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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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L’homme se raidit et fit un pas en arrière. « Je constate que c’est vous qui faites preuve de parti pris. Vous me direz, j’espère, en quoi je vous ai fait offense.

— Ben, la seule offense qu’vous m’avez faite, c’est d’croire, comme j’suis pas un avocat, que j’suis aussi couillon que l’tchu d’un chien.

— En tout cas, malgré vos conclusions, je vous assure qu’en tant que membre du barreau je ne cherche rien d’autre que la vérité pure et simple.

— Membre du barreau, hein ? Ben, il s’trouve que j’connais ça : tous les avocats, on les appelle des membres du barreau. Même quand ils sont engagés par un groupe privé pour faire des mauvais coups, vu qu’vous avez pas été engagé par le procureur du comté d’Hatrack, aussi sûr que Djeu vit, par rapport qu’il vous aurait donné une lettre d’introduction et qu’vous auriez pas essayé vos manigances pattes-pelues d’inventions qui faussent tout. »

L’étranger se recoiffa de son chapeau, il se l’enfonça fermement sur le crâne. Armure réprima son envie de tendre les mains et de le lui enfoncer encore plus bas. Alors que l’homme atteignait la porte, Armure lança une autre question. « Vous avez un nom pour que je m’renseigne auprès de l’ordre des avocats de l’État, des fois que j’pourrais vous faire un bon procès ? »

L’homme de loi se retourna et sourit, d’un sourire encore plus large que lorsqu’il voulait abuser Armure. « Je m’appelle Daniel Webster, et mes clientes sont la vérité et la justice.

— La vérité et la justice doivent joliment mieux payer en Nouvelle-Angleterre que par icitte, fit Armure. Vous êtes bien d’Nouvelle-Angleterre, hein ?

— J’y suis né, j’y ai grandi, mais je n’ai vu aucun avenir pour moi dans un pays aussi ignorant et arriéré. Je suis donc venu aux États-Unis, où les lois sont fondées sur les droits de l’homme plutôt que sur les prétentions dynastiques de monarques ou sur la théologie usée des Puritains.

— Ah. Alors, personne vous paye ?

— Je n’ai pas dit ça, monsieur Weaver.

— Qui c’est qui vous paye, alors ? C’est pas l’comté, et c’est pas l’État. Et c’est sûrement pas Conciliant Smith, il a pas trois sous d’vant lui.

— Je représente un consortium de citoyens inquiets de Carthage City, qui sont décidés à voir la justice l’emporter même dans les villages perdus et incultes de l’État de l’Hio.

— Un consortium. C’est pas comme une taverne ? Ou un bordel ?

— Amusant.

— Donnez-moi un nom, monsieur Webster. Il s’trouve que j’suis maire de ce village, par le fait, et vous êtes là, à soi-disant m’parler de justice, mais moi, j’crois qu’on a l’droit de connaître qui envoie des avocats chez nous autres pour ramasser des menteries sus nos citoyens respectables.

— Est-ce que vous possédez un fusil, monsieur Weaver ?

— Oui, l’ami.

— Alors pourquoi je devrais donner les noms de mes clients à un homme armé en colère, dans un village tellement fier d’être un repaire de meurtriers que ses habitants se vantent de leur crime à tous les voyageurs qui ont le malheur d’y passer ? En outre, les maires n’ont pas le droit d’exiger d’un avocat des renseignements sur ses rapports avec ses clients. Bien le bonjour, monsieur Weaver. »

Armure regarda Webster passer la porte, à la suite de quoi il mit son chapeau, cria à son fils aîné de lâcher sa fabrication de savon et de tenir la boutique, puis partit au petit trot à l’assaut de la colline, vers la maison de son beau-frère. Son épouse y serait car de toutes les femmes c’était elle qui réussissait le mieux les histoires de Faiseur d’Alvin, aussi la demandait-on souvent pour qu’elle donne des leçons et confectionne des sortilèges, ce que détestait Armure. Il fallait que la famille sache ce qui se passait, qu’Alvin avait des ennemis dans la capitale qui payaient un homme de loi pour qu’il ramène des ragots sur lui. Il n’y avait plus moyen d’y échapper maintenant, il leur fallait trouver un défenseur pour le gamin, n’importe comment. Et pas un cousin du pays non plus, il fallait que ce soit un avocat de la ville qui connaisse les mêmes ficelles que ce Webster. Armure se souvenait vaguement avoir entendu causer de ce gars-là quelque part. On en parlait avec crainte et respect dans certains milieux, et après avoir discuté avec lui, avoir goûté à sa voix suave, ses réponses vives et son habileté à donner aux mensonges l’accent de la vérité, même devant ceux qui savaient qu’il s’agissait d’inventions, eh bien, Armure se disait qu’ils allaient chercher un moment avant de dénicher l’avocat en mesure de le surpasser. Une recherche que venait corser un autre problème : la rétribution de cet avocat.

