oiseaux, les jappements des coyotes, les hurlements des loups et les piétinements des pattes d’écureuils sur les bardeaux. Ces bruits s’accordaient avec leurs propres rêves, car pour eux ils participaient d’un tout, d’une même harmonie, le chant vert de la nature et le chant d’Alvin leur parlaient de paix tout au fond du cœur. Ils entendaient les rumeurs mais ne comprenaient pas le tapage qu’on en faisait. Et si Freda la Soûlarde buvait un peu moins et dormait un peu mieux, qui le remarquait en dehors d’elle ?

* * *

En-Vérité Cooper n’arriva pas facilement à Vigor Church, mais c’était le cas de tout le monde. Vu la réputation du village d’imposer aux voyageurs le récit d’événements horribles, qu’on n’ait jamais aménagé de route pour les diligences n’avait rien d’étonnant. La voie ferrée ne s’étendait pas encore beaucoup vers l’ouest, mais serait-elle passée à proximité qu’on n’aurait probablement pas ouvert de gare ni même de voie de desserte. Le village qu’Armure-de-Dieu Weaver avait autrefois espéré voir devenir la porte vers l’ouest était désormais un trou perdu.

L’avocat prit donc d’abord le train – bringuebalant et malodorant, mais rapide et bon marché – jusqu’à Dekane, et ensuite la diligence. Par le plus grand des hasards, son itinéraire le fit passer par Hatrack River, où l’homme qu’il venait voir, le frère de Calvin, moisissait en prison. Hélas il voyageait à bord de la diligence directe, laquelle ne prit pas le temps de s’arrêter pour un repas tranquille à l’auberge d’Horace Guester où il aurait forcément entendu des discussions et décidé de ne pas aller plus loin. Au lieu de ça, il continua jusqu’à Carthage City, où il prit une diligence omnibus pour le territoire de la Wobbish au nord-ouest, puis descendit dans un petit village fluvial endormi, s’acheta un cheval, une selle et une mule de bât pour ses bagages, lesquels n’étaient pas très importants mais encore trop pour qu’il les charge sur sa monture. De là, il lui suffit de chevaucher toute la journée vers le nord, de faire halte le soir dans une ferme, de chevaucher encore le lendemain et, en fin d’après-midi, à l’instant où le soleil se couchait, il arriva devant le magasin d’Armure-de-Dieu, où des lampes étaient allumées et où il espéra trouver à se loger pour la nuit.

« J’regrette, fit l’homme à la porte. On prend pas d’locataires… Sont pas très en d’mande au village. La famille du meunier plusse loin sus la route, elle les prend quand y en a, mais… Bah, l’ami, autant entrer. Par rapport que l’gros d’la parenté du meunier s’trouve icitte, dans mon magasin, et puis y a une histoire qu’ils sont forcés d’vous raconter avant d’pouvoir aller s’coucher as’soir, eux comme vous.

— On m’en a parlé, dit En-Vérité Cooper, et je n’ai pas peur de l’entendre.

— Alors, vous v’nez chez nous autres exprès ?

— Avec les panneaux sur la route qui demandent aux voyageurs de passer leur chemin ? » En-Vérité franchit le seuil. « J’ai un cheval et une mule dont il faut s’occuper…»

Ses paroles furent entendues par le groupe de villageois assis sur des tabourets, sur des chaises et appuyés au comptoir. Aussitôt, deux jeunes gens au visage identique bondirent par-dessus celui-ci. « Moi, j’prends l’cheval, dit l’un.

— Ça m’laisse la mule… et les bagages, pour sûr.

— Et moi la selle, fit le premier. J’crois qu’ça revient au même. »

En-Vérité Cooper tendit la main à la manière directe des Américains qu’il avait déjà apprise. « Je m’appelle En-Vérité Cooper, dit-il.

— Économe Miller, dit un des garçons.

— Et moi. Fortuné, dit l’autre.

— Des puritains, d’après vos noms, fit En-Vérité.

— Sûrement pas, dit un homme entre deux âges, au corps trapu, assis sur un tabouret dans l’angle. Donner des noms d’même à des drôles, c’est pas réservé aux fanatiques religieux d’la Nouvelle-Angleterre. »

Pour la première fois, En-Vérité sentit de la suspicion dans l’air et, il le comprit, ces gens devaient se demander à qui ils avaient affaire et ce qu’il venait chercher dans le coin. « Il n’y a pas plus d’un meunier dans le village, j’imagine ? demanda-t-il.

— Rien qu’moi, répondit l’homme trapu.

— Alors vous devez être Alvin Miller senior », fit En-Vérité en s’avançant à grands pas vers lui, la main tendue.

Le meunier la prit avec précaution. « Vous m’avez r’connu, mon jeune ami, mais moi, tout ce que j’connais d’vous, c’est qu’vous débarquez icitte à la brimante, personne attendait après vous, et vous causez comme un Anglais prétentieux bien induqué. On a eu un temps un révérend qui causait pareil comme vous. Mais c’est fini asteure. » Et au ton de sa voix, En-Vérité comprit que la séparation n’avait pas été cordiale.

« Je m’appelle En-Vérité Cooper, répéta-t-il. Mon père est tonnelier de métier, et j’ai appris à faire des barriques étant petit. Mais vous avez raison, j’ai suivi des études, et je suis maintenant membre du barreau. »

Le meunier eut l’air perplexe. « Des barriques au barreau, fit-il. J’dois dire que j’connais pas bien la différence. »

L’homme qui l’avait accueilli à la porte vint à la rescousse. « Un membre du barreau, c’est un avocat, ils disent souvent d’même en Angleterre. »

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