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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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— Oui, ma Grosse, je vais continuer.

C'est plus fort que lui ! Il se lève et m'embrasse.

— Tu vois, San-A, fait-il avec de l'humidité au ras de la vitrine, t'es un chic type dans ton genre. Caustique, blagueur jusqu'à faire de ta peine quéquefois, mais toujours prêt pourtant à donner ce que tu as, que ça soye ton flouze, ton temps ou tes connaissances !

Puis, au comble de l'allégresse, il se rue à la portière, abaisse la vitre et hurle à la cantonade :

— Mesdames ! Mesdames ! Venez vite, San-A va dire l'Histoire !

Dans sa précipitation, la couverture a glissé de son dos et le voilà avec pour unique vêtement ses archaïques fixe-chaussettes.

— Remballe ta vertu, Béru ! ordonné-je, elle est à peine plus convenable que ta figure !

Il se marre et se confectionne un pagne artistique. Les dames reviennent avec un bidon de café odorant. Quand on voit surgir B.B., on a l'impression que c'est le contrôleur qui s'annonce avec son casse-noisette pour vous perforer le « titre de voyage ».

— C'est vrai, cher commissaire, que vous consentez à nous dire encore ? minaude la grassouillette.

— On ne peut plus vrai, tendre amie.

Berthy se tourne vers M'man :

— Chère Madame, rondejambe-t-elle, je ne sais pas si vous avez déjà entendu votre fils causer de l'Histoire de France, mais je peux vous dire qu'il est passionnant.

Tasses de carton, pause-caoua.

Naturellement, Béru crève son gobelet avec ses gros ongles calcifiés et le café coule sur son bide bouddhique. Les deux tiers du contenu se logent dans l'excavation qui lui tient lieu de nombril. Il hurle, il gigote. Berthe lui éponge l'abdomen avec sa casquette et tout rentre provisoirement dans l'ordre, à cela près qu'une grosse mouche bleue qui raffole des douceurs s'obstine à visiter l'ombilic du Gros, le café renversé étant déjà sucré.

Berthe emplit un deuxième godet à son pachyderme.

— Tu démarres, San-A ! supplie le Frémissant.

Ma brave Félicie a l'œil qui frise. On dirait la maman de Caruso, au moment où ce dernier se ramonait les muqueuses avant d'attaquer l'Introduction du morceau de Faut dans l'Ouverture de la Fille de Madame Angot.

— Eh bien voilà, commencé-je. En 1610, Henri IV est assassiné. Air connu : c'est son fils qui devient roi. Une fois de plus, le nouveau roi est un gamin. Il s'appelle Louis XIII.

— Ça n'a pas dû lui porter chance, un numéro pareil ! objecte Berthe.

— Ça ne s'est pas trop mal passé dans l'ensemble, la rassuré-je. Louis XIII fut un roi moyen. Il n'a pas le panache blanc de son papa Henri IV, non plus que la grandeur de son fils Louis XIV. Pour situer le bonhomme, je vais me référer aux pages historiques du Petit Larousse, ce vade-mecum du bon Français. Dans l'ouvrage en question, à la rubrique des Louis, Louis V par exemple a droit à quatre lignes de biographie, Louis IX (ou Saint-Louis) à quarante-quatre, Louis XIV à cent-une et Louis Louis XIII à vingt et une !

« On peut donc considérer le Larousse-d'après-les-pages-historiques comme l'applaudimètre de l'Histoire. Vingt et une secondes de bravos pour le fils du Béarnais. C'est honnête, c'est même pas mal. Mais ça ne fracasse pas les tympans. A partir de Louis XIII et à une exception près, désormais tous les rois de France se prénommeront Louis, ce qui facilite grandement leur classement chronologique. En ce qui me concerne, j'éprouve une tendresse tout particulière pour Louis XIII. Et ceci pour deux raisons : il a doté l'ameublement français du plus beau de tous les styles, et l'imagerie du plus beau des uniformes, celui des Mousquetaires.

« Mais reprenons par le commencement. A l'assassinat de papa, il a neuf ans et toutes ses dents. Ça ne suffit pas pour gouverner la France. C'est donc maman, Marie de Médicis, qui assume la Régence. Vous voyez à quel point l'Histoire est cyclique ! C'est en la potassant qu'on se rend compte aussi que les hommes meurent les premiers. »

— Cette Marie de mes Dix-Six, demande le Gravos en soufflant sur son nouveau canna, elle était aussi vacharde que la Catherine ?

