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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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Alvin baissa les yeux sur Vialatte. « C’était quoi, tout ça ? » demanda-t-il.

Vialatte le regarda, fit tomber ses dents et sourit. « Comment je connaîtrais ça, moi, Alvin ? Seulement, m’est avis que le moment est mal choisi pour causer de ce que je suis venue causer avec toi. » Elle ramassa ses jupes et se rua à son tour dehors.

Alvin ignorait dans quel but elle lui avait rendu visite, mais il savait une chose : les effets des nouveaux sortilèges de cette femme avaient un rapport avec l’adjoint et ce qu’il avait vu en entrant. Et comme elle s’était munie d’un pouvoir d’attirance et d’une supplication, c’était peut-être bien à cause d’elle que l’adjoint avait fait irruption, paniqué si vite et pris la fuite sans enquêter plus avant.

Elle a laissé tomber son dentier pour me montrer son mépris, songea Alvin. Comme elle l’a fait pour Horace, son ennemi. D’une certaine manière, je suis devenu son ennemi.

Il regarda la tarte posée sur la petite table. Il la prit et la refit passer sous la porte.

Cinq minutes plus tard, l’adjoint revint avec le shérif et le procureur du comté. « Qu’esse tu m’contes, sacordjé ? s’écria le shérif Doggly. Il est là, comme d’accoutumé ! T’as bu, Billy Hunter ?

— Je jure qu’y avait personne icitte, répondit l’adjoint. J’ai vu Vialatte Franker entrer avec une tarte…

— Shérif, de quoi il cause ? fit Alvin. J’l’ai vu débarquer y a pas cinq minutes, puis il s’est mis à brailler et il est parti en courant dans l’couloir. Ç’a fait peur à la pauvre Vialatte, alors elle a fichu l’camp comme si elle avait un ours après elle.

— Il était pas là, j’suis prêt à l’jurer devant Djeu et tous ses anges ! fit Billy Hunter.

— J’étais icitte, d’vant la porte, dit Alvin.

— P’t-être bien qu’il se penchait pour prendre la tarte, et tu l’as pas vu, suggéra le shérif.

— Dame non, fit Alvin qui ne voulait pas mentir. J’étais d’bout. Tiens, v’là la tarte… J’te la donne si tu veux, j’ai dit à m’zelle Vialatte que j’avais pas fini la dernière.

— J’en veux pas, de ta tarte, répliqua Billy. J’connais pas c’que t’as fait, mais moi, j’passe pour un couillon.

— Y a pas b’soin d’Alvin pour ça », dit le shérif Doggly. Marty Laws, le procureur du comté, s’esclaffa. Marty avait le don de rire à point nommé pour empirer les choses.

Billy lança un regard noir au prisonnier.

« Bon, Alvin, faut qu’on te mette en liberté conditionnelle, dit Marty. Tu ne peux pas aller te balader comme ça hors de la prison quand l’envie te prend.

— Donc, vous me croyez », fit l’adjoint.

Marty Laws roula les yeux.

« Moi, j’crois personne, dit le shérif Doggly. Et Alvin, il s’en va pas en balade, pas vrai, Alvin ?

— Dame non, répondit Alvin. J’ai pas bougé d’la cellule. »

Aucun ne se soucia de faire semblant de croire qu’Alvin n’aurait pas pu s’échapper quand il le voulait.

« Tu m’traites de menteux ? demanda Billy.

— J’te traite d’avoir fait erreur, répondit Alvin. Je m’dis qu’on t’a p’t-être emberné en t’faisant croire c’que tu crois et voir c’que t’as vu.

— Y en a sûrement qui sont après emberner quelqu’un », dit Billy Hunter.

Ils s’en allèrent. Alvin s’assit sur la couchette et observa une fourmi qui quadrillait le sol de la cellule, en quête de nourriture. Y a une tarte là-bas, plutôt de ce côté… Sans hésiter, la fourmi obliqua, suivant le conseil d’Alvin, quand bien même son tout petit cerveau n’avait pas la capacité d’en comprendre les mots. En fait, elle reçut seulement le message de nourriture et une direction ; au bout d’une minute elle avait escaladé le plat à tarte et se promenait sur la croûte. Puis elle repartit à la recherche de ses amies pour les convier à déjeuner. Autant qu’elle profite à quelqu’un, cette tarte.

