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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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— Est-ce que vous proposez un échange de services ? demanda En-Vérité.

— Pas vraiment », s’interposa Mesure en se levant de son tabouret. En-Vérité s’était toujours cru plutôt grand, mais ce jeune fermier le dominait sans peine. « Alvin vous donnera des leçons pour rien, si vous voulez apprendre. Seulement, faudra nous rendre ce service d’avocat avant de dev’nir son élève. C’est comme ça. »

En-Vérité était déconcerté. C’était un troc, oui ou non ?

Le commerçant intervint dans son dos en riant. « On s’parle tous à tort et à travers. Monsieur Cooper, le service qu’on vous d’mande, c’est de défendre Alvin junior à son procès. Il est en prison à Hatrack River, on l’accuse d’avoir volé l’or d’un autre, et j’ai idée qu’ils vont y mettre aussi sus l’dos des masses d’autres méfaits. Ils sont décidés à l’garder longtemps en prison, s’ils le pendent pas, et vous voilà qui débarquez icitte… Admettez tout d’même que ç’a l’air d’une jolie chance pour nous autres.

— En prison, répéta En-Vérité.

— À Hatrack River, acquiesça Armure.

— J’y suis passé il y a moins d’une semaine.

— Eh ben, vous êtes passé devant l’palais d’justice ousqu’ils le gardent enfermé.

— D’accord, je vais vous aider. Le procès est prévu pour quand ?

— Oh, c’est quasiment quand vous voulez. Le juge, là-bas, c’est un ami d’Alvin, comme presque tout l’monde au village, ou la plupart de ceusses qui comptent, en tout cas. Ils peuvent pas le laisser partir comme ça même s’ils le veulent. Mais ils repousseront l’procès aussi longtemps qu’il faudra, jusqu’à tant que vous soyez admis à l’défendre. »

En-Vérité hocha la tête. « Oui, d’accord. Mais… je suis étonné. Vous ne savez pas si je suis bon avocat ou non. »

Mesure éclata de rire. « Allons, l’ami, vous nous prenez pour des aveugles, nous autres ? R’gardez-moi ça comme vous êtes bien alingé ! Vous êtes riche, et c’est pas en faisant des barriques que vous avez gagné d’l’argent.

— Et puis, fit Armure, vous avez l’accent anglais et des manières de beau monsieur. Les jurés d’Hatrack River seront surtout du bord d’Alvin. Tout c’que vous direz leur paraîtra plein de bon sens.

— Vous insinuez que je n’ai pas vraiment besoin d’être bon. Il suffit que je sois anglais, avocat, en vie et présent au tribunal.

— Y a d’ça, ouaip, fit Armure.

— Alors vous avez votre avocat. Ou plutôt votre fils a un avocat. S’il veut de moi, s’entend.

— Il veut sortir de prison, et lavé de toute accusation, déclara solennellement Mesure. Et il veut apprendre aux genses comment devenir Faiseux. Moi, j’crois qu’vous allez joliment bien vous accorder avec ce qu’il veut.

— Approchez ! » L’ordre venait de madame Miller, et l’Anglais obéit sagement. Elle tendit les bras et lui prit la main droite qu’elle garda dans les deux siennes. « Monsieur En-Vérité Cooper, dit-elle, vous serez-t-y un ami fidèle pour mon fils ? »

Il comprit que c’était un serment qu’elle lui demandait, un serment dans lequel il engagerait son cœur. « Oui, m’dame. Je serai son ami fidèle. »

Ce ne fut pas franchement un silence qui suivit sa promesse. En-Vérité entendit des respirations longuement retenues qu’on relâchait. Il n’avait encore jamais été la réponse à un souhait sincère. C’était plutôt grisant. Et un peu terrifiant aussi.

Économe et Fortuné revinrent. « On a déchargé le ch’val et la mule, on leur a donné à boire et à manger et on les a mis à l’écurie.

— Merci », fit En-Vérité.

Les jumeaux regardèrent autour d’eux. « Pourquoi tout l’monde a l’sourire ?

— On a un avocat pour Alvin », dit Mesure.