— Un peu moins. Mais elle était bête, donc dangereuse. Elle avait ramené d'Italie une bande de petits requins parmi lesquels se trouvait un certain Concino Concini, bel aventurier sans scrupules qui avait décidé de faire fortune à la Cour de France comme d'autres se lancent dans l'Import-Export.

— Et il y est arrivé ? demande voracement l'avide Béru.

— Magnifiquement, puisqu'il a réussi à truster les plus hauts grades, les plus hauts titres, les plus hautes fonctions : Maréchal, Marquis, Super-Intendant !

— Comment qu'il s'y est pris ? demande B.B.

— Comme les castors, ma gente amie.

— Il a barbillonné la Gérante, je parierais ? devine le Gros qui maintenant connaît le processus classique des fortunes de cour.

— Exactement ! Marie de Médicis ne jurait que par lui et le gavait de pognon. C'était tellement scandaleux et décourageant que ce pauvre Sully, qui avait économisé l'artiche du Trésor en trimant comme un charbonnier, a donné sa démission.

— Tu parles qu'il y avait de quoi ! approuve Béru en rajustant son pagne. C'est déjà pas marrant de canner des impôts pour la Force de Frappe, mais quand au lieu de payer un jouet au général ton grisbi va dans tes fouilles d'un barbe, ça doit méchamment écœurer le contribuable !

— Concini, poursuis-je, s'appelait le Maréchal d'Ancre.

— C't'un surbiazo qui conviendrait plutôt à Lazareff, note mon ami au passage. Pourquoi qu'il avait choisi ce nom ? Il faisait dans la presse, lui aussi ?

— Il s'agissait du nom des terres picardes qu'il avait acquises avec le blé remis par Marie de Médicis.

— Il devait drôlement la réussir, la veuve Henri IV, j'ai idée, pour qu'elle se laisse aller à lui cloquer le Trésor Public, à ce petit futé ! Le Tourbillon florentin, selon moi, n'avait pas de secret pour lui.

— C'est bien mon avis. Mais tout ça il allait le payer, espère un peu. Gros, L'Histoire, par moment, c'est moral comme les Contes de Perrault. Concini jouai ! les gros bras au Louvre sans prendre garde au petit Louis XIII qui grandissait en douce. Il lui faisait savater les miches et donner le fouet à tout berzingue, le prenant pour un locdu. Cupide mais insouciant : c'est latin, quoi !

— Tu disais donc que le môme Louis XIII grandissait, coupe Bérurier.

— Oui. On l'avait marié de bonne heure avec la petite Anne d'Autriche, histoire de mettre fin aux guerres avec l'Espagne.

— Je vois pas le rapport, s'étonne B.B.

— Anne d'Autriche était la fille du roi d'Espagne. Vous vous souvenez, dear Berthe, combien ce pays était puissant alors. Ses possessions s'étendaient à travers toute l'Europe et cernaient la France, ce qui nous gênait pour respirer. Une fois de plus, on essayait de résoudre des difficultés politiques en mariant deux gosses. Mais c'était reculer pour mieux sauter, si j'ose me permettre cette image à propos d'épousailles.

— Tu t'égares, fait sinistrement observer le Mastodonte. L'Espagne, en s'en tamponne le plexus, vu qu'on sait maintenant ce qu'elle est devenue. Si y aurait pas le Real de Madrid on n'en causerait plus qu'à l'époque des vacances. Parle-nous de Louis XIII et laisse filer le bouchon avec les Espagos.

Je virgule un coup d'œil à ma Félicie. Elle baigne dans son jus, M'man. C'est de l'attraction inédite, les gars ! Vous pouvez tripoter les boutons de votre poste de téloche et chatouiller le canal de la deuxième chaîne, jamais vous ne capterez du pareil sur les ondes hertziennes. M. Margaritis l'engagerait dare-dare, mon Béru, pour son super gala de fin d'année, s'il le voyait. Et tous les autres aussi : Maïs-Thé-Céleri de Sa Noix en tête !

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