* * *

Calvin n’avait aucune idée de ce qu’il était censé faire en présence de l’Empereur. Le titre évoquait la Rome antique, la Perse, Babylone. Mais l’homme se tenait assis dans un fauteuil à dossier droit au lieu d’un trône, la jambe posée sur un banc protégé d’un coussin ; et au lieu de courtisans on ne voyait que des secrétaires qui griffonnaient à tour de rôle sur leur écritoire un ordre, une lettre ou un édit, puis bondissaient sur leurs pieds pour sortir en coup de vent, tandis que le collègue suivant se mettait à transcrire furieusement ce que lui dictait Bonaparte dans le flot ininterrompu d’un français mordant, mélodieux, à la sonorité presque italienne.

Tandis que se poursuivait la dictée, Calvin observait en silence, flanqué de gardes (ce n’est pas ça qui l’empêcherait de provoquer l’effondrement des dalles de marbre sous l’empereur s’il en avait envie). Bien entendu, on ne l’invita pas à s’asseoir : même le Petit Napoléon, le neveu de l’Empereur, resta debout. Seuls les secrétaires en avaient le droit, semblait-il, car il était difficile de les imaginer écrire sur du vide.

D’abord, Calvin ne s’intéressa qu’au décor ; ensuite il étudia le visage de l’Empereur, comme si son expression vaguement peinée recelait un indice qui, pour peu qu’on l’examine assez longtemps, livrerait les secrets du sphinx. Mais bientôt son attention se porta sur la jambe. C’était la goutte qu’il lui fallait guérir s’il voulait avancer dans son entreprise. Et il ne savait rien des causes de la goutte, il ne savait même pas comment les trouver. Ça, c’était le domaine d’Alvin.

L’espace d’un instant, il songea qu’il devrait peut-être demander la permission d’écrire à son aîné pour lui dire de venir guérir l’Empereur et gagner la liberté de son petit frère. Mais il se méprisa aussitôt d’avoir eu une pensée aussi lâche. Est-ce que je suis un Faiseur, oui ou non ? Et si je suis un Faiseur, je suis l’égal d’Alvin. Et si je suis l’égal d’Alvin, pourquoi je devrais l’appeler pour qu’il me sorte d’une affaire qui, pour ce que j’en sais actuellement, n’en mérite pas tant ?

Il envoya sa bestiole dans la jambe de Napoléon.

Ce n’était pas le genre d’enflure que Calvin avait pris l’habitude de voir dans les plaies purulentes des mendiants. Il ne comprenait pas ce qu’étaient les liquides – pas du pus, il en était sûr – et il n’osa pas les renvoyer simplement dans le sang, de peur qu’ils ne renferment des poisons susceptibles de tuer l’homme auprès de qui il venait prendre des leçons.

D’ailleurs, était-ce vraiment dans son intérêt de le guérir ? Même s’il avait su comment procéder, il n’était pas certain de devoir s’y risquer. Ce qu’il lui fallait, ce n’était pas la gratitude passagère d’un homme guéri mais la dépendance permanente d’un malade qui aurait besoin des soins de Calvin pour être soulagé. Temporairement soulagé.

Et pour ça, Calvin connaissait la marche à suivre, jusqu’à un certain point. Il avait appris des années plus tôt à trouver les nerfs dans un chien ou un écureuil et à leur infliger une espèce de torsion, un pincement invisible. Parfois l’animal se mettait à hurler, à brailler, et Calvin manquait en mourir de rire. D’autres fois, il ne présentait aucune douleur, mais clopinait comme si le membre pincé n’existait même pas. Un jour, un chien parfaitement sain avait traîné son derrière par terre jusqu’à se mettre à vif le ventre et les pattes, et le Père avait failli abattre la pauvre bête d’un coup de fusil pour abréger ses souffrances. Calvin avait alors eu pitié et libéré le nerf pincé pour que le chien retrouve l’usage de ses quatre pattes, mais il n’avait jamais bien remarché après ça, il se déplaçait plus ou moins en crabe ; est-ce que ça venait du nerf pincé ou des dégâts que s’était causés l’animal en se traînant l’arrière-train par terre pendant plus d’une semaine. Calvin n’avait jamais su.

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