Vialatte s’était pourvue de sortilèges de dissimulation, bon, et les sortilèges visaient la porte. Elle lui avait demandé de s’approcher afin qu’il pénètre dans le champ de son “négligez-moi”, du coup Billy Hunter avait regardé sans voir personne.

Mais pourquoi ? Quel intérêt, de se livrer à de telles niaiseries ?

Outre sa perplexité, pourtant, Alvin bouillait intérieurement de colère. Moins envers Vialatte qu’envers lui-même pour son imbécillité. Faire des yeux de poisson frit pour une femme qui se dissimulait derrière des dents fausses et des sortilèges d’apparence, bon sang ! Elle lui plaisait, pourtant il savait que c’était une vraie commère et soupçonnait la moitié de ce qu’elle lui racontait d’être faux.

Il y avait pire : lorsqu’il reverrait Peggy – s’il la revoyait un jour – elle saurait tout de suite quel point il avait été bête de tomber amoureux d’une femme qu’il savait n’être qu’artifices et mensonges.

Dis donc, Peggy, quand je suis tombé en amour avec toi, tu n’étais toi aussi qu’artifices et mensonges, tu connais. Souviens-toi de ça quand tu me prendras pour le plus grand couillon du monde.

La porte s’ouvrit et Billy Hunter entra une fois de plus, s’avança à grandes enjambées vers la cellule et ramassa la tarte. « Ça s’rait bête d’la laisser perdre, même si t’es un menteux, dit-il.

— J’te l’ai dit, Billy, vas-y. Mais je l’ai à moitié promise à une fourmi une minute passée. »

Billy jeta un regard mauvais au prisonnier : il devait sûrement croire qu’Alvin se moquait de lui au lieu de dire la vérité pure et simple. C’était d’ailleurs un peu le cas. Il profitait de la situation, du moins. Il faudrait qu’il reparle de cette histoire avec Arthur Stuart à sa prochaine visite, des fois que le gamin aurait une idée sur le sens à donner à cette charade de Vialatte.

La fourmi revint, en tête d’une colonne de ses sœurs. Tout ce qu’elles trouvèrent, ce furent deux miettes de croûte. Mais c’était déjà beaucoup, non ? Alvin les regarda s’échiner à déplacer les grosses charges de pâtisserie. Pour les aider, il envoya sa bestiole diviser les débris en fragments plus petits. Les fourmis eurent alors tôt fait d’évacuer les miettes en colonne. Il y aura festin dans la fourmilière ce soir, pour sûr.

Son estomac grogna. À vrai dire, il l’aurait bien mangée, cette tarte, et il n’en aurait pas laissé beaucoup non plus. Mais il ne voulait rien manger qui venait de Vialatte Franker, plus jamais. Il ne fallait pas faire confiance à cette femme.

Elle a laissé tomber ses dents devant moi, songea-t-il. Elle me déteste. Pourquoi ?

* * *

Impossible de s’en sortir. Même en comptant sur un hasard heureux dans le choix des jurés, même avec cet Anglais nouvellement arrivé pour le défendre, Peggy ne donnait pas plus de trois chances sur quatre à Alvin de se faire acquitter, et ça ne suffisait pas. Il faudrait qu’elle aille le soutenir. Il faudrait qu’elle se décide à témoigner. Malgré tous les nouveaux habitants de Hatrack, une chose restait sûre : on croirait ce qu’affirmerait Peggy la torche. Les villageois n’ignoraient pas qu’elle voyait la vérité, et ils n’ignoraient pas non plus – parfois à leur grande déconvenue – qu’elle ne disait jamais rien qui ne fût vérité, même s’ils lui étaient reconnaissants de ne pas révéler toutes celles qu’elle connaissait.

Seule Peggy savait combien de secrets terribles, honteux ou tristes elle avait laissés dans l’ombre. Mais ça n’avait aucune importance. Elle avait l’habitude de garder pour elle les secrets d’autrui, et ce depuis sa prime jeunesse, lorsqu’elle avait dû affronter celui d’adultère de son père. À partir de ce jour-là elle avait appris à ne pas juger. Elle en était même venue à aimer maîtresse Modesty, la femme avec qui son père, l’Horace Guester, avait été infidèle. Maîtresse Modesty s’était montrée comme une seconde mère, elle lui avait donné, non pas la vie du corps, mais la vie de l’esprit, celle des bonnes manières en société, celle de la grâce et de la beauté dont elle faisait peut-être trop grand cas.

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