Économe et Fortuné sourirent à leur tour. « Eh ben, cré coup de tonnerre, on va s’rentrer s’coucher, alors !

— Non, fit le meunier. On a ’core une affaire à régler. »

L’humeur fut tout de suite moins joyeuse.

« Assitez-vous, monsieur Cooper, reprit le meunier. On a une histoire à vous conter. Une triste affaire, et à la fin tous les hommes du village, sauf Armure, là, et Mesure… à la fin, on est tous frappés par la honte. »

En-Vérité s’assit pour écouter.

XIII

Manœuvres

Vialatte lui apporta une autre tarte. « J’ai pas pu finir la dernière, dit Alvin. Vous prenez mon estomac pour un puits sans fond ?

— Un homme de votre taille et de votre force, faut que ça mange pour se garder la chair sur les os, fit Vialatte. Et je n’ai pas encore trouvé comment faire une moitié de tarte. »

Alvin gloussa. Mais tandis qu’elle glissait la tarte sous la porte aux barres de fer, de la cellule, il remarqua qu’elle s’était affublée de nouveaux sortilèges, sans parler d’un pouvoir d’attirance et d’une supplication. La plupart des sortilèges, il les reconnaissait tout de suite – il en avait conçu quelques-uns autrefois, de sauvegarde ou de protection, voire de dissimulation et de modération d’élans, qui assuraient une meilleure sécurité mais étaient beaucoup plus difficiles à réaliser. Pourtant, ceux qu’arborait aujourd’hui Vialatte dépassaient l’expérience d’Alvin. Et comme ils n’auraient pas d’effet sur lui, ou si peu, il ne pouvait pas vraiment dire à quoi ils servaient. Il ne pouvait pas non plus le lui demander.

Une sorte de dissimulation, peut-être. Ça se rapprochait, semblait-il, d’un sortilège « négligez-moi », toujours très subtil et qui ne fonctionnait généralement que dans une direction.

Il se pencha, ramassa la tarte et la posa sur la petite table qu’on lui avait laissée.

« Alvin, dit-elle doucement.

— Oui ? répondit-il.

— Chut. »

Il leva la tête en se demandant pourquoi elle faisait tant de mystère.

« Je ne veux pas qu’on m’entende », ajouta-t-elle. Elle lança un coup d’œil vers la porte entrouverte qui donnait sur le bureau du shérif, où le garde devait sûrement tendre l’oreille. Elle fit signe à Alvin de s’approcher.

Ce qui passa par la tête du prisonnier l’embarrassa un peu. Avait-elle par hasard sur lui les mêmes pensées romanesques qu’il avait sur elle durant certaines de ses nuits solitaires ? Peut-être savait-elle d’une façon ou d’une autre que lui seul arrivait à distinguer au-delà de ses charmes de beauté et qu’il l’aimait pour ce qu’elle était réellement. Peut-être se disait-elle qu’elle pourrait finir par aimer un homme dans son genre, comme lui se l’était parfois demandé vis-à-vis d’elle, vu que son premier amour était désormais perdu pour lui.

Il se rapprocha.

« Alvin, vous voulez vous échapper d’ici ? » chuchota-t-elle. Elle s’appuya le front contre les barreaux. Son visage était si près. Offrait-elle un baiser timide ?

Il baissa la main et lui toucha le menton, lui releva la tête. Voulait-elle qu’il l’embrasse ? Il eut un sourire de regret. « Vialatte, si j’voulais m’échapper, m’est…» Il n’eut pas le loisir de finir sa phrase, n’eut pas le temps de dire : « M’est avis que j’pourrais sortir d’icitte quand ça m’chante. » Parce qu’au même instant l’adjoint ouvrit la porte à la volée et jeta un coup d’œil dans la cellule. Une expression affolée lui envahit aussitôt la figure et son regard passa carrément sur le prisonnier et la visiteuse comme s’il ne les voyait pas. « C’est pas Djeu possib’ ! » s’écria-t-il avant de se ruer dehors. Alvin l’entendit galoper bruyamment dans le couloir tout en appelant : « Shérif ! Shérif Doggly ! »

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